Dans un nouveau rapport conjoint de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), intitulé Chaleur extrême et agriculture, les auteurs – des spécialistes de la météorologie et de l’agriculture – expliquent que la chaleur extrême est un risque aggravant, qui accentue les faiblesses existantes des systèmes agricoles, et provoque des conséquences en cascade, au point de mettre en péril notre économie, mais aussi une partie du secteur de l’alimentation.
Les cultures agricoles en danger à partir de 30 °C
« Les baisses de rendement commencent à se produire au-delà de 30 °C » pour la plupart des grandes cultures, et même en dessous pour certaines autres, comme les pommes de terre, les haricots, le blé et l’orge. Les cultures qui prospèrent à une température de 30 °C existent tout de même, mais elles sont moins nombreuses : il s’agit du maïs, du soja, ou encore du coton.
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Les signes d’un super El Niño sont de plus en plus évidents : dans la zone équatoriale de l’océan Pacifique, le réchauffement de l’eau en profondeur est exceptionnel en avril 2026, et cela ne va pas tarder à atteindre la surface d’ici quelques semaines. Quelles régions du monde sont les plus à risque de forte chaleur si l’on se fie à ce qui s’était passé lors du précédent super El Niño ?… Lire la suite
La hausse des températures aggrave aussi l’évapotranspiration des sols, ce qui explique que même en cas de pluies abondantes, l’eau s’infiltre moins dans le sol. Le risque de sécheresse est donc accentué, ce qui provoque un stress végétal encore plus important. Et lorsque la chaleur atteint un niveau vraiment extrême, la plupart des plantes n’arrivent pas à effectuer leur photosynthèse et ne se reproduisent plus. Le « point de rupture » se produit à partir de 35 °C pour la majorité des espèces agricoles.
Le comportement des insectes indispensables à la reproduction des plantes change également en cas de chaleur extrême : s’ils sont à l’arrêt, le cycle de reproduction des plantes l’est aussi. La chaleur favorise aussi la propagation de bactéries et champignons, parfois dévastateurs pour les cultures.
En Inde, la multiplication des épisodes de chaleur extrêmes, avec des pics à 50 °C ces dernières années, met en péril la production de riz, l’aliment principal de la population. Le secteur emploie également des millions de personnes, faisant craindre un effondrement de l’économie en cas de mauvaise récolte.

Le blé est très sensible aux excès de chaleur. © EpochXstudio, Adobe Stock
Un stress mortel pour le bétail et les espèces marines
« Pour les espèces d’élevage les plus courantes, le stress commence au-delà de 25 °C, et à une température légèrement inférieure pour les poulets et les porcs, qui ne peuvent pas se refroidir par la transpiration ».
La pisciculture et la pêche sont également touchées : « les poissons peuvent souffrir d’insuffisance cardiaque alors qu’ils luttent pour maintenir une fréquence respiratoire élevée dans des eaux où les épisodes de chaleur extrême entraînent une baisse des niveaux d’oxygène dissous ». L’Organisation météorologique mondiale rappelle d’ailleurs que plus de 90 % de la surface des océans a connu au moins une vague de chaleur marine en 2025.

Records de chaleur : pourquoi les 50 °C ne sont plus impossibles en France
Alors que le seuil des 40°C est fréquemment dépassé en France l’été, serait-il carrément possible d’atteindre les 50 °C dans notre pays ?… Lire la suite
En 2018-2019, une vague de chaleur marine dans la mer de Béring a fait périr 90 % de la population de crabes des neiges (soit potentiellement plus de 40 milliards de crabes !), l’une des espèces de crabes les plus pêchées dans le Pacifique (par les Asiatiques et les Américains).
En 2016 au Chili, une autre vague de chaleur marine a provoqué la prolifération massive d’une algue toxique dans les fermes de saumons et de truites. Quelque 100 000 tonnes de poissons ont été perdues, provoquant une perte de 800 millions de dollars.

En 2016, la chaleur a fait proliférer une algue mortelle pour les saumons au Chili. © sergei_fish13, Adobe Stock
Des conséquences en cascade sur le monde entier
« Le nombre de jours par an où il fait tout simplement trop chaud pour travailler pourrait atteindre 250 dans une grande partie de l’Asie du Sud, de l’Afrique subsaharienne tropicale, ainsi que dans certaines régions d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud. » Cela affectera, non seulement l’économie de ces pays, mais aussi l’approvisionnement mondial, jusqu’en France, ainsi que l’économie globale, en raison des nombreux produits que nous importons.
À l’heure de la mondialisation, où notre approvisionnement et notre économie dépendent de ce qui se passe dans les autres pays producteurs, un épisode de chaleur extrême n’affecte pas seulement le système alimentaire de son propre pays. Environ 20 % des produits alimentaires que nous consommons en France sont importés selon le Haut conseil pour le climat. Près d’un légume et fruit sur deux consommés en France est importé, tout comme la moitié de la viande que nous consommons et plus de 80 % du poisson.

On croyait ces engrais indispensables : la France pourrait s’en passer pendant des décennies
Les engrais phosphatés sont-ils encore indispensables à notre agriculture ? La question devient cruciale. Massivement utilisés depuis le XXe siècle pour accroître la production, ils sont aujourd’hui pointés du doigt pour leur contribution à la pollution au cadmium. Des recherches récentes suggèrent pourtant qu’en France, les sols pourraient contenir suffisamment de phosphore pour s’en passer pendant plusieurs décennies. Qu’en sera-t-il ensuite ?… Lire la suite
En 2026, le retour très probable d’El Niño, un phénomène climatique réchauffant qui s’additionne au changement climatique, fait craindre de nombreux épisodes de chaleur extrême dans le monde pour l’année en cours, mais aussi pour 2027. Si certaines cultures pourraient bénéficier du phénomène, d’autres vont en souffrir, avec des risques de pénuries, et donc de l’inflation.

Super El Niño : le scénario qui se dessine pour 2026 pourrait être le plus violent jamais vu
Il est fortement probable, si ce n’est quasiment certain, que 2026 sera la nouvelle année la plus chaude enregistrée, et cela en raison de plusieurs facteurs qui vont s’additionner…. Lire la suite
Face à ce risque démultiplié, quelles sont les solutions (en plus de la réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre) pour éviter une crise mondiale de l’alimentation ? Dans l’immédiat, davantage de solidarité entre les pays, selon les Nations unies.
Et à plus long terme, une transformation complète de l’agriculture : le choix de nouvelles espèces végétales plus adaptées, de nouveaux systèmes d’irrigation plus durables, l’abandon de certaines zones agricoles devenues trop chaudes pour en occuper d’autres, moins touchées, ou encore, décaler la saison de plantation.
Sans oublier une « volonté politique collective afin de mutualiser les risques et de rompre résolument avec un avenir à fortes émissions », précisent les auteurs du rapport.
Source:
www.futura-sciences.com





