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VRAI OU FAUX. Près de la moitié des "jeunes" Français n'ont-ils "jamais entendu parler de la Shoah", comme l'affirme la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet ?

L’élue Renaissance a déploré sur X que « 46% » des jeunes Français n’avaient pas connaissance du génocide des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Une statistique qui trouve sa source dans une étude d’opinion commandée par une ONG internationale, mais qui s’avère éloignée de celles réalisées par l’Ifop en France.


Publié le 29/04/2026 17:13

Temps de lecture : 5min

Des élèves échangent avec Ginette Kolinka, survivante du camp d’extermination Auschwitz-Birkenau, à Angers, le 13 novembre 2023. (JOSSELIN CLAIR /LE COURRIER DE L’OUEST / MAXPPP)

En France, l’histoire du génocide des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale est un incontournable de l’Education nationale. Primaire, collège, lycée… Chaque cycle y consacre une partie de son programme scolaire. Cela veut-il pour autant dire que chaque Français a connaissance de l’Holocauste, et des six millions de morts qu’il a provoqués de 1941 à 1945 ? Ce n’est pas ce que semble penser la présidente de l’Assemblée nationale.

A l’occasion de la journée du souvenir des victimes de la déportation, dimanche 26 avril, Yaël Braun-Pivet a affirmé que 46% des « jeunes [Français] n’ont jamais entendu parler de la Shoah », dans une publication sur X rendant hommage à son grand-père, juif et résistant. Mais d’où vient vraiment ce chiffre ?

Contactée, l’élue Renaissance n’a pas répondu à franceinfo. La statistique à laquelle elle fait référence parait toutefois tirée d’un sondage commandé par Claims Conference, une ONG internationale qui a notamment pour objectif d’obtenir la restitution des biens juifs volés pendant l’Holocauste. Réalisé par Global Strategy Group et publié en janvier 2025, ce sondage interroge les connaissances sur la Shoah d’habitants de huit pays : les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Autriche, l’Allemagne, la Pologne, la Hongrie et la Roumanie.

Il dresse un constat peu reluisant pour l’Hexagone. Alors que le taux varie de 2% à 6% dans tous les autres pays étudiés, côté français, 22% des personnes interrogées n’ont jamais entendu parler des mots « Holocauste » ou « Shoah », selon cette étude. Pire, chez les jeunes âgés de 18 à 29 ans, ce chiffre grimpe aux fameux 46% (contre 1% à 15% dans les autres pays) évoqués par Yaël Braun-Pivet dans sa publication.

Si ce chiffre existe bel et bien, il ne correspond pas aux résultats d’autres études réalisées en France ces dernières années par l’Ifop, l’un des principaux instituts de sondage français. Dans une étude de 2018 commandée par la Fondation Jean Jaurès et intitulée « L’Europe et les génocides : le cas français », seuls 10% des Français interrogés ont en effet déclaré qu’ils n’avaient jamais entendu parler du « génocide des Juifs ». A chaque fois, l’âge, la catégorie socioprofessionnelle et le niveau de diplôme constituent « des variables déterminantes », selon la Fondation Jean Jaurès : 21% des jeunes de 18 à 24 ans ont ainsi déclaré ne pas en avoir connaissance, contre seulement 2% des 65 ans et plus, tandis que 18% des ouvriers ignorent ce qu’est la Shoah, contre 4% des cadres.

En 2020 et 2022, l’Ifop a également consacré deux autres sondages à la connaissance de la Shoah par les jeunes Français âgés, cette fois-ci, de 15 à 24 ans. Dans la plus récente, le « génocide des Juifs » apparaît une nouvelle fois bien identifié au sein de la jeunesse, avec 86% des moins de 25 ans qui déclarent en avoir entendu parler (contre 87% en 2020). Si leurs connaissances demeurent perfectibles – près d’un jeune sur deux estime que l’Holocauste a fait moins de 5 millions de morts – 89% des sondés estiment qu’il est important d’enseigner la Shoah aux jeunes générations afin d’éviter que cela ne se reproduise. L’école semble bien jouer son rôle, puisque 83% des interrogés estiment qu’elle a été leur principale source de connaissances sur le sujet.

Il est important de noter que la terminologie utilisée par les différents instituts dans leurs questions n’est pas la même. Dans son étude, l’ONG Claims Conference interroge en effet les sondés sur leur connaissance des mots « Holocauste » et « Shoah », qui sont potentiellement moins bien identifiés que le terme « génocide des Juifs », utilisé par l’Ifop dans ses questions pour éviter un éventuel biais. Si le terme « Shoah », issu de l’hébreu, est relativement commun en France, le terme « Holocauste », lui, est par exemple « largement employé aux Etats-Unis, mais moins en Europe », comme le souligne la fondation Jean Jaurès.

Malgré l’omniprésence de la Shoah dans les manuels scolaires, la jeunesse reste toutefois la population la moins bien informée sur le sujet, tout sondages confondus. A la publication de l’étude de l’Ifop en 2018, Iannis Roder, le directeur de l’observatoire de l’éducation à la fondation Jean Jaurès, avançait plusieurs hypothèses pour l’expliquer.

Il y a d’abord la diversité des sources d’information : en population générale, l’école arrive en effet en première position, avec 58% des citations, suivie des films ou livres (41%), de la transmission familiale (17%), de la presse (16%), des commémorations (16%), des musées (11%) et enfin d’Internet (6%). Chez les moins de 35 ans, l’école est cette fois-ci extrêmement majoritaire (76%), au détriment des autres sources d’informations (30% pour les films ou livres) et de la transmission familiale (8%).

« De fait, ces jeunes générations, si elles peuvent avoir en mémoire un cours ou une partie de leurs programmes scolaires consacrés à la Shoah, sont au quotidien moins exposées à la mémoire de l’Holocauste lors de discussions familiales ou via les médias », analyse-t-il. Iannis Roder pointe également les « modes d’appropriation de la culture » et notamment « l’accès aux plateformes de vidéos à la demande », comme Netflix : « Ces évolutions technologiques (…) conduisent en effet ces publics à visionner de plus en plus des contenus choisis (…) et non plus à regarder sur la télévision familiale des programmes décidés par les chaînes et qui peuvent contenir des œuvres liées à la Shoah. » Le recours accentué à Internet, où les thèses complotistes se diffusent très facilement, peut aussi être une piste d’explication.

L’enseignement de la Shoah en classe se heurte par ailleurs à plusieurs difficultés. Dans un article publié sur le site vie-publique.fr, la chercheuse au CNRS Marie Moutier-Bitan, titulaire de la chaire d’excellence « Holocaust and Genocide Studies » à l’université de Caen (Calvados), observe par exemple une forme de « concurrence mémorielle » entre les drames historiques et estime que « le génocide perd son caractère absolu en étant comparé à des événements tragiques de l’actualité ou à d’autres massacres de masse ou crimes de guerre ». Elle cite également « le peu de temps consacré à chaque thème du programme scolaire, les difficultés rencontrées par les enseignants entraînant parfois un contournement du sujet » ou « la méconnaissance des outils pédagogiques à leur disposition ».


Source:

www.franceinfo.fr

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