Après seize ans au pouvoir en Hongrie, Viktor Orban s’apprête à vivre, dimanche 12 avril, des élections législatives extrêmement compliquées. A 62 ans, le premier ministre nationaliste est dépassé dans les sondages par son adversaire conservateur et pro-européen, Péter Magyar, 45 ans. Après avoir tant œuvré en Europe pour évincer les partis traditionnels et favoriser ses alliés d’extrême droite, M. Orban est lui-même rattrapé par le sentiment de lassitude des Hongrois.
Ce mécontentement trouve d’abord sa source dans une inflation de plus de 40 % depuis 2022 et une économie à la croissance morose, pénalisée à la fois par la suspension de 18 milliards d’euros de fonds européens et par une corruption endémique qui effraie les investisseurs étrangers et décourage l’esprit d’entreprise des Hongrois. Alors qu’il a déjà perdu le vote des électeurs libéraux de Budapest, M. Orban a fini par se mettre aussi à dos les petits patrons et les professions intermédiaires, qui ont longtemps constitué le cœur de l’électorat du Fidesz, son parti.
Face à la désaffection de cet électorat qui a pourtant longtemps apprécié sa politique fiscale, le premier ministre sortant s’est lancé dans une fuite en avant en menant campagne avec des messages prorusses et en faisant de l’Ukraine, et de son président, Volodymyr Zelensky, le principal ennemi de la Hongrie. Visant à alimenter la peur de la guerre et à surfer sur un vieux ressentiment anti-ukrainien, présent au sein de la société hongroise, cette stratégie a toutefois montré ses limites.
Signes de fatigue
Si les Hongrois sont très sceptiques sur le soutien à Kiev, ils ne croient tout de même pas que l’Ukraine représente une menace sérieuse pour leur pays, comme l’a laissé entendre pendant toute la campagne la machine de propagande du pouvoir. Par ailleurs, ils n’aiment pas la Russie, comme devrait le savoir un homme politique qui a commencé sa propre carrière en appelant au départ des chars soviétiques de Hongrie, en 1989.
Montrant de nombreux signes de fatigue face à un adversaire bien plus jeune et plus dynamique, M. Orban a fini par inquiéter une population qui ne veut surtout pas sortir de l’Union européenne, quand bien même elle peut se laisser séduire par les messages visant à rejeter sur Bruxelles tous les maux de la Hongrie. On saura dimanche si l’ingérence assumée du président américain, Donald Trump, qui est allé jusqu’à dépêcher son vice-président, J. D. Vance, pour participer à un meeting de campagne, le 7 avril, a pu contrebalancer cette tendance.
Dans l’histoire européenne, les Hongrois comptent certes parmi les peuples convaincus d’une destinée particulière et qui aiment se faire entendre. Ce n’est pas un hasard si la grande vague d’extrême droite qui a prospéré en Europe et au-delà depuis la crise des migrants de 2015 est née dans ce pays taraudé par l’angoisse de sa disparition. Mais la Hongrie est aussi l’héritière d’une autre tradition, celle de « la baraque la plus gaie du camp socialiste », qui fit des Magyars les pionniers de la chute du communisme, en 1989.
Dimanche, les Hongrois devront ainsi trancher entre ces deux histoires, entre la Russie et l’Europe, entre le repli identitaire et la confiance dans l’avenir, entre l’amertume et l’espoir. A l’heure où la démocratie est attaquée durement, jusqu’aux Etats-Unis, ils devraient être fiers que les regards soient braqués à nouveau sur Budapest pour tirer les leçons d’un scrutin dont l’enjeu dépasse la Hongrie.
Source:
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