Publié le 10/04/2026 12:06
Mis à jour le 10/04/2026 12:11
Temps de lecture : 4min – vidéo : 5min
Plus de 400 plats différents pour une vingtaine d’euros par personne, et même des produits de luxe… « Envoyé spécial » s’est invité dans le plus grand buffet à volonté d’Ile-de-France, et a découvert l’autre visage de cette profusion de nourriture : des centaines de kilos d’aliments jetés à la poubelle.
On les croyait ringards, mais la crise économique est passée par là, et les buffets à volonté opèrent un vrai retour en grâce. Convivialité, quantité à petit prix… ils attirent une clientèle surtout familiale. Partout en France, on en compte aujourd’hui près de 4 000. L’un des plus grands d’Ile-de-France, avec 2 300 mètres carrés et 500 places assises, a ouvert ses portes (et ses cuisines) à « Envoyé spécial ». Depuis un an, il propose 450 plats différents, et même des produits de luxe (homard et fruits de mer), pour une vingtaine d’euros par personne. L’établissement rencontre un franc succès : 5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, selon la gérante.
Les clients, eux, consomment deux fois et demie plus que dans un restaurant ordinaire. C’est une moyenne, que certains dépassent allégrement. Après une entrée gargantuesque (nems, sushis, makis, saucisson, beignets de crevettes et saumon fumé dans la même assiette), un père de famille enchaîne avec des grillades : il va engloutir quelque 600 grammes de viande en un repas, soit deux fois la consommation hebdomadaire moyenne d’un Français…
Au « paradis des mangeurs », il est venu accompagné de sa famille au complet. Grands-parents, parents et enfants s’en donnent à cœur joie – ravis, pour les plus petits, d’entasser desserts et confiseries. « C’est l’effet buffet à volonté’, constate la grand-mère. On mange plus. Le cerveau est tellement attiré par tout ce qu’on voit, les couleurs, les goûts, qu’on a envie de goûter de tout, et on mange, on mange. » A la fin de ce déjeuner en mode glouton, vingt assiettes se seront empilées sur cette table de quatre adultes et deux enfants.
Le buffet est réapprovisionné tout au long du service, jusqu’à une heure avant la fermeture. Mais cette profusion de nourriture génère un effet pervers… de poids. Une grande partie des clients ont les yeux plus gros que le ventre, et certaines assiettes ont été à peine touchées.
A la fin du service, les étals du buffet sont encore bien garnis. Hormis une trentaine de barquettes de commandes à emporter vendues à prix bradé, c’est le grand ménage : des dizaines de makis finissent à la poubelle, rejoints par de la viande frite à foison. Le restaurant avoue jeter en moyenne 100 kilos de nourriture chaque soir.
Les étals n’étaient pas couverts, et la réglementation interdit de servir les restes aux clients le lendemain. Pourtant, les journalistes voient les salades composées partir en chambre froide, protégées par une simple bâche disposée à la va-vite. Des viandes crues, dont un steak haché réputé sensible aux bactéries, semblent prendre le même chemin… Le buffet s’apprêterait-il à les servir, ainsi que les salades, le lendemain ? Suite à la visite d' »Envoyé spécial », la gérante, qui avoue « ne pas trop connaître la réglementation », a demandé, affirme-t-elle, à ses équipes de les détruire. Des dizaines d’établissements proposant ce type de restauration sont dans le viseur des services de l’Etat, fréquemment alertés de manquements aux règles d’hygiène.
Extrait de « Buffets à volonté : petits prix et grands gâchis », un reportage diffusé dans « Envoyé spécial » le 9 avril 2026.
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Source:
www.franceinfo.fr




