Par Abderrahmane MEBTOUL, Professeur des universités expert international Docteur d’Etat en management stratégique.
Le conflit USA -Israël-Iran a un impact économique mondial notamment à travers le détroit d’Ormuz où transitent 20/25% des flux d’hydrocarbures sans compter les tensions en Mer rouge ce qui a induit un cours élevé des hydrocarbures fluctuant au gré des déclarations du président américain entre 100/120 dollars le cours du Brent et entre 50/70 dollars le cours du mégawattheure de gaz (les prix du gaz en Asie ont augmenté de plus de 140 % après des frappes sur des infrastructures au Qatar), impactant les coûts de production et de transport. L’OCDE prévoit que l’inflation mondiale sera relancée, atteignant potentiellement 4,2 % aux États-Unis (contre 2,6 % initialement prévus) et augmentant significativement dans la zone euro, ce qui impactera également l’ensemble des pays en voie de développement et notamment l’Afrique. Face à cette situation, les bourses ont été fébriles mais pas effondrées, la vulnérabilité étant moindre qu’en 2022 selon certains analystes et cette hausse de l’inflation liée à la guerre a entraîné une augmentation des taux d’intérêt, réduisant la capacité d’emprunt immobilier Pour les trois zones qui tirent à plus e 80% l’économie mondiale nous avons : pour la Zone Euro, la croissance pourrait ralentir à seulement 0,5 % au second semestre 2026 ; la croissance américaine, après avoir ralenti à environ 2,2 % en 2025, devrait stagner autour de 1,5 % à 1,8 % en 2026 ; pour l’Asie qui devrait maintenir une croissance robuste, prévue autour de 4,5 % en 2026, consolidant son rôle de moteur économique mondial, pourtant la Chine, pivot essentiel de l’Asie la croissance pourrait tomber sous la barre des 3 % en raison de sa forte dépendance aux importations énergétiques du Moyen-Orient ; pour les pays du Golfe comme le Koweït ou le Qatar pourraient voir leur PIB chuter de 14 % en 2026 si les hostilités persistent et l’ONU évalue le coût pour les pays arabes à 186 milliards de dollars, soulignant la fragilité de leur économie de rente.
1.-Coût financier USA
Il s ‘agit de replacer les coûts financiers des USA au sein de leurs objectifs géostratégiques qui entendent rester qui restent la première puissance mondiale économique et militaire , leur principal concurrent étant la Chine. En 2025, pour 113.000 milliards de PIB mondial, selon les données du FMI les USA représentent 30.600 milliards de dollars de PIB pour une population ne dépassant de 342 millions d’habitants contre 20.000 milliards de dollars de PIB pour la Chine , 1,4 milliard d’habitants, 2.540 milliards de dollars de PIB pour la Russie avec une population de 140 millions d’habitants, selon l’indice de « soft power », tout en surveillant des zones stratégiques comme le Sahel d’où leur plan pour la résolution du conflit du Sahara occidental , concentrent leurs actions sur le maintien du dollar comme monnaie internationale et soutien aux entreprises stratégiques, sur le maintien de leur hégémonie mondiale face à la Chine, la sécurisation énergétique (prix du pétrole , et le contrôle de zones clés comme le Moyen-Orient et l’Arctique, cette posture implique une militarisation accrue (750 bases) le Pentagone anticipant une militarisation de l’Arctique due à la fonte des glaces, cruciale pour les routes maritimes et les ressources
Des estimations à long terme (Stiglitz/Bilmes) suggèrent une facture totale, incluant la dette et les soins aux vétérans, comprise entre 1 000 et 3 000 milliards de dollars. Et selon Kevin Hassett, conseiller économique de la Maison Blanche. Le Pentagone a par ailleurs demandé à la Maison Blanche d’approuver un budget supplémentaire de plus de 200 milliards de dollars à soumettre au Congrès . A fin mars 2026 les dépenses militaires américaines ont explosé dès le début du conflit en février/mars 2026 sont estimées : Entre 800 millions et 1 milliard de dollars par jour en moyenne et plus de 11,3 milliards de dollars ont été dépensés rien que durant les six premiers jours et le coût budgétaire total pour les États-Unis pourrait atteindre entre 65 115 milliards de dollars selon la durée de l’engagement, en rappelant que la perte de radars américains sophistiqués (ex: AN/TPY-2) coûte environ 500 millions de dollars par unité. Avec une hausse de l’inflation pénalisant les ménages américains, la promesse du président américain lors de son élection est la maîtrise de l’inflation .Si le conflit dure plus de trois mois, son coût total pourrait dépasser celui de la guerre en Irak de 2003 (plus de 60 milliards de dollars). Des estimations à long terme (Stiglitz/Bilmes) suggèrent une facture totale, incluant la dette et les soins aux vétérans, comprise entre 1 000 et 3 000 milliards de dollars. Et selon Kevin Hassett, conseiller économique de la Maison Blanche. Le Pentagone a par ailleurs demandé à la Maison Blanche d’approuver un budget supplémentaire de plus de 200 milliards de dollars à soumettre au Congrès.
2.-Coût financier Iran
Bien que le régime dispose de ressources énergétiques massives, sa capacité à soutenir un effort de guerre prolongé est sérieusement remise en question par une crise financière systémique ,ses réserves de change fin 2025 étant inférieures à 35 milliards de dollars et tirant ses ressources en devises à plus de 80% de ses exportations. L’économie, étant déjà sous sanctions, devrait subir une contraction sévère (prévue à 10 %pour 2026 ), des destructions d’infrastructures et une baisse drastique des revenus. Le gouvernement a annoncé une augmentation de 200 % de son budget militaire largement contrôle comme l’économique à plus de 60% par les gardiens de la révolution, pour l’année 1404 (mars 2025 – mars 2026), suivie d’une hausse nominale de 145 % pour l’année suivante (2026-2027, le coût des opérations militaires étant estimé à plusieurs centaines de millions de dollars par jour une charge colossale pour un budget national total estimé à environ 65,7 milliards de dollars en 2024.Il s’ensuit l’effondrement de sa monnaie, le rial qui a atteint des bas historiques, s’échangeant à plus de 1,7 million pour un dollar début 2026, reflet selon la Banque mondiale d’une contraction de l’économie iranienne en 2025 et 2026, avec une inflation globale approchant les 60 % où uniquement l’ inflation alimentaire dépasse les 70 %, alimentant un mécontentement social qui fragilise la stabilité interne du régime.
Certes l’économie iranienne, bien que riche en ressources (3e réserve mondiale de pétrole, 2e de gaz), un potentiel industriel (automobile, pétrochimie) et une main-d’œuvre formée, bien que structurellement affaiblie par des sanctions internationales prolongées a prouvé sa capacité à encaisser de multiples chocs, notamment grâce à des décennies de sanctions donc très résiliente grâce à ses liens avec la Russie, surtout de la Chine qui maintient l’économie iranienne sous perfusion, limitant l’isolement total, avec des accords à long terme qui garantissent un minimum de revenus et donc malgré les frappes, continue de tirer des revenus de l’exportation de pétrole, le détroit d’Ormuz n’étant pas totalement fermé. Mais ces alliances sont mises à rude épreuve d’autant plus que l’objectif des américains est d’occuper l’Île de Kharg(ou Khârg), située dans le golfe Persique, qui est le principal hub pétrolier de l’Iran. Elle abrite le plus grand terminal d’exportation de brut du pays, traitant environ 90 % à 95 % des exportations de pétrole et gaz iranien .
A l’heure actuelle, il ne s’agira pas d’une invasion de l’intégralité du territoire iranien, qui n’aurait que peu de chances d’aboutir et qui n’aurait que peu de sens d’un point de vue stratégique mais s’agir essentiellement de raids menés par des forces spéciales et de la prise de contrôle, par des forces conventionnelles, de sites stratégiques pour une durée déterminée avec pour but d’asphyxier financièrement l’Iran pourtant membre des BIRCS+ et du groupe de défense de Shanghai . Qu’en sera t-il où les gardiens de la révolution, sauf si d’autres forces politiques prônant la négociation ne prennent pas le dessus ce qui préfigure non pas un changement du régime mais sa mutation interne , opteraient pour une déflagration de toute la région?
Quelle sera aussi la réaction de la Chine, le plus grand perdant et de la Russie, le plus grand bénéficiaire de ce conflit accroissant ses recettes des ventes d’hydrocarbures , qui lors de l’attaque US contre le Venezuela ont été passifs car dans les relations internationales n’existent pas de sentiments mais que des intérêts? Il n’est ni dans l’intérêt des USA et d’une manière générale de l’Occident de renouveler les expériences négatives de l’Irak, et de la Libye et de plonger l’économie mondiale dans une longue récession, ni d’Israël dont l’immense majorité de la population aspire à la paix, ni de l’Iran étant déjà sous sanctions, subissant une contraction sévère (prévue à 10 %pour 2026 ), des destructions d’infrastructures et une baisse drastique des revenus pétroliers car une durée de plusieurs mois du conflit avec une « autarcie totale » est insoutenable à terme, le pays traversant une crise profonde, marquée par une chute du pouvoir d’achat et une pauvreté en hausse, entraînant des tensions sociales. pétroliers.
3.-Cout financier Israël
Le coût économique des guerres est colossal : depuis le 7-Octobre, Israël ayant perdu l’équivalent de 8,5 % de croissance de son PIB, soit 177 milliards de shekels,(0,33 pour un dollar) d’après l’estimation de la banque centrale. Les opérations de Tsahal coûtent environ 500 millions de dollars par jour. Israël est largement soutenu financièrement par les USA et l’Occident à travers ses nombreux réseaux . Pour d’autres estimations, les dépenses de l’armée israélienne au cours des 20 premiers jours de la guerre contre l’Iran ont atteint environ 6,4 milliards de dollars, le gouvernement israélien ayant approuvé une allocation budgétaire d’urgence de 825 millions de dollars pour l’achat de « fournitures de sécurité urgentes »d’un déficit croissant en missiles intercepteurs selon le quotidien israélien Haaretz ett la chaîne israélienne Channel 12 se préparant à demander des financements supplémentaires et toujours selon ce quotidien les dépenses quotidiennes ont atteint en moyenne environ un milliard de shekels (soit près de 320 millions de dollars) durant cette période. Le budget total alloué à la gestion de la guerre s’élève à environ 39 milliards de shekels (près de 12,5 milliards de dollars), les sources indiquant que le rythme actuel des dépenses permettrait d’estimer la durée potentielle de cette guerre.
Quelles perspectives ?
L’évolution du conflit face à une résistance iranienne que n’avaient pas anticipé Washington et Tel-Aviv , la guerre contre l’Iran a changé de nature de part et d’autre. Des objectifs militaires, elles visent désormais les centres de santé , les centrales électriques, les champs pétroliers et gaziers et les installations de désalinisation de toute la région alors que ces infrastructures dans un espace relativement désertique constituent le socle du fonctionnement de leurs économies et les besoins essentiels de leurs populations. Le président Trump vient d’annoncer le 02 avril 2026 qu’à court terme qu’au cours des deux et trois prochaines semaines, le conflit devrait se poursuivre et les campagnes de bombardements devraient continuer avec une intensité égale, Sur le moyen terme cependant, des évolutions devraient avoir lieu, en raison notamment de la nécessité, tant pour Washington , Israël et que pour l’Iran de trouver une issue à ce conflit .
La potentielle opération terrestre US en Iran, alors que des négociations informelles est de faire la pression militaire et diplomatique contre les autorités iraniennes dans le cadre d’éventuelles négociations directes , le président Trump étant pris par le temps désirant se désengager de ce conflit existant une divergence avec l’aide extrémiste d’Israël, risquant de perdre les élections de novembre 2026 sous la pression d’une large fraction de la population américaine hostile à cette intervention. Aussi il ne s’agira pas d’une invasion de l’intégralité du territoire iranien, qui n’aurait que peu de chances d’aboutir et qui n’aurait que peu de sens d’un point de vue stratégique mais de raids menés par des forces spéciales et de la prise de contrôle, par des forces conventionnelles, de sites stratégiques, à l’instar de l’île de Kharg – clé de voûte de l’industrie pétrolière iranienne.
En bref, après cette guerre, et ce qui se passe en Palestine, au Liban, dans les pays du Golfe, la carte du Moyen Orient ne sera plus jamais comme avant , ce qui annonce d’ailleurs plus généralement une profonde mutation géostratégique. L’Afrique , pour préserver leurs intérêts devra tirer les leçons de ce conflit et devra avoir des stratégies d’adaptation reposant sur la nécessaire cohésion sociale.
Annexe
1.-Pour les champs de production et gaz qui sont soumis à des attaques alimentant l’économie mondiale ,nous avons :
-Ghawar (Arabie saoudite) : Le plus grand gisement de pétrole conventionnel au monde.
-South Pars (Iran/Qatar) : L’un des plus vastes gisements de gaz naturel au monde, stratégique pour l’approvisionnement mondial
-Masjed Soleiman (Iran) : Historiquement significatif comme le premier champ pétrolier découvert au Moyen-Orient.
Pour les raffineries et complexes pétrochimiques qui transforment le pétrole brut en produits finis (carburants, produits chimiques), nous avons
-Raffinerie de Ruwais (Émirats arabes unis) : Un complexe colossal situé dans l’émirat d’Abou Dhabi, pilier du système énergétique émirati.
-Raffinerie de Ras Tanura (Arabie saoudite) : L’une des plus grandes raffineries du Moyen-Orient, située sur le Golfe persique
-Raffinerie de Samref (Yanbu, Arabie saoudite) : Située sur les rives de la mer Rouge.
Pour les terminaux d’exportation et pôles de liquéfactions (GNL) qui servent à stocker et à expédier les hydrocarbures vers les marchés internationaux, nous avons:
– Laffan (Qatar) : Le plus important pôle de liquéfaction de gaz naturel (GNL) de la planète qui vient de subir des dommages importants et selon le ministre dues hydrocarbure qatari, il faudra entre 3 à 5 ans pour revenir à sa capacité initiale.
-de Kharg (Iran) : Centre névralgique par lequel transite une immense partie des exportations de brut iranien (plus e 80% d’exportation de pétrole) et tout blocage risque d’asphyxier financièrement l’Iran
2.-. C’est que les pays du Golfe dépendent de manière critique du dessalement pour plus de 70% à 90% de leur eau potable : 90% au Koweït, le Qatar dépend à 99 % du dessalement pour alimenter sa population, de même que le Koweït, où ce chiffre atteint 90 %, l’Arabie saoudite 70 %, les Emirats arabes unis, au deuxième rang derrière leur voisin saoudien, où cette technologie fournit 42 % des besoins.
L’Iran qui connaît également une crise de l’eau possède également des unités de dessalement d’eau de mer,notamment situées le long de ses zones côtières , dont certaines ont récemment fait l’objet d’une attention particulière dans le contexte géopolitique actuel. Ainsi, le 08 mars 2026, Bahreïn a accusé Téhéran d’une attaque de drones sur une unité de dessalement d’eau de mer tandis que l’Iran a dénoncé une frappe similaire sur l’Île de Qeshm , ces attaques menaçant les fondements du modèle de développement de la région avec des impacts sanitaires et alimentaires
Pour les plus grandes usines de dessalement au Moyen Orient en fonction de leur capacité et coût nous avons :
-Ras Al Khair, Arabie Saoudite : 2.998.OOO m3/jour 7,2 milliards de dollars, elle est communément considéré comme le poids lourd du dessalement au monde est un projet hybride qui utilise à la fois les technologies de flash thermique à plusieurs étages (MSF) et d’osmose inverse (RO). Situé à 75 km au nord-ouest de Jubail et desservant Riyad
-l’usine de Djebel Ali Emiraties de 2.228.OOO m3 jour 3 milliards de dollars
– l’usine de Fujaïrah Emirats 1.O45.361 mètres cubes jour entre 65O/7OO millions de dollar
– l’usine de Taweelah Emiraties 9O9.2OO millions de mètres cubes jour 874 millions de dollars
– la Compagnie des eaux et de l’électricité de Jubail Arabie Saoudite 8OO.OOO mètres cubes jour coût entre 8OO et 1OOO millions de dollars
– l’usine d’Umm Al Quwain Emiraties 681.OOO millions de mètres cubes jour coût 797 millions de dollars
– l’usine de Sorek Israël 64O.OOO mètres cubes jour coût 489 millions de dUsine de Shuaiba Arabie Saoudite 6OO.OOO millions de mètres cubes jour avec un coût de 821 millions de dollars
Source:
www.financialafrik.com




