Après des études de droit à Lyon puis à Paris, Dominique Douay entre dans l’administration du Trésor public au début des années 1970. Parallèlement, il s’engage dans la vie intellectuelle et politique, dirigeant l’hebdomadaire Drôme-Demain, proche du Parti socialiste.
C’est à cette époque qu’il commence à écrire de la science-fiction. Sa première nouvelle, « Les Ides de Mars », paraît en 1973 dans la revue Fiction. Deux ans plus tard, « Thomas », publiée dans la même revue, lui vaut le Grand Prix de la science-fiction française.
L’influence majeure de Philip Dick
Durant cette décennie, il s’inscrit dans une mouvance alors très vivante : celle d’une science-fiction politique, souvent marquée à gauche, aux côtés d’auteurs comme Jean-Pierre Andrevon ou Joël Houssin.
Il publie romans et recueils – Éclipse ou le Printemps de Terre XII (1975), L’Échiquier de la création (1976), Cinq solutions pour en finir (1978) ou encore Strates (1978) – tout en multipliant les nouvelles dans les grandes revues spécialisées (Fiction, Galaxie, Univers) comme dans la presse généraliste (Libération, Le Monde). Il participe également à plusieurs anthologies emblématiques de l’époque, telles que Banlieues rouges ou Planète socialiste.
Son écriture, influencée notamment par Philip K. Dick, explore les altérations de la réalité, les dérèglements du temps et les formes de folie individuelle et collective. Une veine qui traverse l’ensemble de son œuvre, du Principe de l’œuf (1980) à La Fin des temps, et après (1990).
En parallèle de son activité littéraire, Dominique Douay mène une carrière dans la haute fonction publique. En 1981, il rejoint le cabinet de Georges Fillioud, ministre de la Communication, comme chef de cabinet. Trois ans plus tard, il devient magistrat financier au sein des chambres régionales des comptes, en Rhône-Alpes puis en Polynésie française.
Une œuvre durable et influente
L’année 1984 marque aussi son engagement éditorial : il fonde, avec Patrice Duvic et Jean-Pierre Andrevon, la collection « Fictions » aux Éditions La Découverte. Malgré une existence brève, celle-ci contribue à faire connaître en France de nouvelles voix, notamment issues du mouvement cyberpunk, comme William Gibson. Dominique Douay participe également à la collection « Futurs » aux Éditions de l’Aurore.
En 1989, il reçoit le Prix spécial de la science-fiction française pour Les Voyages ordinaires d’un amateur de tableaux, ouvrage né de sa collaboration avec le peintre Michel Maly.
Les années 1990 marquent un retrait relatif de la scène littéraire. Dominique Douay se consacre alors à l’enseignement et à la formation, intervenant notamment à l’Institut d’études politiques de Lyon, ainsi qu’auprès d’élus et de fonctionnaires en Europe de l’Est et en Afrique, dans le cadre de missions liées à l’Union européenne ou à la Fondation Jean Jaurès.
Il revient progressivement à l’écriture à partir de 2008, avec la publication de nouvelles, avant un véritable retour éditorial en 2014, notamment grâce aux éditions Les Moutons électriques, qui entreprennent de rééditer et de prolonger son œuvre. Paraissent ainsi Car les temps changent (2014), La Fenêtre de Diane (2015), Brume de cendres (2016), ou encore Deux vertiges (et autres malaises) (2022), qui rassemble romans, nouvelles et entretiens.
Auteur discret mais influent, Dominique Douay aura traversé plusieurs décennies de science-fiction française, de ses années les plus politisées à ses formes contemporaines. Son œuvre, souvent exigeante, reste marquée par une interrogation constante sur les mécanismes du réel, du pouvoir et de la perception.
Crédits photo : Dominique Douay aux Utopiales 2015 (Yves Tennevin, CC BY-SA 2.0)
Par Hocine BouhadjeraContact : hb@actualitte.com
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