Donald Trump, qui ne goûte pourtant guère les théories, est en passe de forger un concept avec la guerre qu’il a déclenchée contre l’Iran : celui de l’impatience stratégique. Le président des Etats-Unis s’est souvent défini par opposition à son premier prédécesseur démocrate, Barack Obama. La dernière stratégie de sécurité nationale de ce dernier, publiée en 2015, avait estimé que les défis auxquels étaient opposés les Etats-Unis, dont une bonne partie sont toujours d’actualité (agression russe en Ukraine, rivalité avec la Chine) requéraient « patience et persistance stratégique ».
Ses détracteurs, y compris dans les rangs démocrates, avaient considéré alors qu’il s’agissait d’une recette pour la passivité. Décision dramatique à l’aune de l’histoire, son refus de livrer des armes à Kiev en était, pour eux, l’exemple le plus manifeste.
De retour à la Maison Blanche, débarrassé des « adultes » qui freinaient ses impulsions pendant son premier mandat, Donald Trump a fait le choix inverse : celui de l’impulsivité et du revirement permanent. Il s’accompagne du mépris de la connaissance des dossiers et d’une confiance démesurée en soi et en une poignée de conseillers dont la compétence, de l’Ukraine à Gaza, fait jusqu’à présent pitié.
Personne n’a jamais revendiqué ce concept d’impatience stratégique, car ses inconvénients sautent aux yeux du premier venu. Appliquée à l’Iran, elle a pour l’instant conduit le président américain à une impasse, ce qui n’a pas échappé à ce qui subsiste du régime iranien, prompt à revendiquer la victoire avec la même emphase que le locataire de la Maison Blanche. Lorsque l’on s’efforce d’en préciser les contours, cette victoire iranienne, qui reste à confirmer, n’est pas sans fondements, mais elle est aussi entachée d’ombres.
Des succès non négligeables
Un point n’est pas discutable : le régime a tenu. Décapité, il a néanmoins démontré sa capacité de survie, attestée par l’arrivée aux commandes de nouveaux dirigeants aussi intransigeants que leurs prédécesseurs. Ces responsables ont obtenu plusieurs succès psychologiques au cours des derniers jours, en contraignant le président des Etats-Unis à annuler, samedi 25 avril, une session de négociations qu’il était manifestement pressé de voir se tenir au Pakistan, après avoir obtenu la suppression d’une date butoir pour le cessez-le-feu en cours.
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