C’est en 1968 que le site de Rujm el-Hiri a été découvert lors de l’examen de photographies aériennes militaires – on rappelle que le plateau du Golan a été conquis par Israël lors de la Guerre des Six Jours, en 1967, avant d’être en partie annexé en 1981 ; en 1973, lors de la Guerre du Kippour, la Syrie a échoué à récupérer la totalité de ce territoire, qui comporte désormais une zone tampon démilitarisée entre les deux pays.Le monument est en effet plus facile à identifier vu du ciel et la région n’est pas entièrement accessible à pied, ce qui a incité les chercheurs à procéder de la même façon pour savoir si d’autres structures identiques existaient tout autour. L’imagerie satellite leur a donné raison.
Carte indiquant l’emplacement des sites circulaires identifiés, ainsi que celui de Rujm el-Hiri et d’autres lieux mentionnés dans le texte. Crédits : U. Berger / A. Shapiro / Birkenfeld et al., 2026
La superposition des images permet de reconstituer le paysage au fil des saisons
Pour ce faire, des images acquises sur deux décennies, entre 2004 et 2024, ont été traitées à l’aide d’un logiciel permettant de les superposer afin de reconstituer le paysage au fil des saisons et des années. « Cette approche multitemporelle a été utilisée pour améliorer la visibilité des caractéristiques subtiles du paysage et des traces archéologiques à peine perceptibles, souvent masquées par l’ombre, la végétation saisonnière ou la sécheresse », expliquent les chercheurs dans la revue PLoS ONE.

Vue aérienne du Cercle 1. Image aérienne fournie par le Service topographique d’Israël (MAPI). Crédits : MAPI / Birkenfeld et al., 2026
28 structures qui n’avaient jamais été repérées sur le terrain
Cette méthode leur a permis d’identifier 28 grandes structures archéologiques qui n’avaient jamais été répertoriées par des relevés sur le terrain, dans un rayon de 25 kilomètres autour de Rujm el-Hiri. On n’en connaissait jusqu’à présent que deux autres : Wadi es-Sqat et Khirbet Bteha.La première, étudiée à la fin du 20e siècle, a fourni une datation potentielle vers le début ou le milieu de l’âge du bronze à partir de la répartition en surface des artefacts lithiques ; les images satellites révèlent à présent qu’elle comporte un deuxième cercle, adjacent au premier mais moins bien conservé, qui est passé inaperçu lors des fouilles sur le terrain.
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De grandes structures circulaires de conception similaire
Si ces sites varient dans leurs éléments, ils présentent tous une conception similaire : il s’agit « de grandes structures circulaires, généralement de plus de 50 mètres de diamètre, construites en pierres de basalte locales. Si quelques-unes ont un plan simple, consistant en un seul mur circulaire, la plupart présentent une conception plus complexe, intégrant des cercles concentriques, des murs de liaison et/ou d’autres éléments », indiquent les chercheurs.Rujm el-Hiri est l’un des sites les plus imposants, car son diamètre total dépasse les 150 mètres ; il se compose d’un cairn central haut de 5 mètres environ et large de 20, entouré de quatre anneaux en pierres de basalte mesurant jusqu’à 2,5 mètres de haut et 3,5 mètres de large. Il comporte également deux entrées et des murs radiaux créant des chambres, à intervalles irréguliers, entre les cercles.Plus à l’ouest, le site de Khirbet Bteha compte trois murs concentriques d’environ 70 mètres de diamètre.

Orthophotographie du site de Khirbet Bteha. Crédits : A. Kleiner / Birkenfeld et al., 2026
Les cercles varient entre 50 et 250 mètres de diamètre
Les structures nouvellement identifiées présentent diverses variantes de formes, que les chercheurs ont ainsi regroupées : certains sites comportent uniquement un anneau (ou mur) de pierres autour d’un dolmen central, il s’agit souvent des plus petits (50 mètres de diamètre) ; la plupart comptent deux ou trois murs concentriques (pour un diamètre compris entre 50 et 105 mètres) ; certains, très proches les uns des autres, semblent regroupés en grappes, d’autres paraissent alignés.Le plus impressionnant mesure 250 mètres de diamètre et il se situe tout près d’un ruisseau. Mais ses dimensions ne sont pas le seul élément notable : la structure a été construite autour d’un petit cône volcanique et depuis ce cercle, on peut admirer le mont Shifon (ou Tell Abou Hanzîr), qui culmine à 978 mètres d’altitude, constituant « un repère marquant du paysage », notent les chercheurs. Par ailleurs, un dolmen a été construit entre les deux.

Vues au sol du Cercle 9, le plus impressionnant, montrant le mont Shifon (Tell Abou Hanzîr) (a) et le dolmen situé à l’extérieur du cercle (b). Images aériennes fournies par le Service topographique d’Israël (MAPI). Crédits : U. Berger / MAPI / Birkenfeld et al., 2026
Une région autrefois volcanique
Dans cette zone du plateau du Golan, située à environ 1000 mètres d’altitude, le terrain alterne entre collines volcaniques et vallées fertiles, alimentées par de nombreuses sources et cours d’eau, des canaux drainant ensuite cette eau vers le Jourdain et la mer de Galilée. Proche de la faille de la Mer Morte, la région est toujours sismiquement active. Les chercheurs ont donc également procédé à une cartographie de l’hydrologie de cette zone afin « de déterminer si l’emplacement des structures circulaires était aléatoire ou s’il présentait une concentration à proximité de certaines lisières environnementales ».

Vue aérienne de Khirbet Bteha, montrant le cercle (a), le Jourdain (b) et la mer de Galilée (c). Crédits : U. Berger / Birkenfeld et al., 2026
Rujm el-Hiri s’inscrit dans une tradition architecturale
Pour les chercheurs, la découverte de ces nouvelles structures va permettre de réévaluer l’interprétation de Rujm el-Hiri, autrefois pensé comme un monument isolé. On a ainsi envisagé qu’il puisse s’agir d’un site défensif, d’un monument funéraire, d’un lieu de rassemblement cérémoniel à l’échelle régionale, ou même d’un observatoire astronomique. Mais il apparaît à présent, aux yeux des chercheurs, de l’université Ben Gourion qu’il « pourrait représenter l’exemple le plus abouti et le mieux préservé d’une tradition architecturale désormais évidente et plus large ».D’ailleurs ils partent du principe qu’ils n’ont détecté au cours de leur étude qu’une partie de cet ensemble et que d’autres cercles ont dû être détruits dans la région. Les structures monumentales du Golan trouvent également écho dans tout le Proche-Orient, estiment-ils, et même dans la sphère méditerranéenne au sens large, avec des parallèles en Crète ou en Égypte.
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Un lien évident avec l’environnement et la mémoire
Quant à la fonction de ces structures, il faut envisager un large spectre en lien évident avec l’environnement. Comme pressenti auparavant, il pourrait s’agir de « lieux de rassemblement rituels, de repères territoriaux ou de monuments commémoratifs. Elles pourraient être liées à l’élevage ou représenter des sites de rassemblement saisonnier. Mais leur construction à proximité de sources d’eau et leur intégration dans les structures agricoles suggèrent une relation significative entre elles et les schémas d’utilisation plus larges du paysage ».Dans la mesure où le plateau est non seulement constellé de cercles, mais aussi de tumulus, de menhirs et de dolmens dont la chronologie exacte reste cependant inconnue et dont les matériaux ont pu être réaménagés et réutilisés au cours des siècles, les chercheurs estiment que ces structures circulaires n’ont pas été construites pour correspondre à des événements ponctuels, mais qu’elles étaient inscrites dans la durée. Il faut peut-être alors les considérer comme « des dispositifs mnémoniques ou des points nodaux durables d’identité spatiale au sein de paysages sociaux et écologiques en mutation », concluent-ils. Pour mieux éclaircir leur rôle, il faudra en premier lieu arriver à les dater et à les relier avec d’autres sites, les lieux d’habitation en particulier.
Source:
www.sciencesetavenir.fr




