La candidate écologiste à la présidentielle 2027 a annoncé lundi être enceinte de son deuxième enfant après une fausse couche et un parcours PMA fastidieux. Une prise de parole encore rare en politique, alors que de nombreuses femmes ont levé le voile ces dernières années sur ces sujets intimes.
Publié le 01/04/2026 05:48
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D’une révélation intime, elle veut faire un combat politique. La secrétaire nationale des Ecologistes et candidate à l’élection présidentielle, Marine Tondelier, a annoncé, lundi 30 mars, être enceinte de son deuxième enfant, après une fausse couche et un parcours de procréation médicalement assistée (PMA) infructueux. « Avant ce miracle, je suis passée par toutes les étapes du parcours de la PMA et de la FIV [fécondation in vitro], surtout les mauvaises. Alors je veux dire à tous les couples concernés : vous n’êtes pas seul·es, écrit-elle dans un message publié sur son compte X. C’est un sujet très politique dont on ne parle pas assez. »
Marine Tondelier raconte également au magazine Elle comment elle a dû gérer les « fortes doses d’hormones », les « injections à faire soi-même à horaire contraint » ou encore « toute une logistique (…) sans en parler ». « Comme beaucoup de femmes, j’ai traversé mes fausses couches dans le secret et le silence. Je ne dis pas que j’aurais voulu le crier partout, mais j’aimerais que ce ne soit plus tabou », poursuit-elle sur son compte Facebook, rappelant qu’une femme sur trois « en traversera une dans sa vie ». « Mais comme on n’en parle jamais, on ne s’y prépare pas », juge-t-elle.
Depuis cette annonce, la leader écologiste confie à France Télévisions avoir reçu « beaucoup de messages de femmes et de personnes concernées ». Sur les réseaux sociaux, nombreuses sont les internautes à saluer cette prise de parole encore rare dans la sphère politique. « Merci de mettre des mots sur ce silence », applaudit une internaute, quand une autre salue une prise de parole « à voix haute » sur ce sujet intime.
Une « prise de parole essentielle », salue sur Instagram l’association engagée contre les violences obstétricales Stop VOG, tout en déplorant que « les parcours que vous évoquez (PMA, fausses couches, solitude) soient aussi traversés par des violences en santé encore invisibilisées », comme le « défaut de consentement », les « douleurs minimisées », et les « actes parfois réalisés sans anesthésie ».
« Ce n’est pas neutre pour une femme politique d’aborder la natalité dans ce contexte de ‘réarmement démographique' », souligne de son côté Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, en référence aux propos du président de la République prononcés en janvier 2024. « Ce sujet est trop instrumentalisé par des mouvements très conservateurs et masculinistes », déplore la militante, appelant « toutes les féministes à sauter avec les deux pieds dans ce débat ».
« Marine Tondelier politise sa grossesse sans être dans l’injonction à faire des enfants, mais en interrogeant sur la façon dont on peut faire en sorte de bien les accueillir. Avec de l’égalité entre les femmes et les hommes et de meilleures conditions environnementales. »
Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmesà franceinfo
« On vient de loin sur ce sujet de l’infertilité, souligne Virginie Rio, du collectif Bamp, qui œuvre depuis treize ans sur le sujet. Il y a encore cinq ans, on rêvait que des personnes publiques prennent la parole pour parler de leurs problèmes de fertilité, de leurs parcours de PMA et qu’ils disent haut et fort que c’est un sujet politique. Il y a encore plein de choses à faire, mais en termes de visibilité et de considération, on a beaucoup progressé ces trois dernières années. »
Car même si cette parole est encore rare dans la sphère politique, elle est investie depuis plusieurs années par les mouvements féministes. « La ‘bataille de l’intime’ a commencé au début des années 2010, avec les questions liées aux règles, puis les sujets de la sexualité et des violences. C’est après le moment #MeToo de 2017 que les thématiques autour de la maternité ont été investies », rappelle Camille Froidevaux-Metterie, philosophe et autrice d’Un si gros ventre. Une lutte qui a abouti, en 2023, à la promulgation d’une loi supprimant les trois jours de carence pour un arrêt de travail consécutif à une fausse couche.
Cette spécialiste des mouvements féministes observe toutefois que Marine Tondelier a attendu le deuxième trimestre de sa grossesse pour la révéler au grand public. « Cela montre que les femmes n’osent toujours pas parler en public de leur grossesse avant cette période », souligne-t-elle, les risques d’arrêts spontanés de la grossesse étant plus importants pendant le premier trimestre, rappelle l’Assurance-maladie.
En France, 200 000 fausses couches se produisent chaque année, selon l’Institut national du service public. « Ce qui aurait vraiment été une première, c’est une femme qui annonce une grossesse avant son deuxième trimestre, poursuit la philosophe. Le jour où ça arrivera, un véritable cap sera franchi. »
Source:
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