On commémore aujourd’hui le 40e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl. Voici un ouvrage qui s’intéresse, notamment, à la représentation culturelle de la catastrophe.
Publié le 26/04/2026 10:00
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Parlons d’abord de la série télévisée qui a tout changé dans l’image que l’on a de Tchernobyl : Chernobyl, série américaine sortie il y a 7 ans. Elle a connu un succès mondial et elle est devenue, selon les auteurs du livre, « un lieu télévisuel de mémoire », parce qu’elle montre la souffrance des victimes.
On s’y attache aux scientifiques, aux habitants, aux liquidateurs qui interviennent après l’explosion. Si ce n’est pas un documentaire, tout repose sur de vrais de témoignages. Car derrière cette série, il y a un livre, La supplication, de la Biélorusse Svetlana Alexievitch. Cette auteure a mené un travail colossal de recueil de paroles de victimes ; son livre est paru dans les années 1990.
La série a mis en valeur le travail d’une écrivaine. La culture façonne la mémoire de Tchernobyl. Un point essentiel selon les deux universitaires qui ont écrit Tchernobyl, la mémoire atomisée ?
Pourquoi est-ce essentiel ? Parce qu’il n’existe pas aujourd’hui de mémoire collective de Tchernobyl d’après Laurent Coumel et Tatiana Kasperski. Le problème, avec cette catastrophe, c’est que certains faits sont difficiles à établir.
Par exemple, on ne connaît toujours pas – et on ne connaîtra sans doute jamais – le nombre de victimes. L’URSS ne voulait pas le savoir, les pays qui lui ont succédé n’ont pas pu (ou pas su) assurer le suivi sanitaire, on doit donc se référer à différentes études d’ONG ou de l’ONU.
Ces études parlent, au minimum, d’une cinquantaine de victimes immédiates, auxquelles pourraient s’ajouter entre 4.000 et 20.0000 victimes de cancers ou autres pathologies. Cette incertitude fait que la mémoire de Tchernobyl évolue sans cesse.
Cela est vrai, surtout, dans les trois pays les plus directement concernés : l’Ukraine, la Russie et la Biélorussie.
En Russie et en Biélorussie, les activistes qui tentaient de souligner le drame humain ont été censurés, réprimés. Le débat sur la dangerosité du nucléaire a été balayé. Aujourd’hui, dans ces deux pays, on raconte le combat des liquidateurs de Tchernobyl comme on raconte celui des soldats soviétiques de la Seconde guerre mondiale : un récit héroïque d’une victoire collective contre l’atome, qui ne s’embarrasse pas des destins individuels.
En Ukraine, en revanche, des associations peuvent donner la parole et venir en aide aux victimes et aux liquidateurs. Un travail qui se poursuit malgré la guerre et qui s’appuie donc sur la culture pour montrer la réalité humaine de cette catastrophe, au-delà des chiffres et des discours.
Tchernobyl : la mémoire atomisée ? de Laurent Coumel et Tatiana Kasperski, aux éditions JC Lattès.
Source:
www.franceinfo.fr





