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“Saw”, sur HBO Max : le thriller sadique qui a enfanté malgré lui le “torture porn”

“Saw” n’est pas le film que l’on croit. La faute à la saga qui a suivi, en partie disponible sur HBO Max, exégèse imprévue et moins maligne d’un sous-genre du cinéma d’horreur devenu tendance dans les années 2000. Pour le meilleur et surtout pour le pire.

Le réalisateur James Wan sur le tournage du premier épisode de la saga « Saw » (2004) avec l’acteur Cary Elwes. Evolution Entertainment

Par Augustin Pietron-Locatelli

Publié le 12 avril 2026 à 19h30

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Lombre d’une main brandissant un couteau se dresse sur un mur borgne. Ce n’est pas de l’expressionnisme allemand, mais pas loin. Enfin, si, très loin : c’est Saw, premier long métrage de l’Australien James Wan. Une suite de petites prouesses de mise en scène filmées pour pas cher, et sans doute avec un filtre vert sur l’objectif, en 2004.

Le principe est simple. Proverbial. Deux hommes se réveillent enfermés dans la salle de bains la plus abjecte de l’histoire du cinéma. Entre eux, un corps et une arme. Dans leurs poches, des instructions données par un certain Jigsaw : l’un doit s’échapper, l’autre… le tuer. Traînent aussi deux scies, trop légères pour couper leurs chaînes, mais suffisantes pour leurs mollets. Le scénario est signé James Wan (qui étire un court métrage aussi désargenté que culotté) et Leigh Whannell ; ce dernier pousse le vice jusqu’à interpréter l’une des deux victimes.

Huis clos au montage ultra cut

On a beaucoup glosé sur l’ambiance, le côté crade et interdit de ce premier opus devenu prince des films qu’on n’a pas vus mais dont on parle quand même (« Mon cousin m’a dit qu’à la fin, le corps… »). Son esthétique amateur est tapageuse mais maligne. Et nécessaire, vu le budget de 1 million de dollars environ : on a moins parlé des trouvailles de réalisation, de la science du gros plan de James Wan, de la caméra qui cadre un tout petit peu à côté cette jambe qu’on essaye de scier, de la violence suggérée souvent (on parlait plus haut de l’ombre d’un couteau) pour mieux frapper parfois. Ou de la qualité du scénario, parfaite petite machine retorse soulignée par un montage ultra cut, même un peu bande-annonce fauchée parfois, qui cache, séquence, et égare le spectateur.

Ce qu’on ne voit pas dans ce film, c’est une série de pièges mortels en action : la police ne découvre leurs victimes qu’après coup. Et l’une d’elles, Amanda (essentielle pour la suite de la saga) échappe au légendaire « piège à ours inversé ». Saw premier du nom reste un quasi-huis clos, un escape game très vilain où les énigmes font, certes, un peu mal. Pourtant, Saw est devenu le porte-étendard d’un genre auquel il n’appartient pas, le torture porn, must absolu des années 2000 horrifiques, dérivé à l’infini en itérations de qualité variable (Hostel, d’Eli Roth) mais surtout médiocres (Wolf Creek, Le Regard du diable).

L’actrice Shawnee Smith dans le premier épisode de la saga « Saw ».

L’actrice Shawnee Smith dans le premier épisode de la saga « Saw ». Evolution Entertainment

Pourquoi ? C’est plutôt le deuxième volet (2005) qui amorce le basculement de la saga dans une exégèse douteuse de la torture. Whannell est toujours au scénario, Wan n’est plus que le producteur — l’Australien est celui qui lance les franchises, comme Conjuring ou Insidious, avant de les confier à d’autres moins doués que lui. Les victimes de cette nouvelle promo se sautent à la gorge en quelques minutes pendant que tout ce beau monde agonise à cause d’un gaz toxique. Ambiance. En 2006, Saw III confirme cette direction sordide : les machines se multiplient (dont une qui implique des côtes, des ressorts, une clé et de l’acide, fameuse mais gratuite) ; les cadavres aussi. Ils n’ont plus aucune chance. Et on devrait savourer le spectacle. James Wan coécrit cet opus, à nouveau en forme de vilain piège scénaristique. Implacable à ce niveau. Cette trilogie bien imbriquée se pique même d’expliquer son glissement vers la barbarie par un twist assez osé : l’œuvre de Jigsaw a été dévoyée…

Bien sûr, un doute subsiste sur le combat de son tueur et concepteur de ses pièges. Vingt ans plus tard, on peut le dire : atteint d’un cancer incurable, le bon Jigsaw se venge de tous ceux qui ne vivent pas « bien » selon lui. Dans Saw III, il piège un père qui s’oublie dans son deuil… pour le forcer à aller mieux ? Ce film confirme que la série ne questionnera jamais sa morale, préférant en jouir franchement. Il marque aussi la fin des Saw « originaux » et le début de quelque chose de pire. Soit un gloubi-boulga débile de torture porn étalé sur sept autres suites plus ou moins infamantes et toutes très oubliables. Ou juste évitables. Jamais James Wan n’aurait laissé faire ça ! Pourtant, Saw XI est en route.

Saw, film d’horreur réalisé par James Wan (États-Unis, 2004) disponible sur HBO Max.

Lire notre critique

o “Wedding Nightmare : Deuxième partie”, une suite plus que décevante malgré un casting cinq étoiles


Source:

www.telerama.fr

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