Le documentariste Camille Ponsin signe un premier long-métrage de fiction qui nous plonge dans la nature sauvage des Cévennes, terre d’accueil pour les utopistes dans les années 1970.
Après La Combattante, un documentaire dans lequel il dressait le portrait de Marie-José Tubiana, ethnologue, photographe et réalisatrice, Camille Ponsin se lance dans la fiction avec Sauvage, l’histoire d’une communauté de néo-ruraux mise à mal par la fuite en avant d’une des leurs, une jeune fille fragile mentalement, qui s’est retranchée dans la nature. Le film sort dans les salles le 8 avril 2026.
Sam et Karl, et leur fille Anja, vivent en communauté dans un hameau perdu au milieu des Cévennes. Cette vie, ils l’ont rêvée et construite avec d’autres, dans les années 1970, dans un esprit de partage et de solidarité, dans le sillage de mai 68. Chacun dans la communauté travaille pour le collectif, tout en ayant ses propres activités. L’un est prof, l’autre peintre, Sam s’est lancée dans l’élevage de vers à soie et tisse sur un vieux métier qu’elle a récupéré au village. Karl fait sa musique. Sur fond de liberté sexuelle, tout ce petit monde semble vivre en parfaite harmonie. Mais Anja, la fille de Sam et Karl, une adolescente mutique, se met peu à peu à l’écart de la communauté, et finit par se couper du groupe, passant sa vie retranchée dans la nature.
Le comportement de la jeune fille bouscule le groupe. Ses agissements, à la limite de la légalité, finissent par fâcher les habitants de la vallée, jusque-là tolérants et compréhensifs avec cette bande de néo-ruraux… Malgré tout, Sam fait tout pour maintenir un lien avec sa fille, qu’elle ne veut pas voir enfermée dans un hôpital psychiatrique.
Camille Ponsin, s’est inspiré d’une histoire vraie, racontée par Florence Aubenas dans Le Monde en 2021. Une histoire que Camille Ponsin connaît bien, pour l’avoir vécue lui-même quand dans l’enfance quand il passait ses étés dans une partie de sa famille, installée dans les Cévennes. « Là-bas, on a tous connu la fille de Nana, on l’a tous vu grandir jusqu’à ce point de bascule, lorsqu’elle est passée d’une ‘enfant’ de la Vallée au ‘problème’ de la Vallée ».
Avant de se lancer dans l’écriture du scénario, Camille Ponsin a d’abord enquêté, mené des entretiens filmés avec Nana, avec ses amis, avec les habitants de la vallée, avec le médecin. Une enquête délicate, dans une région toujours divisée par cette histoire, qu’il a décidé de raconter du point de vue de la mère, et de sa relation exceptionnelle et singulière avec sa fille schizophrène.
Au-delà de cette relation, au cœur du film, Camille Ponsin pose un regard sans angélisme sur le retour à la terre, et la vie en communauté. Le comportement d’Anja, sa maladie, petit caillou dans la chaussure, fait se fissurer peu à peu la belle harmonie, jusqu’à faire voler en éclats la communauté, ses beaux principes et ses belles valeurs.
Les relations avec les ruraux de la vallée, avec qui la communauté avait réussi à instaurer des relations apaisées, virent aussi au règlement de compte, et Sam se retrouve seule contre tous pour aider et protéger sa fille.
Anja, rendue à la nature, pousse à l’extrême le rêve du groupe dans lequel elle a grandi. Elle est aussi, paradoxalement, celle par qui adviendra sa perte. « Même si Anja ne commet pas délibérément un geste politique, elle interroge ceux avec lesquels elle a grandi, ces néo-ruraux qui, eux, remettent en cause la société. Elle les met face à leurs contradictions. Je le montre dans le film lorsqu’Anja se met à voler de la nourriture dans leurs maisons. Alors qu’ils sont tous anti-flics et anti-propriété privée, ils finissent par les appeler et porter plainte. D’une certaine façon, Anja est leur mauvaise conscience », explique le réalisateur dans sa note d’intention.
Céline Sallette campe magnifiquement cette mère courage. Bertrand Belin, dans la peau du père, un homme solaire et séducteur un peu dépassé par les évènements, fait lui aussi parfaitement le job. Le personnage d’Anja, en revanche, est moins convaincant. Cette figure d’enfant sauvage insaisissable aurait sans doute gagné à être moins présente à l’image.
Le manque de ressort dramaturgique de ce premier film de fiction de Camille Ponsin finit par tourner en boucle et nous fait décrocher. Mais quand à la toute fin apparaît à l’écran la silhouette frêle et déterminée de Nana, cette femme, la vraie, qui pendant des années a veillé de loin sur sa fille pour lui éviter l’enfermement, ou la mort, alors cette histoire prend tout son relief, et l’émotion nous submerge.
Genre : DrameRéalisation : Camille PonsinAvec : Céline Sallette, Lou Lampros, Bertrand BelinPays : FranceDurée : 1h 41minSortie : 8 avril 2026Distributeur : MementoSynopsis : Au cœur des Cévennes, Anja décide de vivre à l’écart des autres, au milieu des bois. Insaisissable et sauvage, elle bouleverse peu à peu l’équilibre de la vallée et de ses habitants. Sa mère reste son seul lien avec le monde extérieur… D’après une histoire vraie.
Source:
www.franceinfo.fr




