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Retour sur les accusations de pédophilie, grandes oubliées du biopic sur Michael Jackson

« Assistez à son ascension. Célébrez son génie. Découvrez sa légende ». Ces formules figurent en toutes lettres dans la bande-annonce officielle de Michael, laissant peu de doute sur le caractère hagiographique du film qui sortira en France le 22 avril. La version française s’achève par cette citation attribuée à l’artiste :  « Défendre l’amour, la joie et la paix. c’est ce que je veux offrir au monde. La magie ! « . Comme l’une de nos journalistes a pu le constater lors d’une projection de presse, les accusations d’agressions sexuelles sur mineur n’apparaissent pas dans le film.

En 2023, Jaafar Jackson, fils de Jermaine, le frère aîné de Michael Jackson, avait révélé avec une photo avoir été choisi par le réalisateur américain Antoine Fuqua pour incarner son oncle dans un biopic. Les fans de Michael, inconsolables depuis la mort de leur idole en 2009, à l’âge de 50 ans, n’avaient pas caché leur joie. Ce film est tellement attendu que le premier teaser mis en ligne, le 6 novembre dernier, a dépassé 116 millions de vues en 24 heures, selon le site Deadline, spécialisé dans l’actualité hollywoodienne, battant le record de la bande-annonce la plus vue dans l’histoire des biopics musicaux et des films de concert. Selon le magazine Variety, le studio Lionsgate table sur 700 millions de dollars de recettes pour ce long-métrage, présenté en première mondiale le vendredi 10 avril à Berlin.

Six ans ont passé depuis la diffusion en janvier 2019 au festival de Sundance, puis les 3 et 4 mars sur la chaîne américaine HBO et le 21 mars sur M6, du documentaire réalisé par le britannique Dan Reed : Leaving Neverland. Dans ce film en deux parties, d’une durée totale de quatre heures, deux hommes de 36 et 41 ans, Wade Robson et James Safechuck, accusent le chanteur de les avoir les violés de façon répétée, lorsqu’ils avaient respectivement sept et dix ans, dans sa propriété californienne de Neverland. Le réalisateur se dit intimement persuadé qu’ils disent vrai et a mené une longue enquête pour corroborer leurs témoignages. Les deux hommes racontent de façon circonstanciée comment la star avait gagné leur confiance et celle de leurs parents pour obtenir qu’ils dorment dans sa chambre, comment il leur a imposé le visionnage d’images pornographiques, comment il les a manipulés pour les empêcher de parler et de dénoncer les abus.

Leurs récits dévoilaient, en creux, le mode de vie extrêmement particulier de celui qui chantait I’m bad. Avant même la diffusion du documentaire à la télévision, les héritiers de Michael Jackson avaient déposé une plainte auprès d’un tribunal de Los Angeles, accusant la chaîne HBO de violer un accord de « non-dénigrement » signé en 1992 et réclamant jusqu’à 100 millions de dollars de dommages et intérêts. La chaîne avait cependant maintenu la diffusion, estimant que cela permettrait aux spectateurs « de juger par eux-mêmes du film et des accusations ». Il avait fait l’effet d’une déflagration aux États-Unis, relançant les accusations de violences pédocriminelles dont la star avait fait l’objet à plusieurs reprises de son vivant.

Dès 1993, un adolescent de 13 ans, Jordan Chandler, avait accusé l’interprète de Billie Jean de l’avoir agressé sexuellement à plusieurs reprises, dans des conditions relativement similaires à celles décrites par Wade Robson et James Safechuck. L’affaire s’était réglée « à l’amiable », moyennant le versement de plusieurs millions de dollars (entre 15 et 22 millions selon les sources). Michael Jackson dément toutes les allégations d’abus sexuels mais transige, comme le permet le système judiciaire américain, redoutant probablement les effets délétères de cette affaire sur sa carrière.

La plainte concernant Jordan Chandler est retirée éteignant toute action civile mais cela n’empêche pas l’action pénale de se poursuivre. Dix ans plus tard, un autre mineur accuse Michael Jackson des mêmes abus, le conduisant cette fois-ci jusqu’au procès pénal. On se souvient des images de ses fans se bousculant aux abords du tribunal pour lui manifester bruyamment leur soutien. Le jury l’avait acquitté le 13 juin 2005, apparemment sensible aux arguments de ses avocats, qui accusaient la famille de la victime présumée d’avoir monté une cabale pour lui extorquer de l’argent.

En 2003, dans le documentaire « Living with Michael Jackson », la star confiait au journaliste britannique Martin Bashir qu’il invitait encore des enfants à dormir dans son lit, relançant soupçons et polémiques. Le mouvement #MeToo et de nombreux ouvrages publiés ces dernières années ont éclairé les phénomènes d’emprise dont nombre d’enfants et d’adolescents sont victimes et qui les empêchent de parler parfois pendant des décennies – on pense notamment au livre de Vanessa Springora, Le consentement et, plus récemment, à celui de la comédienne Judith Godrèche. Toutefois, et bien que le degré de conscience soit de nos jours plus élevé, le documentaire de Dan Reed semble avoir eu un impact relativement limité sur l’image de Michael Jackson. Seules quelques radios, notamment au Canada, ont dans la foulée retiré de leur programmation les titres de Michael Jackson.

En 2013, 2014, puis en mars 2026, dixit l’AFP, d’autres victimes présumées ont saisi la justice civile. Plusieurs procédures sont toujours en cours mais à ce jour, il est important de le rappeler, l’artiste n’a jamais été condamné, ni au pénal, ni au civil. Malgré l’accumulation des accusations, l’ancien leader des Jackson Five a conservé des fans inconditionnels qui ne voient dans ces témoignages que des tentatives d’extorsion de fonds. Les titres de Michael Jackson restent en bonne place dans la plupart des playlists radiophoniques. Selon l’AFP, en 2025, pour la 13e fois en 16 ans depuis sa disparition, le « roi de la pop » est arrivé en tête des célébrités défuntes ayant généré le plus de revenus.

Pour Diane Dimond, autrice en 2005 du livre Be Careful Who You Love : Inside the Michael Jackson Case [Attention à qui vous aimez : au cœur du dossier Michael Jackson], la star « touche des gens au plus profond », et ses fans « croiront à jamais qu’il était comme Jésus ». Sanctifié par ses adorateurs, Michael Jackson fait pour beaucoup figure d’icône indétrônable. « Je pense que le film va encore augmenter le spectre commercial » de la marque « MJ », avance Vincent Amen, ancien collaborateur du chanteur de 2002 à 2004, interrogé par l’AFP.

« Il était humain. On va montrer le bien et le mal. Nous allons raconter l’histoire de Michael en nous basant sur les faits. »

Antoine Fuqua, réalisateur du film « Michael »

Allo Ciné

Il n’en demeure pas moins vrai que les accusations de pédophilie ont marqué les dernières années de vie du chanteur, décédé alors qu’il préparait son grand retour sur scène. En septembre 2012, le Los Angeles Times avait révélé des courriels échangés entre des dirigeants d’AEG, la société de promotion de la tournée This is it. Le chanteur y était décrit comme « complètement paumé et paralysé ». « MJ est enfermé dans sa chambre, bourré et déprimé. J’essaie de le faire dessaouler », écrivait Randy Phillips, directeur de la branche concerts d’AEG, à son patron, Tim Leiweke.

Il écrivait aussi : « Je lui ai crié dessus si fort que les murs en ont tremblé, il est complètement paumé et paralysé, il se déteste (…) Il est flippé à mort ». Si l’on en croit ces mails, Randy Phillips a fini par devoir habiller lui-même le chanteur, avec l’aide de son manager. Michael Jackson mourra peu après, le 25 juin 2009, pendant les répétitions au Staples Center de Los Angeles de This is it, après une injection de Propofol, un puissant anesthésique. Son médecin a été reconnu coupable d’homicide involontaire en décembre 2012.

Photo du film « Michael » réalisé par Antoine Fuqua (2026) (UNIVERSAL PICTURES INTERNATIONAL FRANCE)

Les accusations récurrentes de pédophilie seront-elles évoquées dans le biopic Michael ? Le réalisateur Antoine Fuqua, le laissait entendre sur le plateau de l’émission Good Morning America en août dernier, promettant que son film aborderait « the good, bad, and the ugly », ce qui signifie « le bon, le mauvais et le laid. » Le site Allociné avait retranscrit ses propos : « Pour moi, aucun artiste n’a la puissance, le charisme et le pur génie musical de Michael Jackson. C’était un grand artiste. Il était humain. On va montrer le bien et le mal. Nous allons raconter l’histoire de Michael en nous basant sur les faits. Moi et Graham King, le producteur de Bohemian Rhapsody, nous raconterons les faits que nous connaissons et ça sera au public de décider ce qu’il pense de Michael, mais nous décrirons les faits comme nous les connaissons ».

Consulté par l’AFP à quelques jours de la sortie du film, Mark Anthony Neal, professeur d’études afro-américaines à l’université Duke, avouait ses doutes. « J’adorerais que le film dépeigne l’histoire de Michael Jackson de la façon la plus humaine possible, avec les succès, les travers et les échecs, mais Hollywood ne traite pas les célébrités de cette manière là », regrettait-il. « La famille a investi dans ce film, précisait-il, et le moins polémique il est, le mieux ce sera. » Pour la famille, cela va s’en dire.

Photo du film

Photo du film « Michael », réalisation Antoine Fuqua, sortie en France le 22 avril 2026. (LIONSGATE)

Le 27 janvier 2025, le site Allociné reprenait les informations du media Puck révélant que six mois après le dernier clap, tout le troisième acte du film avait dû être entièrement réécrit. Selon cette source, le script signé John Logan s’intéressait à la première accusation d’abus sexuels sur mineur faite contre l’artiste en 1993. Un dossier qui s’était réglé, on l’a vu, par une transaction financière. Or une partie de l’accord stipulait que le nom de la victime présumée et de sa famille ne devait en aucun cas apparaître ou être mentionné dans un film ou un documentaire.

Chose étrange, les représentants de Michael Jackson auraient oublié cette interdiction en approuvant le scénario. Toujours selon le site Puck, la fin du biopic Michael a donc été retournée afin de respecter les termes dudit contrat. Un article de Brent Lang et Rebecca Rubin, publié sur le site américain Variety le 7 avril 2026, complète ces informations. Citant sans les nommer des sources proches de la production, ils avancent que « le final a été abandonné, ainsi que toute mention des accusations de pédophilie ». Ils évoquent une scène du scénario original dans laquelle Michael Jackson fixait son reflet dans un miroir alors que les lumières de voitures de police clignotaient derrière lui qui ne figure pas dans le montage final. Une séquence avec des enquêteurs arrivant au ranch de Neverland pour chercher des preuves aurait également été coupée. Le parcours de Michael Jackson retracé dans le film s’interrompt en 1988. Une suite est-elle possible ? La rumeur circule.

Signalons pour conclure que la plateforme France.tv diffusera le lundi 21 avril une série réalisée par Rob Coldstream : Michael Jackson, l’envers d’une légende. Le second épisode, intitulé Entre ombre et lumière, explore les répercussions de l’affaire Chandler, le troisième s’interroge sur la nouvelle ère qui a suivi la disparition de la star : celle d’un héritage disputé, d’une marque devenue « cash machine », et de controverses qui continuent d’alimenter la légende comme la polémique.


Source:

www.franceinfo.fr

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