L’annonce incontournable de la prochaine venue de Céline Dion à Paris illustre parfaitement le fonctionnement de l’hypertourisme contemporain. On y observe tout à la fois une concentration spatiale dans un haut lieu mondialisé, une concentration temporelle avec dix concerts répartis sur une durée d’un mois, un phénomène d’attractivité planétaire, la poursuite du processus de transformation du concert en produit touristique, la mainmise des plateformes américaines de billetterie sur ce type d’événement, le brouillage généralisé des cartes entre intérêts privés et secteur public, et le rôle aussi incontournable qu’ambigu d’une grande partie des médias.
La capitale française n’a pas seulement été choisie en raison de la capacité d’accueil record, avec ses 45 000 places, de la salle de Paris-La Défense Arena en Europe, mais est convoquée comme décor mondial, comme signe absolu de prestige et d’universalité. La tour Eiffel, privatisée le temps de reportages et de photos immédiatement et largement diffusés, fait office d’écran publicitaire géant pour un événement commercial : le lieu est mis au service d’un spectacle à dimension planétaire.
La logique de la résidence, sur le modèle démarré il y a plusieurs décennies à Las Vegas, concentre les flux sur un point unique et fait pleinement participer l’événement à l’économie du tourisme.
Rareté artificielle
Les artistes les plus renommés à l’échelle mondiale, dont les revenus proviennent désormais principalement de ces spectacles, se contentent de plus en plus souvent de ces quelques séries de mégaconcerts vers lesquels convergent des spectateurs du monde entier. Sur les 180 000 spectateurs venus assister aux quatre concerts de Taylor Swift à Paris, en 2024, on estime qu’environ un tiers étaient étrangers dont 20 % d’Américains : ce seraient 36 000 Etats-Uniens qui auraient traversé l’Atlantique, dont certains pour des raisons économiques, la loi française interdisant la revente des billets.
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Source:
www.lemonde.fr




