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Prostitution : comment des annonces ciblent des mineures sur les réseaux sociaux


Publié le 09/04/2026 22:43

Temps de lecture : 5min – vidéo : 7min

Derrière de simples annonces sur TikTok se cache un système de recrutement lié à la prostitution, visant parfois des mineures. Notre enquête révèle plus de 350 offres accessibles, des promesses d’argent facile et des mécanismes d’emprise qui s’étendent partout en France.

« Cherche vendeuse 2 roses » Les annonces fleurissent sur Internet. Mais ici, pas question de romantisme. La réalité est bien plus sombre. Ces annonces servent à recruter de jeunes prostituées, parfois mineures. Nous avons analysé plus de 350 offres de recrutement, toutes très faciles d’accès. Quand TikTok, réseau social prisé de nos ados, devient le terrain privilégié des proxénètes, c’est l’enquête que nous avons menée.

Les annonces se présentent pratiquement tout le temps pareil : sur un morceau de rap, un appartement filmé furtivement pour soi-disant accueillir les jeunes filles et leurs clients. Et les TikTokers affichent clairement la couleur. Ils recrutent pour de la prostitution avec des photos très explicites ou des images de préservatifs. Les mots employés sont sans équivoque. Ils parlent de passes, de tapins, se présentent eux-mêmes comme des proxénètes. Et sur toutes les vidéos, les mêmes engagements : les filles sont logées, nourries. Les recruteurs offrent de prendre en charge leur billet de train et leur assurent la sécurité.

À chaque fois dans les annonces, la promesse de l’argent facile avec des liasses de billets et un partage des montants affichés : 50 % pour la jeune fille, 50 % pour le proxénète. Certains proposent 60 %, concurrence oblige. L’un promet même 70 % à la prostituée. Impossible de savoir si les filles touchent réellement ces montants. Les annonces font en tout cas miroiter de très grosses sommes : 1 000 euros par jour pour certaines, 4 000 à 5 000 euros la semaine pour d’autres.

Sur son compte, un recruteur publie une vidéo : une fête censée célébrer un gain de 1 500 euros en une soirée. Nous avons répondu à l’une de ces annonces. Pour engager cette discussion, nous avons créé un faux profil sur TikTok. Notre nom : Lila. Notre photo a été générée par intelligence artificielle. Très rapidement, huit recruteurs nous contactent par message. L’un d’eux souhaite échanger par téléphone. Au bout du fil, il nous explique : « le client va te demander s’il a des envies ou des désirs ». Quand on demande de combien de clients on parle, le proxénète répond que cela varie selon ce que l’on souhaite et qu’il y a un partage 50/50 sur les bénéfices.

Sur de nombreuses photos publiées, les filles paraissent très jeunes. Les proxénètes recrutent-ils des mineures via TikTok ? Notre profil affiche 16 ans. Pour 7 des 8 recruteurs qui nous ont contactés, cela ne pose aucun problème que nous soyons mineures, comme l’assure l’un d’eux : « déjà c’est bien, tu ne mens pas sur ton âge, j’ai une fille qui a 17 ans comme toi, il ne faut jamais dire au client que tu es mineure ».

Les recruteurs mettent en concurrence les filles, avec un système de récompenses pour celles qui rapportent le plus d’argent : sacs de luxe, virées shopping, champagne et grands restaurants, visites de Paris ou sorties jet-ski. Mais la réalité est souvent très loin de cette vie glamour promise.

Une jeune fille recrutée à 16 ans raconte : elle a répondu à une annonce qui promettait des cadeaux et un travail de serveuse. Il était déjà trop tard quand elle a découvert qu’il s’agissait de prostitution. Elle confie : « On te demande tes papiers qu’ils gardent. Une fois que tu es rentrée dedans, tu ne peux plus en sortir. Ils font tout pour te retrouver. Ils m’ont cherchée, ils m’ont menacée. J’ai été très addict à la drogue. Ils t’achètent autant que tu as besoin jusqu’à ce que ça te détruise et que tu en oublies les clients. » La consommation de drogue est indissociable de cette forme de prostitution pour supporter des cadences infernales. De nombreuses annonces proposent alcool, protoxyde d’azote ou cannabis.

Ces annonces sont localisées partout en France, en ville comme en zone rurale. Pour échapper à la police, certains changent d’endroit tous les quatre jours ou parcourent le pays. Ils louent des appartements sur des plateformes de location saisonnière. Un propriétaire témoigne après la découverte qu’un de ses logement a servi à cela : « On est hyper vigilants sur ça, mais là on est clairement impuissants et floués par les locataires ». Les associations estiment à 40 000 le nombre de victimes d’exploitation sexuelle en France, dont près de la moitié seraient mineures.

Une association toulousaine tente d’aider ces jeunes filles. Jennifer Pailhé, de l’association Nos Ados Oubliés, explique : « Ces jeunes filles issues de l’aide sociale à l’enfance auront parfois à peine 10 ou 20 % de l’argent qu’elles gagnent. On leur donne de la drogue, mais ensuite on leur demande de rembourser avec les passes. Le responsable de sécurité n’est pas là pour protéger, mais pour les contraindre. »

Nous avons contacté TikTok, qui affirme lutter contre ces contenus. Les recruteurs encourent jusqu’à 7 ans de prison, et 20 ans lorsqu’il s’agit de mineures de moins de 15 ans.


Source:

www.franceinfo.fr

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