En marge d’une réunion d’un comité d’alerte mardi, Sébastien Lecornu a détaillé les conséquences du conflit pour les finances publiques, et a demandé à son gouvernement de trouver comment réaliser des économies « à hauteur de ce choc ».
Publié le 21/04/2026 17:19
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« La guerre a un coût », même sans y prendre part. Celui du conflit au Moyen-Orient pourrait « représenter au moins 6 milliards d’euros à date » pour la France, a fait savoir le Premier ministre Sébastien Lecornu dans une lettre adressée à ses ministres, mardi 21 avril, et consultée par franceinfo. Un courrier envoyé quelques instants avant une réunion du comité d’alerte des finances publiques, la première de l’année, et alors que de nouvelles aides pour faire face à la flambée des prix du carburant sont attendues pour le mois de mai.
Dans ces 6 milliards, il y a d’abord, et avant tout, le surcoût anticipé sur la charge de la dette. Concrètement, les intérêts que l’Etat doit verser à ses créanciers sont alourdis en raison de la guerre et de ses conséquences sur le commerce mondial. Les taux, qui ont nettement augmenté depuis le début de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran, sont « aujourd’hui cinq fois supérieurs à ce qu’ils étaient au moment du déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022 », a ainsi fait savoir le ministre des Comptes publics, David Amiel, à l’issue du comité d’alerte des finances publiques. Ce phénomène, qui ne concerne pas que la France, contribue à affaiblir les finances publiques nationales.
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Le surplus est déjà évalué à plus de 3,6 milliards sur l’année « en scénario moyen », explique Sébastien Lecornu dans son courrier aux ministres, ce qui porterait la charge de la dette totale en 2026, prévue à 60 milliards dans le projet de loi de finances pour 2026, à 64 milliards, a fait savoir Bercy. « En fonction de l’évolution de la situation géopolitique, ce surcoût pourrait être amené à s’accroître », met en garde le Premier ministre.
A cela s’ajoutent les conséquences la hausse des prix. Le 14 avril, le gouvernement a relevé sa prévision d’inflation pour 2026, de 1,3% à 1,9%. Or, cette accélération aura des répercussions sur les allégements de cotisations sociales et sur un certain nombre de dépenses indexées sur l’inflation. Les sommes à débourser par l’Etat seront plus importantes avec une inflation à 1,9%.
Cette guerre a aussi un coût plus direct. Même si la France n’est en aucun cas belligérante, « l’intensification » et « le prolongement » des opérations extérieures de l’armée française ont un coût, estimé à 1 milliard d’euros pour 2026 par Matignon. Et ce, « en dépit de provisions déjà existantes dans le budget des Armées ». Depuis le début de la guerre, Emmanuel Macron a notamment donné l’ordre de déployer le porte-avions Charles-de-Gaulle en Méditerranée, ou a encore envoyé une frégate à Chypre.
Dans le même temps, les recettes pour l’Etat liées aux carburants, qui avaient augmenté au début de l’année, s’essoufflent. Alors que le gouvernement reconnaissait un surplus fiscal de 270 millions d’euros en mars, du fait de la hausse des prix à la pompe, celui-ci n’était plus que de 170 millions au 10 avril, selon le ministère de l’Economie et des Finances, dont seulement 80 millions d’euros qui reviennent à l’Etat – le reste étant reparti entre les collectivités territoriales et la Sécurité sociale. « Sur le mois d’avril, nous avons une perte de 100 millions de recettes concernant la fiscalité sur le carburant par rapport à la même période l’année dernière », insiste le ministre des Comptes publics. En effet, si les taxes ont augmenté, elles ne compensent pas la baisse de la consommation de carburant de près de 16% enregistrée début avril, période durant laquelle les prix à la pompe étaient au plus haut.
Ce surplus fiscal pour l’Etat ne suffit pas à couvrir les dépenses engagées pour faire face à la crise énergétique, car le montant des aides mises en place depuis le début de la guerre est deux fois plus élevé (150 millions), selon Bercy. Cela se traduit notamment par des aides sectorielles aux professions très dépendantes des énergies fossiles, mais aussi par l’envoi de 700 000 chèques énergie supplémentaires à partir du 1er mai. Cette addition pourrait encore s’alourdir : le ministre de l’Economie, Roland Lescure, affirmait sur RTL mardi matin que de nouvelles mesures sont prévues pour le mois mai.
Or, le ministre des Comptes publics, David Amiel, avait prévenu : « Toute dépense publique nouvelle qui pourrait être rendue nécessaire par la crise » énergétique entraînerait « une annulation d’une dépense qui était prévue, à l’euro près ». Mardi, Sébastien Lecornu a donc annoncé, dans la lettre adressée à ses ministres, son souhait de voir les administrations se serrer la ceinture « à hauteur de ce choc ». L’objectif reste de ne pas dépasser un déficit à 5% du PIB en 2026, après une année 2025 plus positive qu’attendue sur ce front. « Nous réaffirmons notre engagement de passer le déficit sous la barre des 3% pour 2029 », a encore martelé Bercy à l’issue du comité d’alerte.
En miroir des 6 milliards d’euros de coût de la guerre pour l’Etat, le Premier ministre demande à son gouvernement de mettre en œuvre pour 4 milliards d’euros de « mesures supplémentaires de freinage de la dépense » au sein des budgets ministériels, qui s’ajoutent à un effort de 2 milliards d’euros « dans la sphère sociale », c’est-à-dire répercutées sur la Sécurité sociale. « L’impact prévisionnel de la guerre sur les finances publiques concerne tant l’Etat que la sphère sociale », souligne Bercy pour justifier cette répartition qui n’épargne pas la Sécu. « Vous avez un risque de moindres recettes et de dépenses supplémentaires du fait des prestations indexées, du fait d’une éventuelle hausse du chômage… »
Pour faire ces économies, David Amiel n’a exclu ni le gel de certaines dépenses, ni des annulations ciblées de crédits, deux des options possibles pour ne pas avoir à passer par l’adoption – plus complexe – d’une loi de finances rectificative. Mais pour connaître la liste des administrations amputées d’une partie de leurs crédits, il va falloir être patient : « Les mesures de redressement sont en cours de préparation », fait savoir le ministère de l’Economie. Un prochain rendez-vous est également fixé en juin pour le deuxième comité d’alerte de l’année, qui fera office de point d’étape.
Source:
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