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Perspectives économiques du FMI pour l'Afrique: «C'est une situation difficile, mais il faudra tenir le cap»

Le Fonds monétaire international (FMI) a révélé, jeudi 16 avril, à l’occasion des Assemblées de Printemps à Washington, son bulletin économique annuel sur l’Afrique subsaharienne. Intitulé « Des gains durement acquis sous pression », malgré une année 2025 positive, l’organisation a dû revoir ses projections à la baisse. Amadou Sy chef des études au département Afrique du FMI, répond à RFI.

RFI : Quel bilan général dressez-vous de 2025 ?

Amadou Sy, chef des études au département Afrique du FMI : En 2025, on a vraiment commencé à voir les fruits des réformes, aussi bien au niveau de la croissance, de l’inflation et même au niveau des budgets. 2025 a été une année vraiment bonne, et on était sur cette lancée. On a un choc externe. Ce n’est pas la faute des pays africains, mais la leçon, c’est qu’il faut, d’une manière structurelle, renforcer les coussins de sécurité de nos pays pour éviter que chaque fois qu’on améliore nos politiques économiques, nous devions nous ajuster parce qu’on a des chocs extérieurs. Il s’agit de diversifier nos économies, avoir une croissance de qualité avec des emplois. Et puis surtout, avoir le secteur privé comme moteur de la croissance. Pour le moment, elle est souvent portée par les investissements dans le secteur public.

Pour 2026, nous avons donc dû revoir à la baisse nos projections à cause de la guerre en Iran. Il y a beaucoup d’incertitudes. Pour la croissance, on avait 4,6% avant la guerre, et on est retombé à 4,3%. L’inflation devrait aussi augmenter. Donc moins de croissance et plus d’inflation à cause de cette guerre, avec des risques vraiment à la baisse si jamais le scénario pessimiste se matérialise. C’est une situation difficile, mais il faudra tenir le cap et vraiment ne pas perdre de vue les objectifs.

Vous consacrez un chapitre à la répercussion de la guerre au Moyen-Orient sur les États africains. Quelles sont-elles ?

Il y a des répercussions directes : cette forte augmentation du prix du pétrole et des engrais dans un contexte d’incertitude. Nous avons aussi des perturbations du transport maritime dans la mer Rouge. C’est une route commerciale cruciale pour de nombreux pays africains, surtout ceux qui sont sur la côte Est. Elles augmentent les coûts, les délais pour l’ensemble des importations, pas seulement le pétrole, mais aussi les denrées alimentaires… Il y a aussi des effets sur des secteurs comme le tourisme. Des pays comme le Rwanda, les Seychelles dépendent beaucoup du tourisme. Or, Dubaï était une plaque tournante pour les compagnies d’aviation et le moyen d’arrivée de nombreux touristes. Il y a également beaucoup de travailleurs africains dans les pays du Golfe et il faudra suivre avec beaucoup d’intérêt ce qui se passe pour les envois de fonds vers des pays comme l’Éthiopie ou le Nigeria. Et finalement, le durcissement des conditions financières : le dollar s’est apprécié et les coûts d’emprunt sur les marchés internationaux restent élevés.

Vous parlez également d’effets indirects ?

Oui, il y a un souci qui donne des maux de tête aux banques centrales : ce sont les effets de second tour où l’on aurait une augmentation d’autres prix. Par exemple, beaucoup de pays africains dépendent du prix du pétrole pour générer de l’électricité. Donc, il faudra voir s’il y aura des effets de second tour sur le transport, l’électricité, etc.

Vous parlez de la hausse des coûts d’emprunt. Ça veut dire quoi, pour les États africains ?

2025 a été une très bonne année. Beaucoup de pays ont réussi à faire passer des réformes difficiles. La croissance était à la hausse, l’inflation était à la baisse. Et là, on a ce choc. Il vient s’ajouter à celui de la baisse de l’aide publique au développement. Donc, pour beaucoup de pays africains qui ont des marges de manœuvre et des filets de sécurité assez limités, il va falloir faire des arbitrages. D’un côté, il faut assurer le service de la dette, de l’autre, il faudra aider les ménages les plus vulnérables. Il faudra voir au niveau budgétaire où trouver les ressources pour amortir l’effet du choc pétrolier sur ces ménages.

Que préconise le FMI ?

Nous préconisons des transferts ciblés, temporaires et bien conçus, plutôt que des subventions généralisées, parce qu’elles sont plus coûteuses et surtout inéquitables. Il s’agit d’utiliser les filets sociaux, d’essayer de monter en puissance rapidement et de faire ces transferts ciblés pour les ménages les plus pauvres et les plus affectés.

La question de la dette des États africains est de nouveau une inquiétude ?

On a vu beaucoup d’États, surtout vers la fin 2025 et le début 2026, faire des opérations de gestion de la dette d’une manière vraiment adéquate. Par exemple, on a vu l’Angola, la Côte d’Ivoire… On a même vu, la semaine passée, la République démocratique du Congo qui, pour la première fois, a pu émettre un eurobond. Il y a des efforts au niveau de la gestion de la dette publique, mais les pays ne contrôlent pas l’aversion au risque des investisseurs. En 2023, le marché était fermé pour les pays africains. Donc, plus on a un conflit qui dure, plus on a une incertitude, plus l’aversion face au risque des investisseurs peut augmenter, et le marché peut d’un coup se refermer.

Un autre chapitre important de ce rapport concerne la réduction de l’aide publique au développement. L’année dernière, elle a été drastique. Quelles sont les grandes conséquences pour l’Afrique subsaharienne ?

Oui, c’est une rupture à ce niveau. La première caractéristique, c’est l’ampleur. Les budgets de l’aide bilatérale, selon les estimations de nos services, ont baissé de 16 à 28% en 2025. C’est à peu près quatre à sept milliards de dollars de moins par rapport à 2024. Ce n’est pas une correction à la marge. Deuxièmement, c’est la simultanéité. Presque tous les grands donateurs traditionnels réduisent en même temps leur aide (les États-Unis, avec la fermeture de l’USAID, mais aussi l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, etc. Troisièmement, c’est la rapidité et l’imprévisibilité. Des fonds ont été retirés à des projets en cours avec un préavis minimal. Cela a laissé les autorités sans capacité d’adaptation. Et finalement, c’est l’absence d’amortisseurs, parce que les organismes multilatéraux, comme le Programme alimentaire mondial, l’UNICEF, l’Organisation mondiale de la santé, jouaient traditionnellement le rôle de filet de sécurité. Mais ces organismes eux-mêmes subissent des coupes massives.

Y a-t-il des pays qui sont plus touchés que d’autres par ce choc ?

Les pays les plus touchés vont être les pays à faibles revenus et les États fragiles ou touchés par des conflits. Par exemple, la République centrafricaine, le Soudan du Sud, qui pourraient perdre une aide équivalente à plus de 10% de leurs recettes publiques. C’est énorme. Il faut penser au Tchad, qui est le premier pays d’accueil de réfugiés par habitant en Afrique et qui pourrait voir ses rentrées d’aide être divisées par deux. C’est plus de la moitié de l’aide qui était dirigée vers la santé, l’éducation, l’aide humanitaire de base. Cette dernière a été particulièrement frappée ; on estime une chute de 42% en 2025. Ce ne sont pas seulement les fonds. Il y a tout un système de services qui s’effondre.

Quels sont les leviers des États pour faire face à cette situation ?

Nous identifions trois impératifs. Le premier est de protéger l’aide à fort impact et d’améliorer la coordination entre les donateurs et les bénéficiaires pour éviter les doublons, les ruptures de programmes essentiels, etc. Deuxièmement, ça pousse à penser à d’autres sources de financement. Donc, il faudra élargir la panoplie des instruments. Il faudra voir dans quelle mesure on peut mobiliser le capital privé pour certains projets. Et finalement, et c’est peut-être le point le plus fondamental, il faudra renforcer les capacités nationales. Cela passe par la mobilisation des recettes intérieures, améliorer l’efficience de la dépense. Il faudra aussi renforcer les capacités pour élaborer des politiques d’aide et les implémenter.

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Source:

www.rfi.fr

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