Au moment où s’ouvre le Festival du Livre de Paris, libraires et éditeurs se sont entendus autour d’une Charte interprofessionnelle sur le prix du livre et le recours aux codes prix. Ce texte vient encadrer le recours aux codes prix, utilisés par les éditeurs pour indiquer les tarifs de certains ouvrages sans pour autant imprimer une somme exacte sur la couverture : une affiche en librairie permet alors aux clients de connaitre le prix correspondant.
PM03, F4b, MAN04… Ces indications représentent toutefois de véritables casse-têtes pour les libraires, tant elles se sont multipliées ces dernières années, pour certains types d’ouvrages. « La pratique du code prix s’est quasiment généralisée en BD et elle est depuis longtemps très présente pour les formats poche et pour la jeunesse », nous précise Jean-Philippe Mochon, le médiateur du livre.
Le nombre précis de livres disposant de codes prix reste inconnu à ce jour, n’ayant pas été établi par le Syndicat national de l’édition. Mais les éditeurs ont adopté cette pratique, à l’origine pensée comme une simple dérogation, transitoire, à la législation sur le prix unique du livre, promulguée en 1981.
D’après une circulaire diffusée cette même année, les codes prix étaient admis « dans le cas de collections à prix homogène, notamment collections au format de poche », pour lesquelles « il est toléré que l’indication du prix ne soit pas portée sur les ouvrages par le producteur ». Dans ce cas, l’éditeur devait « fournir à son réseau de vente des écriteaux ou affichettes portant en caractères très lisibles les prix de vente au public ainsi que leur date d’entrée en vigueur et destinés à être placés en évidence à proximité immédiate des rayons concernés ».
À la fois pratique et pénible
Pourquoi, 40 ans plus tard, se pencher sur les codes prix et leur usage ? « Le sujet a été soulevé par le Syndicat de la Librairie française au moment des discussions sur les modifications de prix et le réétiquetage qu’elles entrainaient dans les librairies », précise Jean-Philippe Mochon. En 2023, de nombreuses maisons d’édition avaient en effet augmenté le prix de vente de leurs livres, y compris ceux déjà commercialisés, afin de compenser la hausse des coûts des matières premières.
« Ce qui était d’ailleurs un peu paradoxal, en soi, puisque les codes prix permettent notamment d’éviter ce travail de réétiquetage », ajoute le médiateur du livre. En effet, le code prix a l’avantage de pouvoir être associé à un nouveau tarif facilement et rapidement, tout en demandant peu de main d’œuvre aux libraires — si ce n’est de changer les grilles tarifaires affichées dans le commerce.
Quel était donc le problème des codes prix ? « Le Syndicat de la Librairie française était inquiet d’un effet inhibant du code prix sur l’achat pour certains clients en raison du flou qu’il peut créer dans leur esprit sur le prix applicable », nous explique Jean-Philippe Mochon.
Une clientèle méconnaissant le système pourrait ainsi renoncer à un achat, soit parce qu’elle ignore son fonctionnement, soit parce qu’elle ne trouve pas rapidement le prix correspondant au code. Par ailleurs, le système peut encourager l’idée reçue selon laquelle les livres seraient plus chers en librairies que sur internet, malgré la loi sur le prix unique du livre.
Enfin, l’affichage obligatoire des prix correspondant au code fait courir un risque juridique aux libraires, puisque le droit de la consommation exige un marquage des prix sur l’ouvrage lui-même ou « à proximité immédiate », doctrine de l’administration.
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« La Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes a procédé à des contrôles ces dernières années, et a pu verbaliser certaines librairies » pour des manquements à cette exigence, relève le médiateur du livre.
Quel encadrement pour la pratique ?
« Il est rapidement devenu évident que l’objectif des discussions ne pouvait pas être de supprimer les codes prix qui sont installés dans la pratique et qui peuvent avoir leur utilité, a fortiori au moment où ils s’avéraient très utiles pour les éditeurs et les libraires. Il s’agissait plutôt de mettre un coup d’arrêt à une pratique parfois insuffisamment réfléchie qui était devenue une facilité », détaille Jean-Philippe Mochon au sujet des motivations de la mission.
Les professionnels du livre sont tombés d’accord autour d’une notion structurante pour la filière, le prix unique du livre. Sur ce point, les organisations autour de la table ont reconnu « que sa traduction la plus claire est le prix marqué très clairement par l’éditeur », explique le médiateur du livre.
Au-delà de ce point de départ, la Charte interprofessionnelle, accessible en fin d’article, compte 10 engagements, à commencer par un moratoire d’une durée de 3 ans sur la création de nouveaux codes prix et de nouvelles grilles de codes, ainsi qu’une limitation de la pratique aux BD, mangas, ouvrages poche et jeunesse.
« Nous ne touchons pas à la capacité des éditeurs à utiliser des codes prix, mais la charte fixe les conditions pour qu’une collection puisse être en code prix et introduit un moratoire sur l’introduction de nouvelles lignes dans les grilles existantes », précise Jean-Philippe Mochon.

Des plafonds de tarifs maximums sont aussi définis : 12 € pour les livres de poche et la jeunesse, 13 et 23 €, respectivement, pour les mangas et les BD. « La charte fixe des plafonds pour les codes prix, car la tolérance aux codes prix est plus compréhensible lorsque le prix des ouvrages n’est pas trop élevé, mais, au-delà d’un certain seuil, le prix mérite d’être spécifié sur l’ouvrage afin d’éviter les mauvaises surprises, aussi bien pour les clients que pour les libraires », explique le médiateur du livre.
Les grilles existantes seront également consolidées, à travers un chantier déjà ouvert par le SNE, et mises à jour à deux dates fixes, le 1er juillet pour la BD et les mangas et le 1er février pour le livre de poche et les ouvrages jeunesse. Le Fichier Exhaustif du Livre (FEL), base de données bibliographiques gérée par Dilicom, devrait, à terme, faire apparaitre un champ « codes prix », afin de fournir une information plus fiable aux libraires.
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Notons que les associations de consommateurs n’étaient pas présentes lors des négociations, le médiateur du livre relevant qu’elles « ne s’étaient pas forcément mobilisées sur le sujet ». Par ailleurs, aucune sanction n’est prévue par ce texte, décrit comme « un consensus » pour améliorer les pratiques.
Les négociations elles-mêmes auraient déjà fait bouger les lignes, puisque « des éditeurs ont renoncé à passer des collections en codes prix, tandis que des tarifs ont fait leur réapparition sur les quatrièmes de couverture de certains ouvrages », assure Jean-Philippe Mochon.
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Photographie : illustration, ActuaLitté, CC BY SA 4.0
DOSSIER – Le Syndicat national de l’édition (SNE)
Par Antoine OuryContact : ao@actualitte.com
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