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Parcoursup : quelle doublette de spécialités permet d'augmenter ses chances d'être admis dans une formation ?

Si les dés sont presque jetés pour les élèves de terminale, qui doivent confirmer leurs vœux sur la plateforme d’ici mercredi soir, les lycéens de seconde et de première cogitent toujours sur leurs choix de spécialités pour l’année prochaine.

Les spécialités choisies au lycée peuvent-elles aider à se démarquer sur Parcoursup ? Alors que les terminales doivent confirmer leurs vœux mercredi 1er avril, ces spécialités figurent parmi les critères examinés par les formations. Ainsi, en fonction des profils recherchés par les filières du supérieur, certaines peuvent peser plus que d’autres dans la balance.

Franceinfo a passé au crible les stratégies des lycéens et exploité les données les plus récentes pour identifier les meilleurs « matchs » sur Parcoursup, tout en interrogeant des enseignants de lycée et des responsables de formation. Un éclairage utile pour les élèves de seconde et de première, qui doivent choisir d’ici juin les spécialités qu’ils intégreront à leur emploi du temps l’an prochain.

Depuis la réforme du baccalauréat général menée par Jean-Michel Blanquer, aboutie en 2021, les élèves ont le choix parmi une dizaine de spécialités : mathématiques, SVT, physique-chimie, sciences économiques et sociales (SES), histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP), humanité, littérature et philosophie (HLP) ou encore sciences de l’ingénieur (SI). En première, les lycéens suivent l’enseignement de trois de ces spécialités, en plus des matières du tronc commun. En terminale, ils n’en conservent que deux.

De façon très nette, les spécialités scientifiques sont les plus prisées. Ils sont presque 80 000 élèves, en terminale, à choisir la doublette mathématiques et physique-chimie, selon les dernières données de l’Education nationale. Et, sur les dix duos de spécialités les plus populaires, les mathématiques apparaissent à quatre reprises (combinées aux SES et aux SVT ou au numérique et sciences informatiques).

« C’est finalement la reproduction de ce qui existait déjà avant la réforme : plus de la moitié des lycéens faisaient bac S », commente Raphaël Giromini, professeur de mathématiques au lycée Toulouse-Lautrec de Toulouse et membre du Snes-FSU.

« Les élèves du nouveau bac ont très vite enregistré l’idée que les maths, couplées à une autre matière scientifique, seraient une voie royale. »

Raphaël Giromini, professeur de mathématiques et membre du Snes-FSU

à franceinfo

Alors que la réforme du bac avait été vendue par Jean-Michel Blanquer comme devant permettre aux élèves de choisir des disciplines par envie et non par conformité, Raphaël Giromini déplore aujourd’hui l’inverse. « Le problème, c’est que les élèves ne prennent pas tous les maths par envie, ils se calquent à certains attendus du supérieur. » Il ajoute que cette réforme a renforcé les inégalités de genre. Ce que montrent clairement les chiffres : en mathématiques et physique-chimie, les classes accueillent 62% de garçons et 38% de filles.

A l’inverse, la spécialité arts, déclinée en plusieurs disciplines, se distingue par une surreprésentation des lycéennes, avec notamment 63% de filles en cinéma-audiovisuel et 78% en théâtre, selon de récents chiffres du service statistique de l’Education nationale. Globalement, ces disciplines sont surtout désertées : 3 826 élèves en cinéma-audiovisuel et 2 168 élèves en théâtre.

Pour Samuel*, enseignant de théâtre, les raisons sont multiples. « Il y a une certaine méconnaissance des familles. C’est par ailleurs un enseignement qui demande un fort engagement des élèves, entre sorties scolaires et prise de parole en public pour le théâtre. L’investissement n’est pas que scolaire », explique ce professeur en Seine-Saint-Denis. Il ajoute que sa spécialité n’est pas toujours proposée dans les lycées. Les « idées reçues » sur le manque d’attractivité qui entourent le théâtre peuvent aussi peser dans la balance, sans que cela ne soit toujours justifié, selon lui.

« L’année dernière, mes élèves de terminale en théâtre ont tous eu leurs vœux, en fac de sociologie, d’anglais ou encore d’histoire. »

Samuel*, professeur de théâtre en Seine-Saint-Denis

à franceinfo

« Si un élève me dit : ‘Je veux faire médecine’, évidemment, à aucun moment je ne le pousserai à choisir la spé théâtre. Mais s’il ne sait pas ce qu’il veut faire plus tard, je lui conseillerai plutôt de choisir des spécialités qui ne les feront pas souffrir à l’école », assure Samuel.

Dans les faits, l’orientation sur Parcoursup reste, la plupart du temps, logique : les formations scientifiques recrutent des élèves qui ont cette fibre, et l’équation se veut la même pour les formations littéraires ou artistiques, selon des données du ministère de l’Enseignement supérieur portant sur 2024 et publiées en 2025. Si l’on reprend l’exemple de la spécialité arts, 50% des lycéens qui suivent ce cours demandent une licence d’arts sur Parcoursup. Ils représentent ensuite un très large part des candidats recevant une proposition d’admission dans cette formation.

En se penchant sur certaines filières sélectives, comme les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), il semble néanmoins que les spécialités scientifiques donnent les meilleurs points. Y compris lorsque cette CPGE est littéraire : la doublette des mathématiques avec la spécialité humanités, littérature et philosophie apparaît ainsi comme la deuxième meilleure combinaison pour recevoir une proposition d’admission, comme vous pouvez le voir dans le moteur de recherche qui suit. A l’inverse, lorsque la CPGE est scientifique, une spécialité littéraire ou artistique ne performe pas du tout (ou très rarement).

Emmanuel Caquet, enseignant en lettres classiques au lycée Lakanal de Sceaux (Hauts-de-Seine) et représentant des CPGE pour le Syndicat national des lycées et collèges (Snalc), souligne que la littéraire demeure « la plus ouverte » des classes préparatoires, avec une grande variété de profils de lycéens retenus. « On souhaiterait quand même qu’ils aient fait une langue ancienne. Mais cette option est trop peu souvent choisie au lycée. » De manière générale, il rapporte que les CPGE analysent les dossiers « dans leur ensemble ».

« La classe préparatoire remet tout à zéro. Certes, les spécialités sont importantes, mais c’est le potentiel de travail et la capacité de remise en question de l’élève qui nous intéressent le plus. »

Emmanuel Caquet, représentant des CPGE pour le Syndicat national des lycées et collèges

à franceinfo

A l’ECE, école d’ingénieurs à Paris, les combinaisons de spécialités les plus fréquemment retenues sont, sans trop de surprise, maths et physique-chimie, maths avec numérique et sciences informatiques, et maths et sciences de l’ingénieur (87% des élèves admis en 2025). Ces enseignements constituent une base solide pour aborder « l’informatique et l’intelligence artificielle, des systèmes embarqués ou encore des technologies numériques », explique Laurence Léonard, directrice des admissions du programme ingénieur.

« Notre recrutement reste ouvert et adapté à la diversité des parcours », assure-t-elle néanmoins. L’ECE fait partie d’un concours commun avec sept autres écoles, à l’intérieur duquel il existe deux procédures d’admission. « Une pour ceux qui ont fait maths et une autre spécialité scientifique, une pour ceux qui ont suivi maths et une spécialité économique ou littéraire », résume François Stephan, directeur général de l’ECE, qui concède que les proportions d’admis dans le deuxième cas restent « faibles ».

« Pour être ingénieur, les maths, c’est quand même le langage de base. »

François Stephan, directeur général de l’école d’ingénieurs parisienne ECE

à franceinfo

Comme Raphaël Giromini, François Stephan regrette que les mathématiques ne fassent plus partie du tronc commun en terminale. « Cela reste un langage fondamental aussi pour le citoyen. » Malgré les inégalités de genre provoquées par l’introduction des spécialités, il rapporte que les effectifs d’étudiantes sont restés stables à l’ECE, mais les filles demeurent minoritaires dans les promotions (moins d’un quart). Dans son école, des groupes de niveaux sont proposés à ceux qui se sentent en difficulté dans cette matière.

A Grenoble, le doyen de la faculté de droit, Jean-Chistophe Videlin, rapporte qu’aucune spécialité n’est rédhibitoire. Hormis peut-être le sport, qui présente « peu d’intérêt » pour la formation visée. Les élèves retenus ont quand même, pour beaucoup, suivi au lycée les spécialités sciences économiques et sociales (SES) et histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP).

Parmi les admis, figurent aussi dans leur parcours les mathématiques, car « le raisonnement juridique est proche du raisonnement en maths », et humanités, littérature et philosophie (HLP), une spécialité qui « a de l’intérêt car nous faisons des sciences sociales », explique Jean-Christophe Videlin. Mais selon le doyen, « la maîtrise du français, sa syntaxe et sa grammaire » reste davantage scrutée que les spécialités.

« Les notes en français sont un critère majeur. »

Jean-Christophe Videlin, doyen de la faculté de droit à Grenoble

à franceinfo

Du côté des études en soins infirmiers (Ifsi), la doublette physique-chimie et SVT s’impose largement dans les chiffres des admis. Ce qui s’explique, en grande partie, par le fait que les lycéens (et surtout lycéennes) qui ont suivi ces spécialités sont très nombreux à demander les Ifsi.

Pour Morgan Pitte, directeur coordonnateur général des instituts de formation du centre hospitalier de Pau, il est toutefois primordial de valoriser « les diversités de parcours ». Le sport ? « On y apprend l’esprit d’équipe, que l’on retrouve dans les métiers du soin. » Les arts ? « Je les entends au sens anthropologique et de l’expression du corps. Quand on soigne un patient, il s’agit d’un être humain dans son corps, un corps qui vit en société. » « Qu’ils soient littéraires, philosophes, scientifiques, sportifs… Tout cela peut nourrir leur formation en soins infirmiers, et celle de leurs collègues », assure Morgan Pitte. Et de conclure : « Arrêtons de mettre les élèves dans ces cases ».

* Le prénom a été modifié à la demande de la personne interrogée.


Source:

www.franceinfo.fr

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