Grippe aviaire, Covid-19, maladie de Lyme, dengue, sida, fièvre Ebola… Aujourd’hui, 75 % des infections humaines émergentes sont des zoonoses : elles sont provoquées par des agents pathogènes infectant des animaux domestiques ou sauvages.
Une approche holistique de la santé
Si ces maladies s’emballent depuis 30 ans, c’est en raison des modifications de l’environnement causées par le réchauffement climatique, la mondialisation des échanges, la perte de biodiversité, les pratiques agricoles intensifiant les contacts entre animaux et humains…
Tags :
planete
Le dégel du pergélisol pourrait libérer un gigantesque réservoir de carbone et enfermer le climat dans un cercle vicieux
Lire l’article
« En s’enfonçant toujours plus dans les milieux sauvages, qui plus est dans un monde globalisé, où êtres humains et animaux voyagent très rapidement d’un point à l’autre de la planète, on disperse des agents infectieux qui étaient cantonnés dans la forêt depuis des millénaires, explique Jean-François Guégan, parasitologue et écologue de la santé à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) dans un article publié sur le site de l’Inrae.
Les chercheurs estiment qu’une approche globale, conciliant la santé des humains, celle des animaux et celle de l’environnement, est aujourd’hui incontournable pour faire face aux épidémies à venir. C’est le concept « One Health », « une seule santé ». Celui-ci existe depuis une vingtaine d’années maintenant, mais il ne s’est imposé que depuis la pandémie de Covid-19. Il est considéré aujourd’hui comme un cadre pertinent pour se préparer aux menaces pandémiques.
Passer de la théorie à l’action
À l’occasion de la Journée mondiale de la santé, pour la première fois, plus d’une vingtaine de ministres et de chefs d’État ainsi que 600 scientifiques se sont réunis à Lyon, du 5 au 7 avril pour mettre ce concept à l’honneur et le concrétiser. « En réunissant l’ensemble des disciplines et des expertises, nous avons posé les bases d’une approche véritablement intégrée de la santé, capable de répondre aux défis sanitaires contemporains », a déclaré Philippe Baptiste, le ministre de la Recherche.

Tags :
sante
Grippe aviaire : et si le vrai problème était notre façon même d’élever les animaux ?
Lire l’article
Emmanuel Macron a appelé à plus de coopération internationale et interdisciplinaire, et plus d’échanges d’informations sur les enjeux de santé, à la fois humaine, animale et environnementale… tout en regrettant que la situation internationale actuelle vienne fracturer ces nécessaires dynamiques.
Rassemblés au One Health Summit à Lyon. Ensemble nous portons des engagements pour protéger la santé humaine, animale et environnementale, promouvoir la science et transformer nos politiques publiques. pic.twitter.com/BgtDbsqVFA
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) April 7, 2026
Si les thématiques de la menace que représentent les maladies vectorielles (dengue, chikungunya), la montée de la résistance aux antibiotiques, l’intensification de la pollution environnementale (notamment celle liée aux plastiques) ou encore les systèmes alimentaires durables ont réussi à s’inscrire à l’agenda politique, aucune mesure emblématique ni ligne directrice forte n’a malheureusement pu être imposée au cours des trois jours.
Que contiennent les « engagements de Lyon » ?
Dans un document publié par l’Élysée, la France annonce qu’elle va lancer un observatoire mondial One Health des microbiomes visant « à mieux comprendre le rôle des microbiomes dans la santé globale, au-delà de la seule santé humaine (sols, océans et agroécosystèmes) et à construire un référentiel scientifique international ».
L’initiative internationale PREZODE (PReventing ZOonotic Disease Emergence), lancée par la France lors du 4e One Planet Summit en janvier 2021, devrait également être renforcée, ainsi qu’un réseau nommé « One Brain Health » pour comprendre et prévenir l’impact des transitions environnementales sur la santé cérébrale, dont la santé mentale.

Tags :
sante
Une génération piégée ? Ce que les réseaux sociaux font vraiment à la santé mentale des jeunes
Lire l’article
Le Botswana a annoncé la mise en place d’un système national de surveillance sanitaire One Health, fondé sur l’intelligence artificielle et accessible dans les communautés rurales.
L’OMS renforcera quant à elle son modèle des Collaborative Open Research Consortia (CORC) qui sont hébergés par des institutions nationales de recherche et constituent des plateformes essentielles pour accélérer la recherche et le développement, en particulier concernant les pathogènes susceptibles de provoquer les prochaines pandémies. Et la Banque mondiale investira 750 millions de dollars dans la mise en œuvre d’activités One Health au cours des deux prochaines années.
Un chemin semé d’embûches… et de coupes budgétaires
Priya Basu, le cheffe exécutive du Pandemic Fund, a tenu à rappeler qu’« il y a 50 % de chances qu’une autre pandémie similaire à celle du Covid-19 nous frappe au cours des vingt-cinq prochaines années ».
Mais le constat, partagé par de nombreux acteurs sur place, est que le chemin pour parvenir à gérer les crises de manière unifiée risque d’être encore long à parcourir.
Les initiatives de gestion collaborative des épidémies restent en effet très dépendantes des financements internationaux. Or ceux-ci sont aujourd’hui malheureusement menacés, à l’image de la France qui a réduit de 60 % sa contribution au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, ou de l’administration Trump qui a fermé l’Usaid et signé plusieurs décrets coupant drastiquement les budgets de l’aide internationale.
Jonathan Quard Cabbia, président d’Aides Auvergne-Rhône-Alpes (lutte contre le sida), a dénoncé auprès de l’Agence France Presse « un décalage qui est complètement révoltant » entre le sommet et « les coupes budgétaires » qui mettent en danger la vie « d’un million de personnes ».
Quoi qu’il en soit, par ces temps troublés par les attaques répétées contre la science, cette mise en avant des scientifiques positionne fortement la France comme défenseuse de la recherche. « Nous réaffirmons que toute avancée repose sur une science libre, ouverte et indépendante. Elle suppose une gouvernance mondiale pleinement transparente et impose une coordination mondiale pleinement transparente », a affirmé Emmanuel Macron.
Source:
www.futura-sciences.com




