Publié le 05/04/2026 20:43
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Les incendies de magasins et restaurants se multiplient dans le sud de la France. Alors que le chantage s’installe et que plane l’ombre du réseau criminel de la DZ mafia, la colère et l’angoisse montent chez les commerçants. Reportage dans le Gard et les Bouches-du-Rhône.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
L’incendie d’un restaurant à Alès (Gard), est l’épilogue d’une tentative d’extorsion par des narcotrafiquants. En janvier 2026, le compte Snapchat de l’établissement est contacté par un inconnu. Il dit appartenir à la DZ Mafia, groupe criminel marseillais, et réclame aux gérants 50 000 euros, sans raison. « Les jours passent, ils nous renvoient d’autres messages en disant : ‘Vous nous devez ça, vous nous devez ça’, en nous menaçant. Ils sont passés chez moi, carrément. Ils ont essayé de brûler la voiture, ils n’ont pas réussi, mais ils ont brûlé les poubelles », témoigne Fatma Guven, la commerçante victime de racket.
Quelques jours plus tard, le restaurant est pris pour cible. La vidéosurveillance a capturé les images. Après avoir enfoncé la porte, un individu déverse un bidon d’essence pendant que l’autre vole la caisse, qu’il laisse finalement tomber, tentant d’échapper au feu allumé par son complice. Une enquête a été ouverte, mais les suspects sont toujours en fuite et la commerçante, contrainte de vivre cachée. « On ne vit même plus dans nos maisons. On est toujours en train d’avoir peur, en train de se dire : qui va venir à la porte, qui va venir ce soir. Ça, je ne le voyais que dans les films. La réalité, c’est la réalité », poursuit-elle.
Des pratiques mafieuses qui se répandent comme un poison dans le sud de la France et prennent racine à Marseille (Bouches-du-Rhône). Car bien souvent, ces tentatives d’extorsion sont l’œuvre de narcotrafiquants originaires de la cité phocéenne. Ici, chaque commerçant vit avec le risque d’en être un jour victime. Un restaurateur, qui souhaite rester anonyme, en a fait l’expérience au début du mois janvier. « Deux individus qui sont rentrés dans notre commerce, armés et cagoulés. Ils posent un téléphone sur le comptoir, ils donnent deux coups de crosse sur la tête de mon directeur. Ils lui mettent le téléphone sous les yeux, en lui disant : voilà, le téléphone est là. Si dans 10 minutes ton patron ne répond pas au téléphone, il y aura des représailles », raconte-t-il.
La police intervient alors, saisit le téléphone et l’affaire s’arrête là. Pour l’instant. Si ces pratiques existent depuis longtemps ici, les méthodes ont changé, selon le commerçant marseillais. « Ce qui fait le plus peur, c’est l’agressivité dans laquelle ça se passe. Parce que de l’extorsion, il y a une quarantaine d’années, avec quelqu’un qui s’assoit en face de toi, qui te propose un arrangement, c’est pas le même effet que des gens qui viennent, qui crient, qui parlent mal et qui s’affolent », observe-t-il.
Le phénomène est surveillé de près par les autorités. Il est nourri, selon un syndicat de police, par la volonté pour les groupes criminels d’étendre leur territoire et l’appât du gain. « Il n’y a pas de petit profit. Ce qui compte, c’est de rentrer de l’argent régulièrement. Et c’est sur le modèle mafieux, italien ou mexicain. C’est constitué en cartels. On est dans cette marche en avant pour faire rentrer tout le temps du bénéfice. Ça ne se limite pas à la vente des stupéfiants », explique Bruno Bartocetti, secrétaire national d’Unité SGP Sud.
Les pratiques qui se multiplient, bien que difficiles à quantifier, car de nombreuses victimes de racket renoncent à porter plainte.
Source:
www.franceinfo.fr




