A travers leur ouvrage, La Dissolution de la Ve République (Les Petits Matins, 2025), qui vient d’être récompensé par le prix du livre des députés, Denis Baranger et Olivier Beaud, professeurs de droit public à l’université Paris-Panthéon-Assas, dissèquent les causes de la crise politique qui ébranle notre système institutionnel.
Quel bilan dressez-vous, à ce stade, de l’action de Sébastien Lecornu ?
Denis Baranger : Quand on a demandé à l’abbé Sieyès ce qu’il avait fait sous la Terreur, il a répondu : « j’ai vécu ». Sébastien Lecornu pourra, lui, répondre : « j’ai tenu ». Son premier succès a été de survivre. Mais ce gouvernement minoritaire, né sous de mauvais auspices, est voué à l’obsolescence programmée. Si M. Lecornu a habilement manœuvré avec sa stratégie du « premier ministre le plus faible de la Ve République », il ne faut pas oublier qu’il ne procède constitutionnellement que du président, et qu’il ne représente presque rien politiquement. Si l’Assemblée ne l’a pas désavoué, elle lui exprime un soutien négatif. Le Rassemblement national [RN] a décidé de ne pas le censurer. Le bloc central et la gauche hors La France insoumise [LFI] forment une coalition minimale sur un contrat tacite : « Ni dissolution ni démission [du président] ». Cela explique que le gouvernement ne tombe pas, mais trébuche très souvent, allant de fréquentes défaites parlementaires en semi-échecs politiques : le vote singulier du budget 2026, le revers sur les zones à faibles émissions, la discorde sur le 1er-Mai, la mise en minorité du gouvernement sur le texte de l’assurance-chômage…
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Source:
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