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Ministère de la Culture : le conseiller IA venu de Google apporte une “expertise étendue”

Début avril, la ministre de la Culture faisait entrer, par un arrêté, une nouvelle personnalité au sein de son cabinet. Elle créait par la même occasion un poste, celui de conseiller intelligence artificielle et numérique, confié à Laurent Gaveau, qui fut pendant 10 ans fondateur et directeur de l’Institut culturel de Google.

Avant son passage chez Google, il fut directeur adjoint de la communication au château de Versailles (entre 2008 et 2013), dont Catherine Pégard fut la présidente entre 2011 et 2024. Un détail qui peut expliquer le choix de la ministre de la Culture, qui a nommé une autre ancienne collaboratrice, Hélène Dalifard, au poste de conseillère chargée de la presse et de la communication.

Mais l’arrivée de Laurent Gaveau interpelle surtout quant à l’influence de cet ancien de la multinationale américaine sur les orientations politiques de la rue de Valois. Google ne ménage pas ses efforts, d’ores et déjà, pour peser sur les politiques publiques dans de nombreux domaines : en 2024, le géant avait dépensé entre 1,75 et 2 millions € et mobilisé 23 personnes pour influencer les décideurs publics.

L’entrée de Google, via un ancien employé, au sein du ministère de la Culture peut donc légitimement interroger, d’autant plus que la rue de Valois supervisait il y a peu des négociations entre les ayants droit et les développeurs d’outils d’intelligence artificielle, justement…

Sollicité, le ministère de la Culture nous indique que « Laurent Gaveau a alterné secteurs public et privé, avec comme cohérence de mettre la technologie au service de la culture, de sa préservation et de sa démocratisation. La ministre a jugé que cette double perspective et cette expertise étendue pourrait lui être utile pour faire face à l’impact immense de l’IA et du numérique dans le champ culturel. »

Pas d’influence sur les débats

Son statut de fondateur et d’ancien directeur de l’Institut culturel de Google (le Google Arts & Culture Lab, basé à Paris) serait par ailleurs un atout, puisque le projet est « non commercial, respectueux du droit d’auteur, rassemblant plus de 3000 partenaires publics et privés dans près de 80 pays », ajoute encore le ministère.

Interrogé sur les possibilités d’influence sur les négociations entre ayants droit et développeurs d’IA, le ministère balaie cette hypothèse : « En aucune façon : la ministre et l’ensemble de son cabinet sont déterminés à favoriser ces négociations et à tout mettre en œuvre pour une rémunération juste de la création », nous assure-t-on. « À titre personnel, Laurent Gaveau n’a jamais fait mystère de sa conviction que le monde de la tech ne peut pas s’autoréguler, et que c’est le rôle des pouvoirs publics de faire prévaloir l’intérêt général, et la protection de la création. »

Notons cependant que le débat, au Sénat, autour d’une proposition de loi sur la présomption d’utilisation des contenus culturels par les fournisseurs d’IA, a été l’occasion de constater un certain changement de positionnement du ministère sur la question.

Époque Rachida Dati, le ton était très ferme : « Je ne sais pas si l’inversion de la charge de la preuve serait la meilleure solution pour les ayants droit, mais s’il faut en arriver là, je suis prête à étudier avec le parlement la piste de l’inversion de la charge de la preuve évoquée dans le rapport Création et IA », prévenait-elle en octobre 2025, alors que les discussions entre ayants droit et fournisseurs d’IA patinaient. Le soutien du gouvernement à la proposition de loi paraissait alors une hypothèse crédible, même si le ministère de l’Économie, évidemment, se montrait moins enclin à réguler le secteur.

Le 8 avril dernier, lors du débat, le gouvernement s’en est remis à la sagesse de la chambre haute du Parlement, n’exprimant pas d’avis favorable ou défavorable. La rue de Valois a accompagné ce mouvement, assurant que la proposition de loi était un début, et non une fin : « Mieux vaudra toujours un bon accord qu’un mauvais procès », a ainsi déclaré Catherine Pégard.

À LIRE – IA coupables : le Conseil d’État réarme les ayants droit, sans lever tous les verrous

« Le gouvernement encouragera et facilitera les négociations et les accords en accompagnant cette relation nouvelle et indispensable entre tous les acteurs de la culture », a-t-elle avancé pour expliquer la position de sagesse du gouvernement…

La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), nous confirme enfin le ministère de la Culture, a été saisie afin de prévenir tout risque de conflit d’intérêts lié à cette nomination. Pour l’instant, l’avis de la HATVP n’a pas été rendu public sur le site de l’autorité administrative.

Sollicité, le Syndicat national de l’édition n’a pas souhaité commenter la nomination de Laurent Gaveau, tandis que le Conseil permanent des écrivains n’a pas répondu à notre demande.

Photographie : illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Par Antoine OuryContact : ao@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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