Publié le 01/04/2026 22:24
Mis à jour le 01/04/2026 23:26
Temps de lecture : 4min – vidéo : 4min
Une enquête choc, qui sortira jeudi 2 avril, devrait faire beaucoup réagir : elle révèle le scandale des accidents médicaux en France. Son auteur, un ancien neurochirurgien, parle d’omerta et donne des chiffres documentés : 30 000 personnes meurent chaque année à la suite d’erreurs médicales et 160 000 patients souffrent de séquelles sérieuses.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
S’appuyer sur sa jambe droite, un calvaire pour Marie-Jeanne Gourlet. Ce n’est pas à cause d’une maladie ni d’un accident, mais d’une erreur médicale. Le chirurgien s’est trompé, il l’a opérée du mauvais genou. « Je sors du bloc et là, je sens une douleur sur mon genou droit et je dis : ‘pourquoi j’ai mal là ?’. La personne qui est à côté de moi me dit : ‘mais vous êtes rentrée pour être opérée du genou’. Je dis ‘oui, mais pas celui-là, l’autre' », explique-t-elle au micro de France Télévisions.
Pire encore, la prothèse placée pour rien a aussi été mal positionnée. « La vis, elle est dans les chairs. Mes longues marches et puis ma bicyclette, tout ça, je ne peux plus », déplore-t-elle. La septuagénaire a reçu de l’hôpital 15 000 euros d’indemnisation, mais qui n’effacent en rien son incompréhension. « Mon combat, c’est d’en parler parce qu’au début, quand je raconte, les gens disent : ‘ah non, ça, c’est dans des films, ça n’existe plus’. Si, ça existe, ça existe même plus qu’il ne faudrait, je pense. »
Pas moins de 160 000 personnes sont victimes chaque année d’accidents médicaux, dont 30 000 qui en décèdent, selon des associations. « Par exemple, ce patient qui était venu pour la mise en place d’une prothèse de hanche, qui s’est compliqué de façon tragique », détaille le neurochirurgien Marc Tardié. Pour cet expert reconnu, au moins la moitié des erreurs seraient évitables. Dans un livre édifiant intitulé Le scandale des accidents médicaux, il dénonce un scandale sanitaire. « Le manque de rigueur, le manque de précaution, le manque de matériel… Le scandale, c’est ça. C’est de connaître, de savoir ce qui pourrait y remédier et de ne rien faire. On le met dans le sac, on ferme et on se tait. Et on paye », déplore-t-il.
Mais combien vaut la souffrance, quand la victime est un bébé ? « Lenni, c’était notre bébé sourire », confie les parents d’un poupon décédé des suites d’une erreur médicale. En mai 2022, l’enfant passe un examen d’imagerie. Un produit à base d’iode est nécessaire, mais un soignant lui injecte une dose massive, six fois trop élevée. Lenni Sully décède quelques heures plus tard à l’âge de huit mois.
Les parents ont reçu 55 000 euros d’indemnité pour les frais d’enterrement ou le préjudice moral. Mais quatre ans après, il reste à définir le dédommagement pour la souffrance endurée par leur bébé. Sur ce point, parents et hôpital s’opposent. « Symboliquement, on ne veut rien lâcher, parce que la souffrance que notre enfant a pu vivre à ce moment-là, elle n’est pas à négocier. Ce n’est pas possible de marchander ce niveau-là », martèle Lucie Antoine, la mère de Lenni. Et son père, Kévin Sully, de conclure : « C’est juste manquer de respect à ce qui s’est passé, à notre enfant. C’est comme s’ils le tuaient plusieurs fois. »
Le CHU de Dijon assure que des pourparlers sont toujours en cours, et qu’il a mis en place des actions pour améliorer la sécurité des soins. La sécurité, c’est l’obsession du chirurgien hépatique Éric Vibert. Un jour, il a commis une erreur, laissé un bout de tissu dans le corps d’une patiente. « Je n’en ai pas dormi, j’étais terrifié. Après cette histoire, j’ai construit toute une réflexion autour de la sécurité des soins », confie-t-il.
Depuis, son bloc s’est transformé. On y trouve un simulateur d’opération en trois dimensions, ou encore une caméra pour mieux analyser en cas de problème. « Si jamais il se passe quelque chose en postopératoire, on comprend ce qui se passe et on le traite », conclut-il. Plusieurs dizaines de milliers d’euros ont été investis, le prix de la sécurité.
Source:
www.franceinfo.fr




