Au centre de la série “Privilèges” avec Melvil Poupaud, la comédienne a pu déployer toute l’étendue de son talent. Aussi résolue qu’impulsive, Manon Bresch continue de se diversifier et affiche son ambition : “Faire bouger les choses.”
« C’est ce métier [actrice] qui est venu me chercher. On ne m’avait pas dit qu’une femme métisse comme moi avait le droit de rêver grand », témoigne Manon Bresch. Photo India Lange
Publié le 17 avril 2026 à 20h00
«Si je passe encore un anniversaire ici, je vais péter un plomb. » Corps tendu, mâchoires serrées, Adèle fixe intensément son agent de probation. La jeune détenue, au centre de la série Privilèges (HBO Max), saisit son ultime chance de réinsertion, un job de concierge dans un palace parisien, sous les ordres d’un directeur aux méthodes troubles (Melvil Poupaud). Survoltée un instant, déterminée le suivant, tour à tour intrépide et ambitieuse, cette héroïne ressemble à son interprète, Manon Bresch. « Je suis assez impulsive », lâche l’actrice de 28 ans, avant de corriger aussitôt : « Mais je suis très appliquée. »
Ce qui pourrait sembler contradictoire paraît naturel chez la jeune femme, entière, sans langue de bois, et pourtant avec une conscience aiguë de son image. Sa carrière d’actrice, commencée il y a plus de dix ans, est née d’un hasard, une figuration sur la série de TF1 Clem qui s’est transformée en rôle. « C’est ce métier qui est venu me chercher. On ne m’avait pas dit qu’une femme métisse comme moi avait le droit de rêver grand », confie cette fille d’un architecte strasbourgeois et d’une auxiliaire de puériculture, immigrée camerounaise arrivée seule avec son grand frère en France. Manon Bresch a appris le jeu sur le tas sur le plateau de Plus belle la vie, où elle a tenu son premier rôle au long cours entre 2015 et 2019. « J’y ai compris que l’acteur est un technicien. Je suis aussi une exécutante au service d’un collectif », explique-t-elle, très pro.
Travailler sur la colonisation
Manon Bresch a un plan. D’abord, diversifier son CV pour « atteindre d’autres publics » en alternant séries (Les Grands, Mortel, Baron noir) et films (Une zone à défendre, Voleuses). Puis se diversifier elle-même : « J’aspire à faire comme aux États-Unis, à être une actrice qui produit, avec une approche à 360 degrés de l’industrie. » Celle qui a réalisé ses propres cascades « à la Tom Cruise » dans Privilèges vient aussi d’ouvrir sa boîte de production et espère in fine porter ses projets d’actrice.
« Des privilèges, aujourd’hui, j’en ai », sourit-elle. « Je veux m’en servir pour faire bouger les choses. Je joue pour le plaisir, mais c’est important de devenir la voix de celles et ceux que l’on n’entend pas dans les médias », lâche-t-elle, soudain agitée par quelque chose qu’on sent plus personnel. Ambassadrice de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, Manon Bresch se verrait bien, par exemple, travailler sur la colonisation. « Son histoire est mal racontée dans les manuels scolaires, mal racontée dans la fiction », regrette cette « enfant de la loi Taubira », texte qui, en 2001, a fait de la France le premier pays au monde à reconnaître en l’esclavage un crime contre l’humanité.
Son rôle dans Privilèges nous fait découvrir l’étendue de son talent. Elle s’enorgueillit, avec cette même assurance très anglo-saxonne qui ne s’excuse pas de sa réussite : « Une autre partie de la France me connaît depuis longtemps. » Le monde du rap hexagonal en fait visiblement partie. Le confidentiel Max D. Carter chantait, en 2023, « Manon Bresch, elle connaît toutes mes brèches », avant que le populaire Tiakola ne suggère l’année suivante, dans une rime plus pauvre, qu’elle « a le goût d’un paris-brest », dans son titre Manon B. Son prochain projet, promet-elle, plaira beaucoup à Télérama. Mais elle est tenue au secret. C’est ce qu’on appelle avoir le sens de la communication.
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Source:
www.telerama.fr





