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Ma vie après un AVC : « Comment je me sauve en cas d’incendie ? En courant ? »

« En cas d’incendie, il est formellement interdit d’utiliser les ascenseurs », préviennent les affiches collées de façon autoritaire sur les portes du centre de rééducation que je fréquente trois fois par semaine. Nous voilà prévenus, nous, la brigade des éclopés, formellement interdits d’ascenseur en cas d’incendie. N’essayez pas de vous sauver, c’est peine perdue. Empruntez les escaliers ! Comment je me sauve ? En courant ? Sérieux ?

Je n’ai reçu aucune éducation religieuse, ni gène du missel ni catéchisme. En cas de menaces, je ne recours pas aux prières, mais, depuis l’enfance, je pratique la cauchemardologie, souvent. Décors enflammés, chaleur de rôtissoire, suffocation, c’est l’appartement ou la maison qui crépite, emportant par les flammes les souvenirs de nos joies domestiques, ou bien notre voiture sur la bande d’arrêt d’urgence, une explosion au cinéma, parfois une attaque à la kalachnikov. Perdue dans mes scenarii, je me sens seule. L’hémiplégie, chez moi, se double d’anxiété.

Le sentiment de vulnérabilité est une pathologie ravageuse, qui grignote ce qui demeure de mes fondations. Je m’autodiagnostique sans cesse. Je vérifie, ma tension artérielle semble correcte, mon pouls bat calmement, je cherche, je suis à l’affût, où sont les sorties de secours ? Je me sens en danger tout le temps. Même dans les rues tranquilles de mon quartier : j’ai peur qu’une silhouette jaillisse derrière moi et me fasse tomber pour m’arracher mon sac à main quand j’avance à petits pas, penchée sur ma canne. Chaque bruit est une sirène d’alarme. A quelle distance est ce moteur que j’entends ? Voiture, scooter, tracteur ? Lève-toi et cours ! Je serais incapable de sortir d’un véhicule accidenté. Même agiter les bras pour prévenir les secours est inenvisageable. Le mot brasier fait palpiter mes tempes, chaos, catastrophe ferroviaire, alerte, il faut évacuer au plus vite, ne traînez pas. Help en anglais. Ayudame en espagnol. SOS en langue des signes affolée.

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Source:

www.lemonde.fr

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