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Livre au Québec : pourquoi les ventes reculent en 2025

Après plusieurs années d’expansion continue, le marché du livre au Québec marque un point d’inflexion en 2025. La contraction reste limitée — −0,5% en valeur — mais elle rompt une dynamique installée depuis plusieurs exercices. Le basculement ne tient pas à une désaffection du public, mais à une recomposition des circuits d’achat, où la demande individuelle progresse tandis que la commande institutionnelle recule nettement.

Cette photographie mérite d’emblée une précaution de lecture. Le bilan repose sur un panel de 489 points de vente, relevant de 121 entreprises, avec une couverture estimée entre 50 et 60% du marché total du livre imprimé francophone au Québec. La BTLF estime couvrir plus de 90% du marché des librairies indépendantes agréées et environ 75% du marché collégial et universitaire. Autrement dit, le document ne livre pas un chiffre absolu du marché, mais un indicateur robuste de ses mouvements internes.

Le recul des collectivités redessine l’équilibre du marché

La baisse des ventes aux collectivités (−7,9% en valeur, −9,6% en unités) constitue le facteur déterminant du résultat annuel. Ce segment, qui regroupait encore 40,6% du marché en 2024, tombe à 37,5% en 2025. Dans le même temps, les ventes au détail progressent de 4,6%, confirmant la solidité de la demande des lecteurs individuels.

Cette évolution modifie la structure même des ventes. Les achats institutionnels, concentrés sur certains segments — notamment le livre jeunesse et les ouvrages de référence — influencent directement la hiérarchie des catégories. Leur recul entraîne des effets en chaîne sur les équilibres éditoriaux.

Elle se lit aussi dans la hiérarchie générale des catégories remontées dans Gaspard. En 2025, la littérature représente 59,6 M$ de ventes et 23,8% du total, devant la jeunesse à 61,9 M$ et 24,7% dans le tableau général remonté par le panel, tandis que la vie pratique atteint 20,9 M$ et la bande dessinée 22,2 M$.

DONNÉES – Quelles sont les dix meilleures ventes de livres au Québec en 2025 ?

Le total général enregistré dans Gaspard s’établit à 250,2 M$, à peine au-dessus de 2024 en valeur brute, ce qui souligne combien la dégradation des comparables neutralise les gains apparents liés à l’évolution du panel et à la composition des ventes.

Jeunesse et références en première ligne

Le livre jeunesse encaisse la correction la plus nette. Les volumes chutent de 10,0% et la valeur de 6,8% dans les ventes aux collectivités. À l’échelle globale, la catégorie recule de 3,1% en valeur et de 6,4% en unités. Première catégorie en importance dans les librairies comparables, avec 28,2% du marché, elle pèse lourd dans le résultat d’ensemble.

Les ouvrages de référence subissent un choc encore plus brutal dans le canal institutionnel, avec −31,3%, tandis que les segments Langues, communication et médias décrochent de 27,1%. Ces mouvements traduisent un ajustement des budgets documentaires et une réorientation des acquisitions publiques.

Dans le détail, la jeunesse ne s’effondre pas uniformément. Les albums illustrés, qui concentrent 39,8% des unités de la catégorie, reculent de 3,6%, alors que la sous-catégorie Loisirs reste la seule en croissance (+5,1%). Cette nuance importe : la baisse ne tient pas à une évaporation générale de la demande, mais à un décrochage ciblé de certains usages institutionnels, partiellement compensé par des achats de particuliers sur des segments plus ludiques.

Littérature : le détail compense, l’étranger s’impose

La littérature progresse de 3,8% en 2025, exclusivement portée par le détail (+6,1%). Cette croissance masque un déplacement profond de la demande vers les titres étrangers, dont les ventes augmentent de 8,3%.

Les progressions se concentrent sur certains segments : roman historique (+25,9%), policier/thriller (+18,0%), science-fiction et fantastique (+8,5%). La part de marché des éditeurs étrangers atteint 55,5% dans la littérature, confirmant leur domination sur les segments les plus dynamiques. Freida McFadden, à elle seule, occupe cinq places parmi les dix meilleures ventes de la catégorie, symptôme d’une concentration particulièrement forte des achats sur quelques locomotives internationales.

À l’inverse, l’édition québécoise recule de 3,8%, pénalisée par la contraction des ventes aux collectivités (−11,9%). Le roman québécois résiste (+3,7%), mais le roman historique s’effondre (−34,4%). Le contraste dessine un marché littéraire à deux vitesses, où la vitalité du détail ne bénéficie pas de manière homogène à tous les segments.

Vie pratique et coloriage : le retour d’un moteur inattendu

La catégorie Vie pratique enregistre la plus forte progression parmi les grandes familles (+7,4%). Cette croissance repose largement sur la sous-catégorie Loisirs et activités créatrices, en hausse de 50,4%. Au détail, la catégorie bondit de 10,6%, quand les collectivités reculent légèrement de 5,0%.

Le phénomène des livres de coloriage structure cette dynamique. Leur retour, après plusieurs années plus discrètes, irrigue les palmarès et contribue à soutenir les ventes en librairie. Cette poussée confirme l’importance des usages non narratifs dans l’économie du livre. Elle rappelle aussi qu’un marché du livre ne se lit jamais seulement à travers le roman : les pratiques domestiques, créatives, utilitaires ou saisonnières comptent, et parfois davantage qu’un grand discours sur les habitudes culturelles.

Bande dessinée, politique : les autres signaux forts

La bande dessinée affiche une stabilité relative (+1,6%), avec une domination toujours très nette des éditeurs étrangers, qui pèsent 77,2% de la catégorie. Astérix en Lusitanie s’installe en tête du palmarès général toutes catégories confondues, pendant que le manga se maintient pour la deuxième année consécutive, signe d’un plateau après des années d’expansion.

À l’autre extrémité, Politique et administration publique signe la plus forte hausse toutes catégories confondues, à +32,6%. Ce bond ne transforme pas encore la structure générale du marché, mais il rappelle qu’un contexte politique tendu ou internationalement chargé trouve aussi un écho direct dans les achats en librairie.

Une recomposition durable des circuits

L’ensemble des données met en évidence une tension entre deux logiques. D’un côté, une consommation individuelle active, portée par des best-sellers internationaux, des titres fortement identifiés et des produits à usage direct. De l’autre, un affaiblissement des achats institutionnels, qui modifie la profondeur de catalogue, l’exposition de certaines catégories et la respiration générale des ventes.

Le marché ne s’effondre pas : il se déplace. La croissance du détail ne suffit plus à compenser les variations des collectivités, qui conservent un rôle structurant dans l’équilibre global. Le Bilan Gaspard 2025 ne raconte donc pas seulement une légère baisse. Il enregistre un changement de centre de gravité.

Un extrait du rapport Gaspard 2025 est disponible en consultation ci-dessous :

Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 4.0

 

Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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