L’Irak va pouvoir exporter de nouveau son pétrole. C’est une annonce de l’armée iranienne samedi 4 avril dans la soirée : Bagdad est désormais exemptée des restrictions de navigation dans le détroit d’Ormuz. Un soulagement pour le deuxième exportateur de pétrole le plus important de la région et une annonce significative si elle se confirme, estime Homayoun Falakshahi, responsable de l’analyse pétrolière chez Kpler.
RFI : L’armée iranienne a déclaré que l’Irak était exempté des restrictions de navigation dans le détroit d’Ormuz. Cela peut être important pour l’Irak, qui exporte jusqu’à trois millions de barils de pétrole par jour. Quelles sont les conséquences de cette exemption de restriction pour l’Irak par l’Iran ?
Homayoun Falakshahi : Si c’est confirmé, c’est assez significatif. L’Irak est un des exportateurs majeurs de la région, le deuxième plus important exportateur après l’Arabie saoudite. S’il est certain que l’Irak obtient la possibilité d’exporter son pétrole, on verra plus de pétrole atteindre les marchés mondiaux, ce qui pourrait calmer, dans une certaine mesure, les cours sur les marchés. À voir si la mesure est véritablement appliquée, ou s’il ne s’agit que d’une rumeur. On a vu un bateau irakien passer, mais à voir si tous ceux qui transportent du pétrole irakien peuvent passer.
Êtes-vous optimiste concernant une potentielle réouverture du détroit d’Ormuz ces prochains jours ?
Je ne suis pas réellement optimiste. Parce que garder le détroit fermé reste le principal levier d’action pour les Iraniens. Il est difficile d’imaginer les Iraniens abandonner leurs positions. C’est possible qu’on ait plus de passage pour les Irakiens, de même qu’un accord avec les Omanais, mais je pense que ce sera limité. Les Iraniens maintiennent une position forte dans l’opinion publique mondiale pour affirmer qu’ils sont victimes de cette guerre, et que les impacts économiques – bien que la fermeture du détroit en soit la cause évidente – résultent de la pression et des attaques des Américains. Je pense que c’est difficile d’envisager une ouverture totale prochainement, à moins qu’il y ait un accord de grande envergure avec les États-Unis. Mais je pense que ça va prendre plutôt quelques semaines plutôt que quelques jours.
Des bateaux transportant le pétrole irakien, mais pas forcément des bateaux irakiens. Il faudrait aussi que les transporteurs acceptent les conditions dans lesquelles ils naviguent…
Oui, c’est certain. De toute manière, la grande majorité du pétrole irakien n’est pas transportée par des pétroliers nationaux. La compagnie vendeuse irakienne, qui s’appelle Somo, la compagnie nationale irakienne, vend son pétrole depuis le port d’embarquement de Basra, dans le sud de l’Irak. De manière générale, les bateaux transportant le pétrole irakien ne sont pas irakiens. Mais il faut voir si les compagnies qui détiennent les bateaux et qui les gèrent sont prêtes à prendre le risque de passer. Je pense que si on voit davantage de passages et une confirmation que le pétrole irakien n’est pas dans la ligne de mire des Iraniens, on devrait voir davantage de passages.
Ce qui peut avoir des conséquences sur le marché mondial…
C’est significatif. On parle de 3,3 millions barils par jour qui pourraient retourner sur les marchés, un peu plus de 3% de la demande mondiale de pétrole. Évidemment, cela ne remplace pas toutes les exportations que l’on avait auparavant à partir du golfe Persique, qui représentent environ 16 millions de barils. Aujourd’hui, nous atteignons un niveau d’environ deux millions de barils par jour, dont la majorité provient du pétrole iranien. Si on ajoute ces trois et quelques millions, on atteint quand même un niveau de cinq millions de barils par jour qui pourraient continuer à transiter. Ce qui réduit malgré tout le déficit d’offres qui existent sur les marchés actuellement.
De plus en plus de navires réussissent à passer le détroit d’Ormuz, en fonction de leur nationalité. Depuis plusieurs jours, il y a des discussions entre Oman et l’Iran concernant la réouverture de ce passage. Que se passe-t-il exactement concernant ce détroit ? À quoi joue Téhéran, notamment dans ses discussions avec Oman ?
J’ai l’impression que les Iraniens veulent être vus comme la partie victime dans cette guerre. Jusqu’à maintenant, leurs leviers d’action, c’était le détroit d’Ormuz et le fait de pouvoir affecter l’économie mondiale via le pétrole. Mais je pense qu’ils veulent aussi gagner la bataille de l’opinion publique mondiale. De sorte à dire au monde qu’ils ont été contraints d’agir ainsi. Il y a des tractations avec Oman pour qu’il y ait davantage de passages. On a constaté plus de passages dans les derniers jours. On est très loin encore d’une normalisation. À voir ce qui se passera dans les prochains jours.
L’OPEP+ pourrait approuver une hausse des quotas de production pour le mois de mai, selon quatre sources au sein de l’organisation. Que signifierait une hausse théorique de ces quotas sans réouverture du trafic ? Comment peut-on l’analyser ?
Pour le moment, la hausse est uniquement théorique, puisque les pays de la région n’ont pas la capacité d’augmenter leurs exportations. Pour le moment, leur production a baissé à cause du manque de débouchés, car ils ne peuvent pas exporter. Mais, je pense qu’elle sera assez importante puisque la décision indique que, lorsque la guerre s’arrêtera, les quotas de production vont être levés. Ainsi, tous les pays de la région, lorsqu’ils pourront exporter à nouveau, voudront produire au maximum plutôt que de respecter la limite de production qu’ils s’imposaient jusque-là via l’OPEP+. Lorsque cette production redeviendra possible, l’offre augmentera et, par conséquent, les prix du pétrole devraient baisser assez rapidement.
Les pays de l’OPEP+ souhaitent une baisse du prix du baril de pétrole…
Non, puisque leurs revenus dépendent du prix. Pour eux, plus les prix sont élevés, mieux c’est. Mais il faut pouvoir exporter. Si les prix sont élevés, mais qu’ils ne sont pas dans la capacité d’exporter, cela n’a pas d’intérêt pour eux. Vu que le marché mondial devra faire face à des prix élevés, quoi qu’il en soit, même si la guerre s’arrête demain, le fait de pouvoir produire et d’exporter davantage signifiera quand même plus de revenus. Ils vont combler le manque de revenus de ces dernières semaines.
Ils veulent que le tarif du baril soit élevé. Cependant, il ne faut pas que les prix soient trop hauts, sinon il n’y a pas d’achat…
Non, si le tarif est élevé mais qu’ils peuvent exporter, c’est bénéfique pour eux. Mais le problème, c’est que le jour où le détroit rouvre et qu’ils sont dans l’incapacité d’exporter, le prix, de toute manière, va décliner et va tomber. Il va sûrement rester à des niveaux historiquement assez élevés. On ne devrait pas retourner vers les 60-70 dollars, mais rester autour des 90-100 dollars. La logique pour ces pays sera d’exporter au maximum afin d’augmenter leurs revenus dans la mesure du possible.
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Source:
www.rfi.fr




