L’année de sa 5e, en 2006, Hugo (le prénom a été changé) est en colonie de vacances en Angleterre pour la Toussaint. Un soir, un camarade le voit sortir de la douche. Il le regarde et crie : « Elle n’est pas si grosse que ça, en fait ! », en parlant de son sexe. Hugo s’énerve. « Je l’ai très mal pris, j’ai trouvé cela injuste », analyse-t-il aujourd’hui. Le lendemain, il s’arrange pour être en érection en sortant de la douche, pour présenter, auprès de ce même camarade, une version « plus flatteuse » de son pénis. « Je voulais rétablir ma fierté de jeune adolescent en construction. Mais, en même temps, je nourrissais le cliché sur le sexe des hommes noirs, qui seraient prétendument dotés d’un plus gros sexe que la moyenne. »
Après cette scène, il hérite d’un surnom raciste : « Rocco Diouf », contraction de Rocco Siffredi, acteur porno italien, et Pape Diouf (1951-2020), ancien président franco-sénégalais de l’Olympique de Marseille. Hugo, aujourd’hui âgé de 30 ans, qui travaille dans la communication à Paris, a passé plusieurs années sans remettre en question l’existence de ce cliché. « Dans mon adolescence, j’ai grandi avec l’idée que, parce que j’étais un garçon noir, je devais correspondre à cette représentation, sans jamais me demander si c’était vrai ou pas. »
Une assignation raciale que Marcus (le prénom a été changé), artiste noir de 34 ans, a découverte vers l’âge de 8 ans. « Il n’est même pas impossible que j’aie pu en entendre parler avant mes 8 ans, tellement ce cliché est diffus. » Ado, il essuie des remarques sur son physique et son anatomie. « Après cela, j’avais la conviction que je n’avais pas un grand sexe. J’avais l’espoir que mon corps change en grandissant. Mais, à mesure que je prenais des centimètres, cette partie ne grandissait pas autant que je l’espérais. » Cette dissonance entre le cliché qu’il est censé incarner et l’image que les autres lui renvoient de son corps fait naître un complexe. Et un sentiment d’exclusion. « D’un coup, cela est venu confirmer que j’étais – l’expression est ridicule sur le papier – hors du “clan des grandes queues”. » Au point de transformer le regard qu’il porte sur son propre corps. « Je n’ai pas un micropénis, mais, en tant qu’homme noir, ma norme devait être l’excès, ce qui m’a conduit à regarder mon sexe comme étant insuffisant. »
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Source:
www.lemonde.fr




