Les macaques de Barbarie de Gibraltar consomment régulièrement des crèmes glacées, des chips ou encore du chocolat. Donnés par les touristes ou volés par les primates eux-mêmes, ces aliments très caloriques et inadaptés semblent perturber leur microbiome intestinal. Alors pour soulager leurs problèmes de digestion, ils ont adopté la géophagie, la consommation de terre. Cette étrange méthode d’automédication, qu’ils pratiquent en moyenne 12 fois par semaine, a été documentée le 19 mars 2026 dans la revue Scientific Reports.
Une équipe britannique s’est intéressée aux groupes de macaques fréquentant le Rocher de Gibraltar. Il compte 230 primates répartis en 8 groupes stables habitant différentes zones du lieu. Véritables attractions du site, les macaques ont le droit chaque jour à des fruits, des légumes et de l’eau apportés par les gestionnaires locaux. Les touristes n’ont normalement pas le droit de les toucher ou de les nourrir, ce qui arrive néanmoins très régulièrement.
Les scientifiques ont découvert que les macaques qui sont le plus souvent au contact des vacanciers sont aussi ceux qui consomment le plus de terre. Les groupes de singes qui vivent au sommet du rocher – la zone la plus fréquentée par les touristes – représentaient 72 % de tous les cas d’ingestion. Et cette consommation s’accentuait en été, durant le pic de visiteurs. Par ailleurs, chez le seul groupe de primates n’ayant aucun contact avec les humains, les chercheurs n’ont noté aucun cas de géophagie.
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« La terre ingérée agit comme une barrière dans le tube digestif »
La géophagie n’est pas une pratique nouvelle dans le règne animal. Même les humains l’ont adoptée. En consommant des éléments du sol, les chercheurs pensent que les macaques ingèrent ainsi des minéraux et des bactéries absentent de leur régime alimentaire basé sur la « junk food ». De cette façon, ces primates soulageraient les irritations intestinales causées par la surconsommation de graisses et de sucres.
« Nos résultats confortent cette hypothèse de protection, remarque dans un communiqué Sylvain Lemoine, co-auteur de cette nouvelle étude. La terre ingérée agit comme une barrière dans le tube digestif, limitant l’absorption de composés nocifs. Cela pourrait atténuer les symptômes gastro-intestinaux, des nausées à la diarrhée. La terre pourrait également fournir des bactéries bénéfiques qui contribuent à l’équilibre du microbiote intestinal ».
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Une tradition locale
Selon les scientifiques, cette activité a pris une dimension sociale chez les macaques de Gibraltar. Ainsi, 30% des événements de géophagie ont lieu en groupes. Et dans 89% des cas, ce comportement se fait en présence de macaques qui regardent, apprenant sûrement en même temps cette technique d’auto-médication.
Si la plupart des macaques consomment plutôt de la terra-rossa, de l’argile rouge, un groupe qui vit sur les pentes occidentales inférieures du Rocher préfère, quant à lui, la terre goudronnée. Toutes ces informations conduisent à penser que la géophagie chez ces primates est apprise socialement et conduit à une sorte de tradition locale, différente selon les groupes et transmise de génération en génération.
« La diversité des interactions humaines avec les groupes de macaques de Gibraltar constitue une expérience naturelle permettant de comprendre comment les paysages anthropiques influencent le comportement et la culture des primates », conclut Sylvain Lemoine.
Source:
www.sciencesetavenir.fr





