Dans un discours adressé ce vendredi 10 avril aux dirigeants et aux employés de l’Institut national de prévoyance sociale (INPS), le Pape a appelé à une action forte en faveur des plus vulnérables, face à l’explosion des inégalités. Le Saint-Père a ainsi exhorté l’INPS à défendre la dignité humaine et à repenser la protection sociale à l’ère des mutations du travail.
Augustine Asta – Cité du Vatican
Recevant en audience en salle Clémentine ce vendredi 10 avril, les dirigeants et les employés de l’INPS, – l’organisme principal du système public de sécurité sociale en Italie -, le Pape a souligné dés le début de son discours l’importance du rôle de l’institution. «Vous remplissez un rôle social et institutionnel important […] en accordant une attention particulière aux situations critiques», a-t-il dit. Pour le Saint-Père, cette mission donne la possibilité à l’INPS d’agir efficacement pour promouvoir une responsabilité sociale qui allie développement économique et cohésion communautaire, en orientant les choix vers le bien commun.
Des richesses disproportionnées
Le Saint-Père a dressé ensuite un constat alarmant des déséquilibres économiques mondiaux. Malgré l’abondance globale des richesses, a fait remarquer le Pape, «le nombre de pauvres ne cesse d’augmenter». Il a rappelé que des centaines de millions de personnes vivent encore dans des conditions extrêmes, privées des besoins essentiels comme la nourriture, l’eau potable ou les soins.
Face à cette situation, Léon XIV a dénoncé le fait que des «richesses disproportionnées restent entre les mains d’une minorité.» C’est une situation injuste, «face à laquelle nous ne pouvons que nous interroger et nous engager à changer les choses», a-t-il soutenu. Insistant sur le fait qu’«Il n’existe pas de déterminisme qui nous condamne à l’inégalité.» Pour le Pape, le problème ne réside pas dans un manque de ressources, mais dans leur répartition, appelant à «un sens moral et [une] honnêteté» renouvelés.
Une tradition sociale ancrée dans l’histoire de l’Église
Dans ce contexte, a expliqué le Souverain pontife, la réponse aux besoins concrets des personnes a toujours été au cœur des préoccupations de l’Église catholique, tant en ce qui concerne le monde du travail que l’aide aux plus démunis. S’inspirant de la doctrine sociale de l’Église, l’évêque de Rome a notamment évoqué l’encyclique Rerum novarum de Léon XIII, qui défendait déjà la nécessité de systèmes de protection pour les travailleurs: «Veiller à ce que l’ouvrier ne manque jamais de travail […] en cas de maladie, de vieillesse ou d’accident.»
Et à propos du soutien aux plus faibles, Léon XIII, disait, a ajouté le Saint-Père: «Chaque famille fait partie du corps social». Plus récemment, a-t-il continué, l’intérêt de l’Église pour le modèle de l’État-providence se retrouve dans les encycliques de saint Jean XXIII Mater et Magistra (1961) et Pacem in terris (1963). Dans la même ligne magistérielle s’inscrivent Populorum progressio de saint Paul VI, Laborem exercens, Sollicitudo rei socialis et Centesimus annus de saint Jean-Paul II, ainsi que Caritas in veritate de Benoît XVI. Ce parcours, a encore expliqué le Pape, débouche ensuite sur le magistère social du Pape François, en particulier dans l’encyclique Fratelli tutti, où «l’État-providence s’érige en véritable droit universel», ou encore dans Laudato si’, qui défend «une vie digne grâce au travail».
Le défi d’un monde du travail en mutation
Dans ce contexte, le Pape a salué le rôle central de l’INPS en Italie. L’institution, a-t-il affirmé, contribue à un «véritable développement social» en protégeant les plus fragiles et en investissant dans les jeunes générations. Mais il a aussi mis en garde contre les défis à venir: garantir la viabilité financière du système ne doit pas se faire au détriment de sa mission solidaire. «Votre engagement doit toujours viser […] à préserver son tissu solidaire et son équité», a-t-il insisté.
Le Saint-Père a également évoqué les transformations profondes du travail. La financiarisation, la mondialisation et surtout l’essor de l’intelligence artificielle bouleversent les parcours professionnels, désormais marqués par la précarité et la flexibilité. «Les parcours professionnels […] se caractérisent désormais par une plus grande précarité», a-t-il observé, citant la multiplication des contrats atypiques. Une évolution qui appelle de nouvelles réponses de la part des institutions publiques et des systèmes de protection sociale.
«N’oubliez pas l’homme»
Avant de conclure son adresse, Léon XIV a repris les mots forts adressés à l’INPS par le Pape François il y a dix ans: «N’oubliez pas l’homme.» «Aimer et servir l’homme avec conscience, responsabilité et disponibilité», a-t-il rappelé, invitant à soutenir en priorité ceux qui sont exclus du marché du travail: «Soutenez les plus faibles, afin que personne ne soit privé de la dignité […] de mener une vie authentiquement humaine.»
Source:
www.vaticannews.va




