Parmi les 60 000 coureurs inscrits au Marathon de Paris, 49% sont des primo-participants. Le running, connaît un succès croissant, mais ce genre de course est-elle accessible à tous ? Une expérience à l’université de Saint-Etienne se penche sur la question.
Publié le 10/04/2026 09:49
Mis à jour le 10/04/2026 09:49
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Alors que nombre de marathoniens amateurs s’apprêtent à s’élancer sur les Champs-Élysées, dimanche 12 avril, pour le Marathon de Paris, une étude scientifique très originale vient de démarrer à Saint-Étienne, à l’université Jean Monnet.
« Le projet ‘0 to 100’ vise à transformer 20 hommes et 20 femmes sédentaires en finishers d’un ultra-trail de 100 km », annonce le site de l’université. Elle va tenter de transformer des non-sportifs en super marathoniens, pour les amener terminer l’ultra-trail du Mont-Blanc, qui se déroule chaque année à Chamonix, l’une des courses les plus difficiles au monde.
L’une des 40 volontaires pour ce test, Blandine, 44 ans et mère de famille, vient de se racheter une paire de baskets roses pour l’expérience. Voilà plus de 20 ans qu’elle n’a pas fait de sport : « Je travaille de chez moi, en télétravail, raconte-t-elle. C’est un peu une vie de feignante, j’ai des difficultés à m’activer pour quoi que ce soit. »
Mon plus grand trajet est à peu près de ma cuisine à mon bureau.
Blandine, volontaireà franceinfo
L’Ultra-Trail du Mont-Blanc ne s’improvise pas et plusieurs distances sont proposées aux participants. Blandine s’entraîne pour boucler l’épreuve de 100 km avec pas moins de 6 000 mètres de dénivelé. Pendant les 18 mois de préparation prévus, jusqu’à l’été 2027, elle bénéficie d’un coach à distance et de trois week-ends d’entraînement collectifs. « On a commencé le programme depuis un mois, ça reste des séances relativement courtes, décrit-elle. Pour l’instant, en semaine, c’est une trentaine de minutes. Le week-end, ça peut être une heure, une heure et quart. Est-ce que mon corps sera capable d’assumer une telle longueur de course ? Je ne peux pas le savoir. Il faut essayer et on verra ! »
« Pour l’instant, je ne prends pas la mesure du fait que je vais faire 100 km ! »
Blandine, volontaireà franceinfo
Ces futurs trailers qui partent de zéro sont heureusement très surveillés sur le plan médical. Ces 40 volontaires ont d’abord passé une batterie de tests médicaux juste à côté du CHU de Saint-Étienne, dans l’un des laboratoires de l’université Jean Monnet.
« On a mesuré l’endurance cardio-respiratoire et la force musculaire », explique Guillaume Millet, le responsable scientifique du projet, montrant les vidéos des participants qui courent sur un tapis roulant, bardés de capteurs. On a mesuré des tests fonctionnels de souplesse, d’équilibre, explique-t-il. Comment les participants s’organisent pour se déplacer sur le tapis roulant à différentes vitesses. »
L’objectif de ces tests est d’étudier l’impact de l’effort de course sur leur organisme. « Les images parlent d’elles-mêmes. On a vraiment des participants et des participantes qui ne savent littéralement pas courir ! Typiquement, à l’image, on voit une dame qui court avec les épaules et les coudes crispés. C’est de l’énergie qui est perdue. On va donc donner des conseils pour qu’elle économise son énergie. »
On se demande surtout si de grands sédentaires peuvent encaisser une telle distance de 100 km. « L’entraînement paie toujours, assure Guillaume Millet, tout le monde va s’améliorer sur les paramètres dits ‘aérobie’, c’est-à-dire l’endurance, la consommation maximale d’oxygène. On en est à peu près certains. Mais à l’intérieur des êtres humains, certains sont plus endurants que d’autres. Il faut s’entraîner, on ne peut pas se lancer sur un marathon et encore moins sur un 100 km sans être préparé. Mais oui, je suis persuadé que tout le monde peut y arriver. »
Je suis absolument persuadé que tout le monde – hormis si une pathologie est avérée – est capable de terminer un marathon.
Guillaume Millet, le responsable scientifique du projet « 0 to 100 »à francienfo
Si la condition préalable est d’être en bonne santé, à Paris, l’organisation du marathon de dimanche ne badine pas avec la sécurité des coureurs. Ceux-ci sont sensibilisés en amont à l’importance d’un suivi médical et d’un entraînement régulier.
Il n’y a que 3% d’abandon sur le marathon de Paris, rappelle Thomas Delpeuch, directeur des épreuves grand public. Ces abandons ne s’expliquent pas forcément par de grosses blessures. « Ça se joue aussi beaucoup dans la tête, pour les marathoniens, assure-t-il. Ce ne sont pas forcément des blessures, c’est plutôt une faiblesse physique, des crampes, des difficultés gastriques qui peuvent aussi pénaliser ce type d’effort, et puis des tendinites, des choses comme ça qui se réveillent et deviennent difficilement supportables. On le gère directement avec 450 secouristes répartis sur l’épreuve. Un petit conseil, même si vous pouvez ressentir un petit frisson au départ, il ne faut pas s’habiller trop chaud. La chaleur est très pénalisante pour l’effort et pour l’organisme. »
Tout le monde peut-il devenir marathonien ? Théoriquement, une personne en bonne santé, qui suit un entraînement adapté et progressif, qui a un mental d’acier et qui n’a pas de petite blessure le jour J, peut y arriver. Cela fait néanmoins beaucoup de cases à cocher. De plus passer de 42 km à 100 km est une autre aventure. On attend donc les résultats de l’expérience de Saint-Étienne.
Source:
www.franceinfo.fr




