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Le recrutement d’Africains pour combattre en Ukraine, une exploitation meurtrière de la misère

De nombreux rapports ont dernièrement mis en lumière l’enrôlement de force de ressortissants africains par l’armée russe, à l’heure où Moscou peine à recruter de nouveaux soldats sur le front ukrainien. Une conférence sur les méthodes de recrutement de ces jeunes hommes a été organisée mardi 24 mars par l’ambassade de France près le Saint-Siège, en présence de l’une des rédactrices de l’enquête d’INPACT/All Eyes on Wagner.

Alexandra Sirgant – Cité du Vatican

Avec plus de 50 conflits armés actifs en Afrique recensés en 2025, le continent concentre sur son sol environ 40 % des conflits mondiaux, alertait en octobre dernier le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). À la multiplication des guerres s’ajoute l’implication toujours plus importante d’acteurs non étatiques armés, qui rejettent souvent le recours à des mécanismes traditionnels de résolution de conflit, basés sur la médiation et le dialogue. «Nous constatons un phénomène de fragmentation des acteurs, avec des groupes armés moins structurés qu’autrefois, plus opportunistes» a expliqué Francesca Caruso, analyste au sein du bureau des affaires internationales de la Communauté de Sant’Egidio, à la cinquantaine de participants venus assister à une conférence sur le sujet à l’ambassade de France près le Saint-Siège à Rome, mardi 24 mars. «Il y a un désir de former des organisations qui prédatent l’état national, et qui pourraient à terme le dépasser» a précisé la spécialiste de l’Afrique centrale.

Le business du désespoir

Ces violences ont provoqué le déplacement de quelque 35 millions de personnes à travers l’Afrique, selon le CICR. Profitant de ce contexte de violences accrues, certaines acteurs économiques et étatiques exploitent la vulnérabilité socio-économiques des populations africaines, leur promettant un meilleur avenir à l’étranger. Un véritable «business du désespoir» mis en lumière dans l’enquête publiée en février dernier par l’organisation INPACT/All Eyes on Wagner, et exposé lors de la conférence par l’une des fondatrices, Lou Osborn. En combinant journalisme d’investigation et recherche en sources ouvertes, l’organisation a recensé le recrutement d’au moins 1417 ressortissants africains pour combattre aux côtés de l’armée russe en Ukraine. Plus de 317 personnes d’origine africaine seraient décédées dans les combats depuis 2023.

Un bon salaire ou une promesse de régularisation à la clé, ces hommes âgés en moyenne de 31 ans se rendent en Russie, persuadés d’y trouver un travail. Une fois arrivée sur place, ils se retrouvent projetés sur le front ukrainien, sans expérience ni formation. «On se rend compte, avec les données que nous avons récoltées, que le taux de survie moyen sur le front est de six mois…» déplore l’intervenante. Plusieurs sources et témoignages de familles des combattants attestent de l’absence de préparation militaire. Ces hommes inexpérimentés servent de «chair à canon», envoyés en première ligne pour préserver les «ressources stratégiques militaires russes», à l’heure où l’armée russe fait face à d’importantes pénuries d’hommes.

«Le taux de survie moyen est de six mois…»

Des opérations de recrutement sur l’ensemble du continent africain

Loin d’être un phénomène isolé, INPACT/All Eyes on Wagner y voit «une stratégie délibérée et organisée» de recrutement à l’échelle des pays du Sud global, avec un accent particulier sur l’Afrique. En tête: l’Égypte, le Cameroun et le Ghana. Mais peu de pays du continent sont épargnés selon l’organisation. Les tactiques de recrutement sont multiples : fausses offres d’emploi, promesses d’études ou de régularisation administrative, filières d’immigration irrégulière. Le tout, via des agences de voyage ou d’emploi installés dans le pays d’origine, ou à travers des réseaux de soutiens locaux de la Russie. «Certaines offres d’emplois sont étonnantes, comme par exemple la demande de recruter rapidement 89 gestionnaires de bétail venant d’un même pays…» relate la rédactrice de l’enquête. Mais INPACT a également retrouvé des candidats résidants de longue date en Russie, et qui manifestent sur leurs réseaux sociaux être acquis à la cause russe.

Le degré d’implication de l’État russe dans ces opérations reste difficile à établir. «Nous avons consulté des documents de listing administratifs d’africains qui arrivent en Russie, et le FSB est censé valider administrativement chacun de ces ressortissants», explique Lou Osborn. «Cela veut dire que les services de sécurité russes sont à l’œuvre pour valider l’arrivée de ces candidats».

L’organisation décrit la douleur des familles des hommes envoyés au front, qui ignorent pour la plupart tout de l’enrôlement de force de leur proche. «Nous pensons que l’Église peut jouer un rôle pour prévenir ce type de départ, en informant les personnes sur la réalité de ce qui les attend, et peut-être aussi en accueillant la détresse des familles qui bénéficient aujourd’hui de peu de soutien».

Depuis la publication de l’enquête, certaines capitales africaines se sont emparées du sujet, tels que Accra, Pretoria et Nairobi. En visite le 15 mars à Moscou, le chef de la diplomatie kenyane assure avoir obtenu de son homologue russe, Sergueï Lavrov, la promesse que plus aucun Kényan ne serait recruté dans le conflit. Le mois dernier, Pretoria avait obtenu le rapatriement d’au moins dix-sept de ses ressortissants.


Source:

www.vaticannews.va

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