- Advertisement - spot_imgspot_img
AccueilAnalyses & EnquêtesLe jour où nous porterons tous des lunettes connectées… est plus proche...

Le jour où nous porterons tous des lunettes connectées… est plus proche que vous ne le croyez !

Les lunettes connectées pourraient bien être le prochain terminal pour bien des usages numériques. Alors que le marché des smartphones marque le pas, tout semble réuni pour un développement rapide et leur adoption à grande échelle. Tout ? Enfin presque tout.

Imaginez un matin ordinaire, vous quittez votre domicile et, d’un simple battement de paupières, le monde s’enrichit d’une couche invisible. Les panneaux publicitaires murmurent votre nom ; les visages des passants s’ornent discrètement de leur profil professionnel ; votre agenda flotte dans l’air devant vous tel un fantôme bienveillant. La réalité, soudain, s’augmente d’une surcouche d’informations entièrement paramétrable. Et devient ipso facto « négociable ».

Ce jour-là, nous ne regarderons plus le monde : nous le consulterons. Nous ne croiserons plus un regard, nous l’analyserons. Et c’est précisément là, dans cet infime glissement entre perception et information, que tout basculera. Car ce ne sont pas seulement nos yeux qui changeront de monture. C’est notre humanité elle-même qui se trouvera augmentée… ou peut-être, simplement, mise à nu.

Récit dystopique pour les uns, utopique pour les autres, il dépeint une réalité qui pourrait advenir bien plus vite que vous ne le pensez. Car, en coulisses, tout est en place pour effectuer la prochaine grande disruption de l’électronique grand public : la bascule du smartphone vers les lunettes connectées. Analyse en trois temps.

Read more:
Pourquoi le métavers peine-t-il à prendre auprès des consommateurs ?

Le smartphone, ce produit « disruptable »

Première condition pour qu’une disruption advienne, il faut que le standard de marché arrive en bout de cycle de vie et montre quelques sérieux signes d’essoufflement. Nous disposons d’une batterie d’indicateurs qui atteste du fait que le smartphone est solidement ancré dans cette phase de maturité :

son taux de croissance ne progresse plus (Figure 1) et est essentiellement tiré par les renouvellements d’équipement et le marché de seconde main,

le marché est oligopolistique (Figure 2),

les barrières à l’entrée sont très élevées,

les parts de marché sont stables tout comme l’indice de concentration (l’indice de Herfindahl-Hirschman est stable autour de 1058, signe d’un marché modérément concentré),

les innovations autour du standard sont essentiellement incrémentales (reconnaissance faciale, IA, déverrouillage par empreinte digitale, amélioration tendancielle des capteurs vidéos…) et de moins en moins rentables pour les fabricants,

les marges des constructeurs sont sous pression, surtout sur le moyen et bas de gamme.

Résultat des courses : nul industriel de l’électronique ne cherche actuellement le produit qui sera susceptible, à terme, de remplacer le smartphone, ou à tout le moins à coexister avec lui. La question n’est donc plus de savoir si le smartphone sera remplacé, mais par quoi et quand ?

Un écosystème déjà bien avancé

Deuxième condition à la survenue d’une disruption : il convient de pouvoir s’appuyer sur un écosystème d’innovation complet qui, par sa complémentarité, offre une valeur d’usage potentielle très importante aux utilisateurs. Le smartphone, par exemple, n’aurait pu s’imposer comme il l’a fait sans un vivier très important de développeurs d’applications, des équipementiers tiers, ou des réseaux téléphoniques permettant un accès Internet (très haut débit).

Dans un autre registre, la voiture électrique ne peut s’imposer d’elle-même sur le marché. Elle doit compter sur le développement parallèle de réseaux de charge, de réseaux de maintenance, voire d’infrastructures de recyclage de batteries.

Or, à y regarder de près, les lunettes connectées disposent déjà d’un écosystème complet et prêt à soutenir l’innovation dans son passage à l’échelle (Figure 3). Non seulement cet écosystème partage avec celui des smartphones des briques technologiques essentielles, permettant un « départ lancé », mais il est en outre composé d’entreprises qui ont les incitations autant que les moyens technologiques et financiers de faire basculer le marché dans le camp de la lunette connectée.

Figure 3 : Écosystème simplifié de la lunette connectée


Fourni par l’auteur. Les entreprises choisies pour illustrer l’infographie l’ont été de façon arbitraire, sans présumer de leurs performances passées ou futures sur leurs marchés respectifs.

Un produit voué au déclin

D’un côté, pour les géants de l’électronique, de l’IA, de la pub et du software qui seraient exclus ou outsiders du marché du smartphone, l’occasion est trop belle de se positionner stratégiquement sur un marché d’équipement au potentiel colossal de plusieurs dizaines, voire centaines de millions d’unités écoulées par an. De l’autre, si les leaders du marché du smartphone sont confrontés au dilemme de l’innovateur, ils ne veulent se retrouver coincés avec un produit voué au déclin et dont les marges s’effritent.

Ils placent donc stratégiquement leurs pions dans ce nouvel écosystème ; nul doute qu’à l’instar d’Edison en son temps, ils sauront arbitrer entre distinction et conformisme pour gagner, comme le souligne fort justement Philippe Silberzhan, la bataille si cruciale de l’adoption.

Les bons usages pour stimuler l’adoption

Troisième et dernière grande condition à la survenue d’une disruption : l’adoption massive de l’innovation. Or, l’histoire a montré que si certains critères tels que le prix, le design, ou le marketing sont essentiels, rien ne pèse davantage dans les dynamiques d’adoption que la valeur perçue des cas d’usage. C’est cette valeur perçue qui, non seulement, augmente l’utilité du produit innovant, mais dégrade en parallèle celle des produits standards.

À titre illustratif, malgré un regain d’intérêt récent, les baladeurs numériques type iPod n’ont guère plus d’utilité, quand s’impose le combo smartphone + plate-forme de streaming. Le fait d’avoir déjà investi dans l’acquisition d’un smartphone qui permet la lecture de musique freine _ipso facto les incitations à investir dans un appareil entièrement dédié à cette fonction, quand bien même la qualité d’écoute s’avèrerait supérieure.

Figure 4 : Cartographie des cas d’usage des lunettes connectées

file 20260419 57

Fourni par l’auteur. Les cas d’usage ont été sélectionnés de façon à réfléter les développements les plus avancés et les plus discutés dans l’industrie. Ils ne sauraient être parfaitement exhaustifs et ne présument en rien des usages restant à imaginer.

Or, comme on peut le constater dans la Figure 4, les lunettes connectées sont appelées à faire tout ce qu’un smartphone fait déjà (téléphone, musique…), tout en améliorant l’interface humain-machine (comme dans le cas de la traduction en temps réel, ou la navigation assortie d’une interface HUD nettement plus pratique qu’un écran de téléphone), ajoutant des couches informationnelles contextuelles – qui affolent déjà les directions marketing du monde entier – et des fonctionnalités supplémentaires notamment dans le domaine du partage social. Quand l’ensemble de ces usages sera stable et performant, il y a fort à parier qu’un acheteur ayant fait l’acquisition de lunettes connectées, quelle qu’en soit la raison ou la motivation, ne renouvellera pas son smartphone une fois celui-ci devenu obsolète.

D’importants risques juridiques

Les freins à l’adoption de ces lunettes restent encore largement à découvrir. Bien sûr, le prix sera déterminant, tout autant que le design, la valeur perçue des usages, la qualité de l’interface, sans oublier l’acceptation sociale d’un objet susceptible de se montrer encore plus intrusif que ne l’est le smartphone (si, c’est possible !).

À ce sujet, de nombreux règlements français et européens pourraient entraver le déploiement de certaines fonctionnalités clés des lunettes connectées, et par là même, en réduire l’utilité. Le RGPD, par exemple, prévoit le consentement explicite pour la captation d’images ou de vidéos, et estime l’enregistrement sonore en continu comme disproportionné (ce qui a en partie contribué au retrait du collier connecté friend.com du marché).

Le Figaro, 2025.

Sans oublier que la reconnaissance faciale via IA est si strictement encadrée, tant au titre du RGPD que de l’IA Act, que ses applications commerciales dans l’UE paraissent aujourd’hui illusoires. Rappelons que l’IA Act catégorise la biométrie, la notation sociale ou la manipulation inconsciente au rang des risques inacceptables, que les domaines des applications médicales, de sécurité ou d’éducation sont étroitement surveillés car considérés à « haut risque », et que la détection des émotions ou la génération de contenu contextuel sont perçues comme des « risques spécifiques » qui justifient un contrôle renforcé. Autant de garde-fous salutaires pour les uns, ou d’entraves à l’innovation pour les autres, qui pourraient limiter le déploiement de certaines fonctionnalités en Europe, et partant, la valeur d’usage des lunettes connectées.

Cette fois, c’est différent

Ces incertitudes font qu’il est prématuré de dire que les lunettes connectées vont rapidement trouver leur public. Mais, on parle d’un marché potentiellement énorme qui aiguise naturellement les appétits : 4 milliards de personnes portent des lunettes dans le monde, avec un cycle de renouvellement de deux ans à deux ans et demi, et un volume annuel de 950 millions de montures écoulées. Les ventes progressent déjà de façon si spectaculaire (Figure 5) que Meta a décidé de décaler le lancement européen de ses « Ray-Ban Display » en Europe.

Preuve que les investisseurs sont prêts à suivre, les marchés frémissent à chaque nouvelle annonce d’un géant de la tech faisant part de son intention de se lancer (comme Apple ou Samsung) ou de se relancer sur ce marché (comme Google, pus de 10 ans après l’échec de ses Smart Glasses).

L’histoire qui, comme chacun le sait, a tendance à bégayer, a montré que, lorsque tant d’entreprises, aussi puissantes et influentes que celles qui apparaissent dans l’écosystème des lunettes connectées, ont conjointement investi des sommes considérables pour développer et promouvoir un produit, elles finissent par former une « communauté de destin » qui est solidairement intéressée au succès de l’innovation… quitte à précipiter le déclin du standard de marché. C’est là « le facteur X » qui laisse à penser que, contrairement aux premières tentatives des années 2010, cette fois, c’est vraiment différent.


Source:

theconversation.com

Annonce publicitairespot_img

Derniers articles

Annonce publicitairespot_img