Depuis la fin des élections municipales, le gouvernement de Sébastien Lecornu peut mesurer toute l’étendue de sa faiblesse. Sans marge de manœuvre budgétaire, il ne peut que subir les crises exogènes, comme celle de la montée des prix des carburants provoquée par la guerre en Iran.
Au niveau parlementaire, son impuissance et les coups tactiques des groupes politiques minent tout le processus législatif. Le texte sur la recréation d’une région Alsace a été adopté mais est inapplicable ; la proposition de loi sur le travail le 1er-Mai a été mise sur pause ; celle sur les réseaux sociaux a été détricotée par le Sénat ; le dossier néo-calédonien est dans l’impasse ; l’examen au Sénat des textes sur la fin de vie a été reporté… Mardi 14 avril, après deux ans de discussions, la loi de simplification de la vie économique a été votée, mais l’exécutif a dû abandonner des mesures environnementales comme les zones à faibles émissions (ZFE) pour trouver une majorité grâce aux voix du Rassemblement national (RN).
Ballotté par les événements et balayé par les bourrasques politiciennes, le gouvernement n’a pas les moyens de sa principale ambition : faire de 2026 une année « utile ». Il n’est aidé ni par les circonstances ni par les autres responsables politiques. Nommé en fin de second mandat, il doit survivre en assumant le passif des précédents gouvernements et des actions inconsidérées d’Emmanuel Macron. En 2022 et 2024, deux de ses prédécesseurs, Elisabeth Borne et Gabriel Attal, ont creusé la dette pour traverser des orages, notamment au moment de la crise énergétique déclenchée par la guerre en Ukraine. Lesté de cet héritage, le premier ministre n’a quasiment plus aucun levier d’action pour amoindrir les conséquences inflationnistes du conflit dans le golfe Arabo-Persique.
Subissant le passé, le premier ministre doit aussi faire avec l’imminence de 2027 et gérer les ambitions des partis et des prétendants à l’élection présidentielle, qui se jettent sur tous les textes pour afficher des marqueurs idéologiques. Le RN a ainsi fait des ZFE un symbole de sa défense des catégories populaires contre une soi-disant « écologie punitive », alors que ce dispositif protège de nombreux quartiers populaires d’un air trop vicié.
Deux voies possibles
Gabriel Attal, à la tête du parti Renaissance et ancien premier ministre, joue aussi sa propre partition en étant inflexible sur certains sujets, comme celui du 1er-Mai. Le président du parti Les Républicains et ancien ministre de l’intérieur, Bruno Retailleau, manœuvre au Sénat et les gauches sont lancées dans une forme de surenchère sur de nombreux dossiers.
Le gouvernement Lecornu se retrouve pris en étau et la France semble condamnée à l’immobilisme. Deux voies s’offrent au personnel politique. La première serait de décider d’une trêve jusqu’au début réel de la campagne présidentielle pour préserver l’Assemblée nationale des soubresauts politiciens. Vu les appétits des uns et des autres et les tensions au sein même des blocs, cette hypothèse paraît totalement illusoire.
La seconde serait de réduire le nombre de textes, de choisir les plus consensuels, comme la décentralisation et l’actualisation de la loi de programmation militaire, et de les travailler plus longuement en amont pour essayer de trouver des compromis. Sans ce travail de l’ombre, qui permettrait peut-être de ramener un peu de calme, Sébastien Lecornu affaiblirait un peu plus un exécutif déjà fébrile et annihilerait ses maigres espoirs de faire passer le dernier projet de loi de finances de l’ère Macron à l’automne.
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