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L’Afrique, autre théâtre de la guerre entre la Russie et l’Ukraine

C’est une enquête exclusive de RFI consacrée à une guerre de l’ombre qui a lieu sur le continent africain et qui oppose Kiev à Moscou, en Libye. Elle se déroule discrètement et se concentre autour des intérêts économiques et militaires ainsi que des jeux d’influences de la Russie et de l’Ukraine, deux pays en guerre depuis plus de quatre ans. Dernier des trois volets : l’Afrique est-elle devenue un autre théâtre de la guerre entre la Russie et l’Ukraine ?

Publié le : 04/04/2026 – 05:52


4 min Temps de lecture

En acceptant une présence ukrainienne sur le territoire libyen à l’ouest du pays, le gouvernement d’Abdel Hamid Dbeibah cherche-t-il à contrer les effets de la présence de mercenaires russes chez son rival du camp de l’Est libyen, dirigé par le maréchal Khalifa Haftar ?

La présence des premiers éléments russes en Libye remonte à 2016. Or, Tripoli cherche aussi à établir un équilibre des forces avec les autorités de l’Est, dans un pays divisé où deux pôles se disputent le pouvoir.

La coopération militaire, les formations et les ventes d’armes, ainsi que des investissements dans le secteur pétrolier, font partie de cette entente entre Kiev et Tripoli, selon nos sources libyennes.

Tête de pont

Par ailleurs, Russie et Ukraine utilisent la Libye comme tête de pont de leur présence ailleurs en Afrique.

Tout récemment, le ministère russe des Affaires étrangères a accusé le Premier ministre libyen et l’Ukraine de soutenir, avec l’aide directe de renseignements britanniques, des groupes armés au Sahel.

Une source diplomatique africaine a rapporté à RFI des propos qu’elle dit tenir d’un responsable du Front de libération de l’Azawad (FLA), mouvement armé présent au Mali : « Nous avons envoyé des jeunes se faire former en Ukraine sur les techniques de maniement de drones. »

Le fait d’élargir les zones d’affrontements en Libye et ailleurs en Afrique caractérise une volonté ukrainienne claire de contrer une Russie bien implantée, depuis quelques années, sur le continent, militairement et économiquement.

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Sahel

L’automne dernier, la porte-parole des Affaires étrangères russes Maria Zakharova a déclaré que les autorités ukrainiennes fournissaient des armes et entrainaient « les terroristes en Afrique, surtout au Mali ». Durant le même mois, Vassili Nebenzia, le représentant russe auprès des Nations unies, a affirmé que « les autorités ukrainiennes soutiennent les terroristes, surtout au Sahel ».

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De son côté, l’Ukraine a reconnu après coup avoir apporté une aide en termes de renseignements lors de la lourde défaite infligée par le FLA à l’armée malienne et ses supplétifs russes, en juillet 2024 à Tinzaouatène. Il s’agissait, selon le journal Le Monde, d’un « appui discret mais déterminant de Kiev » qui indique que l’usage de ces drones « n’est plus un mystère ».

Début août 2024, le Mali a coupé ses relations diplomatiques avec Kiev, accusant l’Ukraine d’avoir joué un rôle déterminant dans la défaite de l’armée malienne au nord du pays.

Toujours sur le front militaire, mais plus à l’ouest en Afrique, le 27 novembre 2025, une attaque a visé un pétrolier qui mouillait à 19 km des côtes sénégalaises, dans l’Atlantique. Ce navire, le Mersin, était parti de Taman, un port situé près du détroit de Kertch, qui sépare la Russie continentale de la Crimée. Propriété de la société turque de transport Besiktas Shipping, il a été fortement endommagé.

L’eau avait recouvert la salle de machines et des moteurs, ce qui a immobilisé le pétrolier. Parmi les hypothèses étudiées par les autorités sénégalaises, une attaque orchestrée par l’Ukraine. Aujourd’hui, des experts militaires estiment qu’il s’agissait plutôt d’un drone marin ukrainien et non pas d’explosifs posés à la main.

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« Coopération spécifique »

Le Soudan est-il un autre exemple de cette rivalité russo-ukrainienne en Afrique ? En tout cas, en octobre dernier, l’armée soudanaise a annoncé la mort de plusieurs mercenaires ukrainiens qui combattaient dans les rangs des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) au Darfour, sans plus de précisions. Ce qui a été présenté par Moscou comme « une nouvelle preuve de l’implication de Kiev » dans les luttes sur le continent. À noter que des mercenaires russes participent également à la guerre au Soudan.

La semaine dernière, l’Agence de presse ukrainienne en arabe a annoncé que Kiev cherchait à élaborer une stratégie visant à renforcer sa présence en Afrique et à étendre la coopération avec ces pays. Selon ce site gouvernemental spécialisé, une réunion dirigée par Kyrylo Boudanov, chef de l’administration présidentielle ukrainienne, a eu lieu dans ce but. Plusieurs responsables de haut niveau diplomatique et du renseignement y ont participé, en présence d’experts en Afrique. Cette réunion a défini des pays prioritaires pour accroître cette « coopération spécifique », tant en Afrique du Nord qu’en Afrique subsaharienne.

En Afrique, cette concurrence stratégique entre Russie et Ukraine s’inscrit dans cette opposition entre Moscou et les alliés occidentaux de Kiev qui, au début de la guerre en 2022, ont sommé les pays africains de se ranger derrière les Ukrainiens.

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Source:

www.rfi.fr

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