Avant de partir en guerre contre « les Russes » et leur « czar » qui vont bientôt le battre à plate couture, le roi Ubu imaginé par Alfred Jarry lance à ses troupes : « En avant, mes amis ! (…) En compote les Moscovites ! La victoire est à nous. » Donald Trump évoque immanquablement Ubu roi. Comme le bouffon tyrannique de la pièce, il est narcissique, brutal, vulgaire et malhonnête. Le Père Ubu n’a pas attendu Trump et son phénoménal enrichissement personnel au pouvoir pour se réjouir, après avoir décrété qu’« on paierait deux fois tous les impôts » : « J’aurai vite fait fortune, alors je tuerai tout le monde et je m’en irai. »
Comme Ubu, le président américain ne cesse de crier victoire. « Laissez-moi vous dire, nous avons gagné », a-t-il proclamé onze jours après avoir déclenché la guerre en Iran aux côtés d’Israël lors d’un meeting dans le Kentucky. « Cette guerre a été gagnée », a-t-il répété le 25 mars au cours d’une réception à la Maison Blanche. Et lorsque, mardi 7 avril, il a été amené à conclure un cessez-le-feu, il n’a pas hésité à trompeter « une victoire totale et complète ». La différence avec Ubu est que Trump ne part pas à l’assaut avec un simple « sabre à merdre », mais à la tête de la plus puissante armée du XXIe siècle.
« Un mode de fonctionnement a guidé Donald Trump depuis des décennies : construire un narratif, affirmer inlassablement qu’il est vrai et contraindre le monde à s’y soumettre », résume le journaliste David Smith dans The Guardian. De la prétendue naissance au Kenya de Barack Obama au complot qui lui aurait fait perdre la présidentielle de 2020, la carrière politique de Trump est parsemée de milliers de mensonges.
Bulle cognitive
Rebaptisés « faits alternatifs » dès 2017 par la porte-parole de la Maison Blanche, ces bobards trumpiens sont dérivés des techniques de vente exposées dès 1987 par l’homme d’affaires dans son livre The Art of the Deal (Random House, dernière traduction en français en 2017, éditions de l’Archipel) : pour vendre, il faut gonfler les qualités du produit et tout faire pour en convaincre le client. « Les gens veulent croire en quelque chose de plus grand, de plus spectaculaire, professait-il alors. J’appelle cela une hyperbole véridique. » Et tant pis si l’« affaire du siècle » se termine en faillite dans la réalité.
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Source:
www.lemonde.fr




