Généralement, quand on parle « d’immense réservoir magmatique », on pense aux paysages volcaniques grandioses du Parc national du Yellowstone, du lac Toba en Indonésie ou du lac Taupo en Nouvelle-Zélande. Pas forcément aux bucoliques collines de Toscane.
Un paysage marqué par un passé volcanique violent
Cette région d’Italie est en effet loin des centres volcaniques actifs du pays, qui se situent bien plus au sud (Etna, Stromboli, Vésuve et Champs Phlégréens). Pourtant, sous ses paysages doux que l’on admire, la Toscane cache bel et bien un passé volcanique très important, dont les stigmates sont encore visibles en surface quand on y regarde bien.
Outre les typiques roches volcaniques effusives comme les basaltes et rhyolites, la géologie de la région est marquée par la présence de tufs volcaniques, des roches formées par la compaction et la consolidation de cendres, ainsi que de dépôts de nuées ardentes que l’on appelle ignimbrites. Ces roches témoignent d’anciennes explosions volcaniques violentes et d’épanchements de lave. Malgré l’érosion, le paysage révèle également les reliefs de ces anciens volcans.
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Si ceux-ci sont considérés comme éteints, certains signes indiquent toutefois que la région possède encore une activité magmatique en profondeur. La Toscane possède en effet plusieurs sites géothermiques, où fumeroles et gaz sulfurés s’échappent du sol. La zone de Lardarello est ainsi réputée pour la présence de sources chaudes ! Une activité géothermique dont la région tire parti depuis longtemps pour la production d’électricité.
Fumerolles en Toscane, sur le site de Sasso Pisano. © Edatoscana, Wikimedia Commons, domaine public
On sait que cette chaleur est générée par la présence de magma résiduel ou de fluides chauds dans les profondeurs de la croûte. Toutefois, les volumes présents restaient difficiles à estimer. Quelle quantité de magma peut donc bien se cacher dans les profondeurs du sous-sol toscan ? La réponse pourrait bien vous surprendre.
Un immense réservoir magmatique détecté grâce aux vibrations des vagues et du vent
Une équipe de chercheurs de l’Unige a en effet découvert que sous les vertes collines de Toscane, entre 8 et 15 kilomètres de profondeur, reposait en réalité un immense réservoir magmatique d’environ 6 000 km3 !
« Nous savions que cette région est géothermiquement active, mais nous n’avions pas réalisé qu’elle contenait un si grand volume de magma, comparable à celui de certains supervolcans, comme le Yellowstone », explique Matteo Lupi, chercheur à l’Unige et auteur principal d’une étude publiée dans la revue Communications Earth and Environment.

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La découverte a été réalisée grâce à une technique bien spécifique d’imagerie sismique, appelée tomographie par bruit ambiant. Au lieu d’utiliser les ondes sismiques produites par les grands séismes, comme c’est le cas pour la tomographie « classique », les chercheurs ont ici analysé les petites vibrations produites par les vagues de l’océan, le vent ou encore les activités humaines.
L’inconvénient de ces signaux est qu’ils sont infimes et nécessitent des instruments de très haute résolution pour être détectés. Mais ils possèdent un fort avantage : ils se propagent partout, tout le temps. Grâce à l’utilisation d’une soixantaine d’instruments, les chercheurs ont ainsi pu reconstruire une image en 3D du sous-sol et identifier la présence de ce gigantesque volume de magma.

Modèle 3D du réservoir magmatique identifié sous la Toscane. © Lupi et al. 2026, Communications Earth and Environment
Faut-il s’inquiéter ?
Malgré sa taille imposante, les chercheurs se veulent toutefois rassurants : cela n’augure en rien une prochaine éruption ! Il faut en effet rappeler que ce n’est pas la présence de magma dans la croûte qui présente un risque, mais une mise sous pression du réservoir qui pousserait le magma vers la surface. En Toscane, aucun signe ne laisse penser à une telle mise sous pression : pas de sismicité associée, ni de déformation du sol (gonflement).
Le réservoir magmatique identifié n’est en quelque sorte que le résidu passif d’une ancienne activité volcanique. Il peut ainsi rester stable pendant des milliers, voire des millions d’années, se refroidissant et cristallisant lentement. Même si une réactivation de ce système magmatique est possible, en lien notamment avec des mouvements tectoniques, un tel scénario est très peu probable à court ou moyen terme étant donné le contexte de la région.
Au contraire, la détection de ce volume de magma en profondeur est une aubaine pour le pays. Les résultats de l’étude vont en effet permettre de mieux contraindre et localiser les réservoirs géothermiques potentiels, ou encore les zones riches en lithium et en terres rares.

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Dans un contexte de recherche d’indépendance énergétique, la présence de ce réservoir magmatique pourrait donc représenter un atout majeur pour l’Italie.
Source:
www.futura-sciences.com





