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La Maison Cocteau rouvre sous le marainage de la “grande soeur“ Colette

Tout, a priori, semblait opposer les deux figures – « la terrienne » d’un côté, « le funambule » de l’autre – et c’est précisément cette rencontre inattendue qui forme le cœur du projet.

Une relation nourrie par Paris

L’exposition montre comment leur proximité s’est consolidée grâce à leur voisinage du Palais-Royal, à Paris. Leur amitié s’y nourrit de visites fréquentes, de promenades dans ce jardin qu’ils considéraient comme « pour adultes », et d’échanges de lettres affectueuses. Dans les dernières années de Colette, Cocteau devient une présence attentive et aimante ; elle, de son côté, reconnaît en lui un poète qui ose tout.

Le parcours rassemble dessins, photographies, lettres, citations et vidéos, afin de rendre visible l’épaisseur de cette relation au fil des années. Deux pièces en constituent le centre de gravité : d’une part le Portrait de Colette au charbon et à la farine, prêté exceptionnellement par le Musée national d’art moderne (Centre Pompidou), d’autre part un extrait du documentaire de Yannick Bellon dans lequel Colette et Cocteau devisent ensemble.

Un catalogue accompagne cette exposition. Il réunit les contributions des universitaires Nicole Ferrier-Caverivière et David Gullentops, qui proposent de mieux comprendre ce qui rapproche, fascine et relie ces deux « monstres sacrés ». L’exposition bénéficie en outre du soutien de la Région Île-de-France.

Une programmation au-delà de l’exposition

La programmation ne s’arrête pas à ce seul focus. La Maison Jean Cocteau maintient également jusqu’au 29 novembre l’exposition consacrée aux décors restaurés de la chapelle Saint-Blaise-des-Simples, où Cocteau repose.

Réalisé en 1959 à la demande des élus de Milly-la-Forêt, cet ensemble de peintures murales et de vitraux – où de grandes tiges de plantes médicinales entourent la scène de la Résurrection – constitue un jalon important de son œuvre plastique des années 1950, dans le prolongement de la chapelle des Pêcheurs de Villefranche-sur-Mer.

À cela s’ajoute, du 13 juin au 19 septembre, un cycle de huit concerts organisé dans le jardin de la maison. Ces « Salons de musique », conçus pour rappeler la passion de Cocteau pour la musique – du jazz à Reynaldo Hahn -, réuniront une trentaine de musiciens. La formule se veut accessible, chaque interprète étant invité à expliquer ses choix et l’influence du poète sur son univers.

La réouverture s’accompagne enfin de deux prêts exceptionnels du Musée national d’art moderne : un tableau de Jacques-Émile Blanche daté de 1912 et un autre de Bernard Buffet peint en 1955, deux œuvres qui témoignent des liens de Cocteau avec les artistes du XXe siècle.

Un lieu façonné par l’artiste

La Maison Jean Cocteau, au 15 rue du Lau, à Milly-la-Forêt, est ouverte du jeudi au dimanche, de 11h à 18h. Les visites, accompagnées d’un médiateur, sont proposées tout au long de la journée, et la réservation est conseillée. 

Acquise juste après le tournage de La Belle et la Bête, la maison du Bailli fut pour Cocteau un refuge, niché à l’ombre du château de la Bonde. Elle conserve encore aujourd’hui l’univers qu’il y avait façonné : meubles chinés, cadeaux d’amis artistes, objets insolites, jardin aux douves miroitantes qui inspirèrent notamment son journal Le Passé défini.

Installé avec la complicité de la décoratrice Madeleine Castaing, Cocteau y compose un univers à la fois intime, éclectique et poétique : un salon ouvert sur l’extérieur, une chambre tapissée de léopard, une antichambre-bureau d’où l’on aperçoit les tours du château voisin, comme un écho au merveilleux de La Belle et la Bête. Pendant les dernières années de sa vie, jusqu’à sa mort en 1963, il y vit, y travaille, y reçoit ses amis et participe à la vie du village. 

La maison, ancienne dépendance du château de la Bonde, conserve encore aujourd’hui cette atmosphère singulière. On y retrouve un véritable cabinet de curiosités : une dent de narval, une armoire néogothique, un fauteuil ayant appartenu à André Gide, un miroir offert par Coco Chanel, ou encore un grand Œdipe et le Sphinx donné par Christian Bérard. Le jardin, traversé par les douves du château, prolonge cette impression de lieu à part, entre verger, sculptures, plantes médicinales et floraisons saisonnières. 

Après la mort de Cocteau, la maison est conservée par Édouard Dermit, puis par ses enfants. En 2002, à l’initiative de Pierre Bergé, elle est acquise par l’association Maison Jean Cocteau, qui engage de lourds travaux de restauration entre 2005 et 2010 afin de l’ouvrir au public. Depuis 2019, le lieu est géré par un groupement d’intérêt public réunissant notamment la Région Île-de-France, le Département de l’Essonne, la Ville de Milly-la-Forêt et le Centre Pompidou. La maison est en outre labellisée Maison des Illustres.

Crédits photo : à gauche, collections de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris / à droite : Colette et Cocteau à l’inauguration du restaurant Le Grand Véfour, 1948, coll.part.

Par Hocine BouhadjeraContact : hb@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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