Incarné avec une froideur terrifiante par Ralph Fiennes dans le film de Spielbierg, diffusé ce dimanche soir, le SS était connu pour son sadisme redoutable. Voici le récit de ce personnage, l’un des pires salauds du cinéma — et de l’Histoire.
Dans le film de Spielbierg, Ralph Fiennes est Amon Göth, chef du camp de Plaszow, en Pologne, qui adhéra au parti nazi et à la SS autrichienne en 1930, à l’âge de 22 ans. Universal Pictures/Amblin Entertainment
Publié le 26 avril 2026 à 20h00
Plus le méchant est méchant, plus le film est réussi, disait Alfred Hitchcock en connaisseur. Avec Amon Göth, Steven Spielberg ne pouvait rêver meilleure ordure pour La Liste de Schindler. Lors de sa première apparition dans le film, le SS-Hauptsturmführer, incarné avec une froideur terrifiante par Ralph Fiennes, fait fusiller une ingénieure déportée inquiète des travaux de soubassement dans le camp de travail forcé de Plaszow, en Pologne (« Tiens, une juive cultivée, comme Karl Marx)… avant d’ordonner à ses troupes d’appliquer à la lettre les consignes de la malheureuse. Plus tard, on le voit s’amuser à tirer à la carabine, depuis le balcon de sa villa, sur les détenus en plein labeur. Spielberg et son scénariste Steven Zaillian n’ont, hélas, rien inventé : le Viennois Amon Göth, qui avait adhéré au parti nazi et à la SS autrichienne en 1930, alors qu’il n’avait que 22 ans, n’était pas surnommé « le boucher de Hitler » pour rien.
Psychopathe et paranoïaque
Après avoir fait ses armes (si l’on ose dire) dans les camps d’extermination de Belzec, Sobibor et Treblinka, il rejoint l’état-major de la SS de Cracovie en août 1942, avant de mettre sur pied le camp de Plaszow et d’en prendre la direction en février 1943. À Plaszow, les conditions de détention sont si éprouvantes que l’espérance de vie moyenne des déportés ne dépasse pas quatre semaines… Ryszard Polanski, le père du cinéaste Roman Polanski, a survécu à cet enfer. Et a livré un témoignage édifiant du sadisme d’Amon Göth dans les longues lettres à son fils publiées l’an dernier dans Ne courez pas ! Marchez ! (éd. Flammarion).
« Psychopathe et paranoïaque, [il] était le seigneur et maître de dix-huit mille personnes, hommes et femmes », écrit Ryszard Polanski. Qui raconte comment Göth s’était fait construire par les prisonniers « un luxueux palais […] aménagé avec les plus beaux meubles confisqués aux Juifs, et dans lesquels il organisait des grandes fêtes » — y jouaient trois détenus musiciens professionnels qui, le temps d’une soirée, troquaient leurs guenilles pour un smoking. « Lorsque le maître de maison était bien bourré, il se mettait devant le violoniste et disait d’une voix forte : “Sale Juif, tu joues pas mal, mais je vais quand même t’abattre un jour.” »
![Universal Pictures/Amblin Entertainment Ryszard Polanski, ancien déporté a écrit dans ses lettres : « Psychopathe et paranoïaque, [il] était le seigneur et maître de dix-huit mille personnes. » (Image du film).](https://africaintimes.com/wp-content/uploads/2026/04/a3becf9_upload-1-nhk7qlvqt4i1-55-listedeschindler199313j.jpg)
Ryszard Polanski, ancien déporté a écrit dans ses lettres : « Psychopathe et paranoïaque, [il] était le seigneur et maître de dix-huit mille personnes. » (Image du film). Universal Pictures/Amblin Entertainment
Au petit matin après une de ces soirées bien arrosées, Göth décide d’inspecter les prisonniers alignés en colonnes avant le départ pour leurs chantiers respectifs. Soudain, il tire deux balles dans la tête de l’un d’eux et lui hurle : « Pourquoi me regardes-tu bêtement dans les yeux ? » Douze secondes plus tard, deux nouveaux coups de feu claquent, une nouvelle victime s’effondre et Göth dit : « Pourquoi ne me regardes-tu pas dans les yeux ? »
En 1944, alors que l’Armée rouge approche, le camp de Plaszow est démantelé. Le responsable, juif, du service d’ordre et sa femme, qui se croyaient « seconds après Dieu », sont abattus par Göth, « de ses propres mains », précise Ryszard Polanski. « Avant de leur tirer dessus, il leur a dit d’un ton moqueur : “Je vous ai promis tant de fois de vous abattre, que je ne peux pas vous quitter sans tenir ma parole. Qu’est-ce que vous auriez pensé de moi ?” » Göth est ensuite pris pour cible par la Gestapo, qui l’accuse d’avoir trop fait fortune grâce à la spoliation des biens juifs. Il est rétrogradé au rang de simple soldat. Ryszard Polanski le reverra une dernière fois au camp de Mathausen, où il a été transféré : « Lorsqu’il nous a vus, il a crié : “Mais ce sont mes Juifs !” Dans son esprit, nous étions sa propriété. »
Rapatrié en Allemagne, Amon Göth est arrêté par les troupes américaines en mai 1945 dans un sanatorium, avant d’être extradé vers la Pologne pour y être jugé pour ses innombrables crimes. Condamné à mort le 5 septembre 1946, il est pendu huit jours plus tard dans la cour de la prison Saint-Michel de Cracovie. Il est le premier cadre nazi à avoir été exécuté pour ses crimes de guerre, avant même les accusés du tribunal de Nuremberg.
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Source:
www.telerama.fr





