Tous les jours, une personnalité s’invite dans le monde d’Élodie Suigo. Mardi 7 avril 2026, l’auteur, compositeur et interprète Pierre Perret. Il publie le livre « Mémé Anna », aux éditions Mareuil et une collection de livres-disques thématiques.
Il y a des voix qui traversent les décennies sans jamais perdre leur grain ni leur espièglerie. Celle de Pierre Perret en fait incontestablement partie, une voix reconnaissable entre mille, à la fois tendre et malicieuse, mais toujours avec ce sens aigu de la langue française qui est sa marque de fabrique. Tout au long de sa carrière, il a vendu 40 millions d’albums et 45 établissements scolaires portent son nom. Il n’est pas seulement un amuseur, car derrière la moustache rieuse et l’accent chantant du Sud-ouest, il y a aussi un homme engagé contre le racisme, pour la liberté d’expression, pour la planète et pour la nature. Le 12 mars 2026, il a publié le livre Mémé Anna, aux éditions Mareuil, un hommage bouleversant à sa grand-mère, ainsi qu’une collection de livres-disques en quatre volumes.
franceinfo : C’est une manière de revisiter votre parcours, mais j’ai surtout l’impression qu’à travers tout ça, on revisite le fait que vous avez une philosophie de vie.
Pierre Perret : Oui, même très jeune, déjà, j’avais un certain recul sur les choses. Et la philosophie doit commencer par là, sûrement.
Vous avez grandi dans un café-restaurant tenu par vos parents à Castelsarrasin. Vous racontez souvent que c’était une sorte de petit théâtre permanent et ce livre nous attrape parce qu’il nous prend par la main. Il nous présente cette grand-mère qui a été très importante pour vous. Quand vous repensez à elle, est-ce que vous avez le sentiment que c’est elle qui vous a appris, à regarder les gens avec cette tendresse que l’on retrouve dans vos chansons ?
Oui, parce qu’elle a su les regarder. Elle a su transformer les malheurs qui étaient les siens dès sa naissance en courage parce qu’elle a été humiliée, battue.
Je ne vais pas faire la porteuse de perles, mais si quelqu’un en a pris plein la poire, c’est vraiment elle.
Pierre Perretà franceinfo
Avec courage, elle a gardé son indépendance, elle a envoyé balader son mec qui la tabassait et en fait, elle a élevé ses enfants contre vents et marées, dans des difficultés terribles, mais elle y est arrivée et elle a été attentive à tout. Analphabète, elle a su contourner tout cela et rester digne. Ce n’est pas rien. Le courage et la dignité d’en avoir le besoin très tôt, et d’en faire preuve tout au long de sa vie parce que c’est ce dont elle a fait preuve tout au long de sa vie. De défier aussi le lascar qui l’avait sous sa coupe, ça force l’admiration.
Vous racontez dans ce livre qu’elle vous a transmis beaucoup plus que des souvenirs, une manière de parler et une manière de raconter, presque une manière d’aimer la vie.
Oui, elle m’a beaucoup inspiré pour façonner les chansons. Il y a une espèce de ton qui est directement hérité de mémé, parce qu’elle avait une façon de raconter les choses. C’est toujours resté en moi parce que j’ai été imprégné de ça et malgré moi, ça a été un héritage que j’ai traîné toute ma vie, mais avec bonheur, parce qu’on l’a retrouvé dans beaucoup de mes chansons, et même dans l’audace, parce qu’elle avait un langage pas du tout académique. Quelque part, ça a influé aussi sur ma façon de voir les choses, de les écrire, et même de les parler.
Vous avez perdu votre femme, il y a peu de temps, elle vous a toujours accompagné. Il y a une fidélité chez vous, dans tout, dans la famille, dans votre vie maritale. La fidélité, c’est un mot qui résonne très fortement chez vous ?
Vous savez, quand vous avez passé près de 70 ans auprès d’un être, que vous avez aimé toute votre vie et avec qui vous vous êtes disputés 10 000 fois et avec qui vous avez remis votre vie en question 100 fois. On ne sait pas quoi dire.
Vous avez abordé des sujets évidemment très tabous, avec une vraie franchise, je voudrais qu’on parle de La femme grillagée, par exemple. Vous évoquez une violence très forte faite aux femmes, était-ce important pour vous de donner une voix à celles que l’on n’entend pas toujours ?
Oui, parce que certaines ont dû l’entendre. J’ai reçu un petit colis, un petit tableau fait en céramique, avec une femme dont on voit juste les yeux, avec juste une bulle sortant, qui disait, merci. D’ailleurs, elle est sur mon bureau de travail, elle est en face de moi et ça m’a tellement touchée parce qu’on sent que c’est une femme qui est prise au piège et qui ne peut pas s’en sortir.
Tout au long de ce livre, on a l’impression que vous continuez à parler à cette grand-mère. Si elle pouvait vous entendre aujourd’hui, qu’est-ce que vous aimeriez lui dire ?
Je lui dirais, je te devais bien ça, parce qu’il y a tellement de choses que je lui dois de ma vie courante de tous les jours. C’est elle qui m’a pratiquement tout appris.
C’était la mémé idéale et elle était tellement simple.
Pierre Perretà franceinfo
Elle aurait été incapable de l’expliquer, je n’avais qu’à la regarder faire et je comprenais.
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