- Advertisement - spot_imgspot_img
AccueilSécurité & Justice"Il y a une urgence médico-psychologique immédiate" : comment les enfants de Cédric...

"Il y a une urgence médico-psychologique immédiate" : comment les enfants de Cédric Prizzon, soupçonné d'un double féminicide, vont être pris en charge

Les deux mineurs ont été remis aux autorités françaises après la cavale et l’arrestation de leur père, suspecté d’avoir tué leurs mères. Ils doivent désormais être pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance et bénéficier d’un suivi médico-psychologique urgent.

Un garçon de 12 ans et une fillette de 18 mois, au cœur d’une affaire d’une extrême violence. Les deux enfants de Cédric Prizzon ont été rapatriés en France jeudi 2 avril depuis le Portugal, après plusieurs jours de cavale avec leur père, soupçonné d’avoir tué leurs mères respectives, âgées de 40 et 26 ans. Les deux femmes ont été retrouvées mortes, enterrées dans un « lieu isolé », selon la police judiciaire portugaise, cinq jours après leur disparition signalée le 20 mars dans l’Aveyron. D’après les informations de franceinfo, c’est le jeune adolescent qui a expliqué aux enquêteurs portugais que son père venait de commettre un double meurtre et qui leur a donné des indications sur le lieu de la scène de crime.

Depuis l’arrestation de Cédric Prizzon le 24 mars, lors d’un contrôle routier à Mêda, dans le nord-est du pays, le garçon et sa demi-sœur ont été pris en charge dans une structure spécialisée portugaise. Le suspect a interdiction de tout contact avec eux et son autorité parentale est également suspendue, a appris franceinfo de source judiciaire. Les deux mineurs sont provisoirement placés sous la responsabilité de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) de l’Aveyron avant qu’un juge des enfants ne fixe les modalités de leur prise en charge, selon le parquet de Rodez. Ils devront faire l’objet d’un suivi médico-psychologique important.

Selon un juge des enfants, familier de ce type de dossiers et contacté par franceinfo, il existe une procédure clairement définie dans ce type de situation. « Lorsqu’un enfant ne peut plus être protégé par ses parents, il est confié à l’Aide sociale à l’enfance. Concrètement, les services du département organisent cette prise en charge, qui peut se faire dans différents types de structures ». Dans un premier temps, l’objectif est de mettre les enfants à l’abri. Ensuite, ils peuvent être placés en famille d’accueil ou dans des foyers, selon leur situation. Le maintien du lien entre eux sera étudié. « On essaie de conserver les liens entre les membres d’une fratrie, mais l’intérêt de l’enfant prime toujours », poursuit le juge.

Avant d’envisager une autre solution, les autorités privilégient le milieu familial. « A condition que ce soit dans l’intérêt de l’enfant. On regarde s’il existe ce qu’on appelle une ‘personne-ressource’ dans la famille élargie, une tante par exemple, capable d’offrir un cadre stable. » Mais dans un contexte aussi violent, les équilibres peuvent être fragiles. « Du côté de la famille des deux mères, il peut y avoir du ressentiment, et du côté de la famille du père, c’est souvent encore plus compliqué. » Pour la plus jeune des enfants, âgée de 18 mois, des structures spécifiques existent, détaille le magistrat : « Il y a des établissements collectifs spécialisés, des pouponnières, pour répondre aux besoins quotidiens et médicaux de l’enfant. »

Au-delà de la nécessité d’une protection matérielle des enfants, l’impératif est aussi psychologique, assure la psychiatre Muriel Salmona, contactée par franceinfo : « Pour des enfants exposés à des violences intrafamiliales aussi extrêmes, il y a une urgence médico-psychologique immédiate. Ils doivent être protégés et bénéficier sans délai de soins spécialisés en psychotrauma. » En France, un « protocole féminicide » permet une prise en charge rapide, associant hôpitaux, justice et associations. « Ce dispositif vise à intervenir le plus tôt possible pour protéger les enfants et limiter les conséquences du traumatisme », rappelle Muriel Salmona.

La psychiatre, aussi présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie, insiste notamment sur un phénomène fréquemment constaté : l’état dissociatif.

« Ces enfants sont en état de stress extrême. C’est comme si leur cerveau subissait un choc violent. Ce sont des blessures invisibles, mais avec des conséquences potentiellement très graves à long terme. »

Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie

à franceinfo

Muriel Salmona alerte aussi sur le piège de l’apparente normalité : « Le cerveau peut se mettre en mode ‘alarme’ pour se protéger. L’enfant peut alors sembler aller bien, paraître indifférent. Mais cette absence de réaction émotionnelle est en réalité un signe clinique très inquiétant. »

Selon la spécialiste, les deux enfants cumulent plusieurs chocs : la violence des faits, la perte de leur mère, et de fait celle de leur père, aujourd’hui incarcéré. « C’est une situation extrêmement violente sur le plan psychique », souligne Muriel Salmona. La petite fille de 18 mois n’est pas épargnée. « Son jeune âge n’est pas protecteur, au contraire. Son cerveau perçoit le danger. Même sans souvenirs conscients, le traumatisme peut s’inscrire durablement si rien n’est fait », explique la psychiatre. Cédric Prizzon est d’ailleurs également mis en cause pour des violences commises sur ce bébé.

Les conséquences peuvent apparaître rapidement ou s’installer dans le temps : troubles du sommeil, anxiété, évitement, difficultés scolaires… « Les enfants peuvent intégrer la violence qu’ils ont subie ou entendue. » Pour l’adolescent de 12 ans, d’autres risques existent, comme une tendance au repli ou des conduites addictives. « Ce sont des signaux à surveiller », alerte la psychiatre. Le choix de leur futur cadre de vie sera déterminant : « Il faudra désigner les personnes-ressources à qui les confier. C’est un travail coordonné entre la justice, les équipes médicales et les services sociaux. »

Malgré la gravité de la situation, une reconstruction reste possible. « On peut réparer, mais il faut intervenir le plus tôt possible pour aider ces enfants à reprendre pied », assure Muriel Salmona, qui a été membre de la Commission indépendante sur les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise). Selon elle, la protection est la clé : « Plus un enfant traumatisé est protégé, mieux il peut se reconstruire. » Cela passe aussi par un entourage sécurisant et stable, car « les proches doivent comprendre l’état traumatique de l’enfant, tout comme les professionnels, pour adapter leur prise en charge ».

Le suivi de ces deux enfants victimes de violences devra s’inscrire dans la durée. « Il faut une prise en charge d’abord intensive, puis un accompagnement sur le long terme. Le temps devient un allié si les soins sont là », rassure Muriel Salmona, notamment coautrice de la brochure « Quand on te fait du mal » (PDF), qui explique aux enfants les différentes formes de violences et les conséquences qu’elles peuvent avoir sur eux. La psychiatre insiste aussi sur l’enjeu national qui, selon elle, dépasse cette affaire : « C’est une question majeure de santé publique, il est indispensable de sensibiliser et d’informer les adultes référents et les professionnels qui accompagnent les enfants victimes et co-victimes de violences ».

Si vous êtes victime de violences conjugales, ou si vous êtes inquiet pour une membre de votre entourage, il existe un service d’écoute anonyme, le 3919, joignable gratuitement par téléphone 24h/24 et 7 jours sur 7 ou directement en ligne par chat sur le site de la Fédération nationale solidarité femmes. Il est aussi possible d’envoyer un signalement sur une messagerie instantanée. D’autres informations sont également disponibles sur le site Service-public.fr.  


Source:

www.franceinfo.fr

Annonce publicitairespot_img

Derniers articles

Annonce publicitairespot_img