Le « One Health Summit » se tient mardi à Lyon. Franceinfo détaille le concept central de l’événement, qui veut traiter ensemble la santé des humains, des animaux et de leur environnement.
« Il faut révolutionner la manière dont on envisage la santé humaine », défend François Criscuolo, directeur de recherche au CNRS. Mardi 7 avril, des chefs d’Etat et de gouvernement, des organisations, des parlementaires, des scientifiques ou encore des représentants du secteur privé et de la société civile sont réunis à Lyon à l’occasion du « One Health Summit ».
Ce sommet met à l’honneur le concept d’une « santé unique » qui existe depuis plus de vingt ans. Il est apparu « au début des années 2000 », se souvient le biophysicien Jian-Sheng Sun. Il a ensuite été « adopté progressivement par des institutions spécialisées de l’ONU », complète le directeur du département adaptations du vivant au Muséum national d’histoire naturelle.
L’idée est la suivante, selon la définition onusienne : les santés « des humains, des animaux domestiques et sauvages, des plantes et de l’environnement au sens large » sont étroitement liées et des atteintes sur l’une peuvent engendrer des effets sur les autres en cascade. « Le concept est une manière de remettre l’environnement dans les questions de santé », ajoute François Criscuolo, qui fait partie du groupe de travail One Health au CNRS.
« On ne peut pas avoir une solution pour la santé humaine qui ne soit pas une solution pour les santés animale et environnementale. Toutes ces santés sont liées. »
François Criscuolo, chercheur au CNRSà franceinfo
Les zoonoses, ces maladies transmissibles de l’animal à l’humain et inversement, et qui exposent le monde à des pandémies, en sont la preuve. Aujourd’hui, « 60% des agents pathogènes responsables de maladies humaines proviennent d’animaux domestiques ou sauvages », rappelle l’Organisation mondiale de la santé animale. Et les réponses apportées par l’homme aux maladies peuvent se retourner contre lui, mais pas seulement.
L’Institut de recherche et de développement cite ainsi l’enjeu de l’antibiorésistance : lorsque les antibiotiques sont utilisés de manière massive pour soigner les élevages, les bactéries s’adaptent. « Cela entraîne des résistances transmissibles aux bactéries présentes dans notre microbiote, celui des animaux ou dans l’environnement », note l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).
Autre manifestation de cette « santé unique » : les experts relèvent les impacts des pollutions de toutes sortes sur la santé humaine. D’après l’OMS, 20% des morts dues à des maladies dans le monde sont causées par les perturbations de l’environnement et notamment les pollutions, comme celles aux métaux lourds, aux perturbateurs endocriniens, aux pesticides ou plus récemment aux PFAS.
Les cas concrets sont nombreux. L’une des origines possibles du Covid-19 reste, encore aujourd’hui, la transmission de la maladie de l’animal à l’homme. A des échelles plus petites, l’arrivée de l’écureuil de Corée a fait planer la menace d’une hausse de la maladie de Lyme, transmise à l’homme par les tiques. Le rongeur, invasif, « peut être porteur de trois espèces de tiques » et fait ainsi circuler le risque de manière bien plus importante, relate Jian-Sheng Sun.
Le biophysicien cite aussi l’impact de la disparition des vautours en Inde, due à l’utilisation d’un anti-inflammatoire pour soigner les vaches, décimant les charognards qui mangeaient leurs restes. « Les carcasses autrefois dévorées par les vautours pourrissent dans les champs, entraînant la contamination de l’eau potable » et l’apparition d’autres espèces comme les chiens errants et les rats pour les remplacer, rapporte le directeur de département au Muséum national d’histoire naturelle. Or ces derniers sont porteurs de germes et « plus de 30 000 personnes meurent de la rage chaque année en Inde ».
Ces transmissions entre les espèces et les humains, dans leurs écosystèmes, interviennent désormais dans un contexte de réchauffement climatique. Le phénomène rend encore plus concret ce concept de « One Health », la santé de l’environnement affectant largement celle des autres pièces du puzzle. A titre d’exemple, la hausse des températures élargit les zones touchées par certains microbes. « Durant l’été 2017, une épidémie de chikungunya a frappé Rome avec environ 300 cas signalés, tous transmis par le moustique tigre », rappelle Jian-Sheng Sun. L’insecte, qui participe « à la diffusion de la dengue, du chikungunya, du virus Zika » ou encore de « la fièvre jaune », selon l’Institut Pasteur, est allé plus au nord encore, en France, attiré par des températures de plus en plus chaudes.
Devant ces illustrations qui se multiplient et les effets du changement climatique qui se font de plus en plus ressentir, il y a eu une prise de conscience de la nécessité de gérer le problème différemment. Cette nouvelle approche de la santé « est un vrai changement de méthode, à la fois dans la manière de poser les questions, mais aussi d’envisager les solutions », met en avant François Criscuolo. Dans la recherche, elle veut mêler différentes disciplines. Dans les politiques publiques, elle veut rapprocher les ministères concernés – ceux de la Santé, de la Transition écologique ou encore de l’Agriculture. « Concrètement, des médecins doivent travailler en étroite collaboration avec des vétérinaires et, ensemble, ils doivent s’ouvrir aux savoirs des agronomes par exemple ou des spécialistes de l’eau », détaille Emmanuel Didier, directeur du programme Médecine-Humanités à l’Ecole normale supérieure.
Ces changements sont déjà à l’œuvre. Depuis 2021, les organisations mondiales de la santé, de la santé animale, pour l’alimentation et l’agriculture et le Programme des Nations unies pour l’environnement ont créé un organe qui les conseille sur le sujet, le Groupe d’experts de haut niveau « One Health ». Et la France s’est fixée cette grille de lecture comme « principe d’action » dans sa stratégie nationale de santé.
Le sommet de Lyon veut accélérer la cadence et déployer « des programmes de coopération et de recherche », attirer des investissements ou encore renforcer la surveillance « pour prévenir les risques sanitaires, alimentaires et environnementaux », liste le site de l’événement. L’attente est grande.
« C’est un enjeu national. Avec ‘One Health’, on pourrait améliorer tellement de choses. »
François Criscuolo, chercheur au CNRSà franceinfo
La communauté scientifique a ainsi rendu ses recommandations aux politiques. « Il faut qu’ils réalisent ce que c’est le ‘One Health’ et qu’on repense notre vision de la santé humaine. »
Source:
www.franceinfo.fr




