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Harry Potter et transphobie : pour Dumbledore, on a déformé les propos de Rowling

En défendant partiellement J.K. Rowling, tout en jugeant qu’elle a durci ses positions, John Lithgow replace la future série Harry Potter de HBO au cœur d’une controverse née bien avant sa distribution. Du soutien à Maya Forstater en 2019 aux affrontements juridiques récents au Royaume-Uni, l’affaire s’est construite par strates, entre réseaux sociaux, tribunes personnelles, décisions de justice et fractures durables dans l’univers du livre.

Ce dernier, choisi pour incarner Albus Dumbledore dans la série Harry Potter de HBO, a en effet relancé une controverse déjà ancienne autour de J.K. Rowling.

Dans un entretien repris par Variety après une conversation diffusée par The New Yorker Radio Hour, l’acteur affirme qu’une large part des opinions prêtées à la romancière a été « déformée et mal restituée », tout en ajoutant qu’il désapprouve « beaucoup » de ses prises de position et qu’elle a, selon lui, « persisté, à son propre détriment ». Cette séquence intervient alors que Warner Bros. Discovery a officialisé, le 25 mars 2026, une première saison de huit épisodes attendue pour Noël 2026.

L’acteur ne défend pas frontalement Rowling : il conteste plutôt la manière dont une partie de ses propos a circulé, tout en reconnaissant la dureté de certaines formulations publiées par l’autrice. D’ailleurs que le comédien avait hésité à rejoindre la production en raison de « l’historique de déclarations anti-trans » associé à la créatrice de Harry Potter. Et de fait, chacune de ses prises de parole autour de la série s’inscrit désormais dans ce débat.

Aux sources de la controverse

Pour retrouver l’origine de l’affaire, il faut revenir à décembre 2019. ActuaLitté rappelait en 2020 que Rowling avait alors soutenu Maya Forstater, chercheuse britannique ayant perdu son emploi après avoir affirmé qu’on ne pouvait pas « changer de sexe biologique ».

Quelques mois plus tard, le 6 juin 2020, l’écrivaine commentait ironiquement un article évoquant les « personnes qui ont leurs règles », suscitant une déflagration immédiate sur les réseaux sociaux. Elle s’était rattrapé, soulignant que « le sexe est réel et qu’il produit des conséquences vécues », en allusion aux violences qu’elle avait elle-même endurées.

Le tournant majeur survient toutefois le 10 juin 2020, avec la publication sur son site personnel d’un long texte de justification. Rowling y expose « cinq raisons » de prendre la parole sur les questions de sexe et de genre. Elle y explique financer des projets pour des détenues, des femmes victimes de violences et des recherches médicales, et soutenir que la redéfinition juridique du sexe au profit du genre menace, selon elle, certains espaces réservés aux femmes. Le lendemain que cette tribune, très personnelle, répondait directement aux accusations de transphobie formulées contre elle depuis plusieurs jours.

ENQUÊTE – Les règles du “je” : Rowling, reflet d’un monde patriarcal

Les réactions ne se limitent pas aux réseaux. Dès juin 2020, Daniel Radcliffe prit publiquement ses distances, suivi par Emma Watson, et l’onde de choc dans l’édition et parmi les lecteurs fut immédiate. À l’été 2020, le licenciement de l’autrice Gillian Philip après son soutien public à Rowling, signe que la querelle dépasse très vite le cercle des fandoms pour toucher les maisons, les auteurs et les prescripteurs culturels.

De la polémique numérique au front juridique

Depuis lors, la romancière a inscrit ses positions dans un rapport de force plus nettement juridique et politique. En mars puis avril 2024, une plainte de la présentatrice trans India Willoughby et l’entrée en vigueur de la loi écossaise sur les crimes haineux prolongent l’affrontement. La police écossaise n’avait finalement retenu aucune infraction après les messages de Rowling contestant que plusieurs femmes trans soient des femmes. Son mot d’ordre provocateur, « Arrêtez-moi », et sa dénonciation d’une loi qu’elle jugeait susceptible de faire taire les défenseurs des espaces non mixtes.

L’année 2025 marque une nouvelle étape. La Cour suprême du Royaume-Uni juge, le 16 avril, que la définition de la femme dans l’Equality Act renvoie au sexe biologique. La décision concernait notamment les refuges, services hospitaliers et compétitions sportives non mixtes.

Quelques semaines plus tard,  le lancement d’un fonds juridique privé, financé par Rowling, se destinait à soutenir des personnes ou organisations invoquant des « droits fondés sur le sexe » : c’est ce durcissement progressif que vise Lithgow lorsqu’il estime qu’elle a « doublé la mise à ses dépends ».

L’acteur distingue donc bien l’exagération possible de certaines imputations, sans nier la radicalisation du dossier ni l’enchaînement concret des prises de position de Rowling, des tweets de 2019 et 2020 aux affrontements judiciaires de 2024 et 2025. 

« Je respecte le droit de chaque personne trans de vivre comme elle l’entend, en toute authenticité et confort. Je marcherais à vos côtés si vous étiez victime de discrimination en raison de votre identité trans. Parallèlement, mon identité de femme a profondément marqué ma vie. Je ne crois pas qu’il soit haineux de l’affirmer. » (JK Rowling – juin 2020)

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Pour la série HBO, l’enjeu déborde désormais la seule distribution : il accompagne l’exploitation d’une marque mondiale dont l’autrice reste l’ayant droit central, mais aussi une figure publique qui continue de produire, par ses interventions, l’actualité de son propre catalogue. Et il faut bien éteindre les incendies passés pour garantir le succès futur de la nouvelle série…

Crédits photo : John Lithgow dans le rôle de Dumbledore – HBO Max

 

 

 

Par Clément SolymContact : cs@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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