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Guerre au Moyen-Orient: fracture ou rapprochement entre sunnites et chiites?

L’opposition entre le sunnisme et le chiisme, les deux branches de l’islam, est souvent utilisée pour « lire » les rivalités au Moyen-Orient. Certains éléments de cette division au sein du monde musulman se retrouvent dans la guerre en cours. Mais ce conflit pourrait – à l’inverse – mettre en lumière une forme d’unité au sein du monde arabo-musulman.

Publié le : 06/04/2026 – 09:53Modifié le : 06/04/2026 – 09:55


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Dimanche 1er mars : cela faisait 24 heures qu’Israël et les États-Unis avaient lancé leur offensive sur l’Iran. Sur le réseau social X, Momodou Tal postait un message en soutien à Téhéran. « Je suis un sunnite malikite mais je suis avant tout un musulman », écrit le jeune homme, ressortissant britannico-gambien et fervent partisan de la cause palestinienne. Son militantisme en faveur de la Palestine l’a contraint à quitter les États-Unis où il étudiait en mars dernier. Dans ce message, il explique soutenir la République islamique car « ses idéaux révolutionnaires incarnent (…) ce que je crois qu’un musulman devrait être : ne jamais craindre les oppresseurs, savoir que la victoire est garantie par Allah et rester inébranlable, conscient qu’Allah est le meilleur des stratèges ».

« Même prophète, même Coran »

Habituellement, le chiisme est pourtant vu parmi les musulmans sunnites comme une branche divergente, égarée. Une hérésie pour certains. La discorde remonte aux premières années de l’islam. Après la mort du prophète Mahomet en 632. « Les sunnites se sont consultés pour désigner un successeur au prophète : le calife. Et un autre mené par Ali, cousin et gendre du prophète qui en tant que membre de la famille du prophète se dit plus légitime pour assurer la succession du prophète », explique Sabrina Mervin, directrice de recherches émérite au Centre national français de la recherche scientifique, affectée à l’Iremam, un institut spécialisé sur le monde arabe et musulman.

« On est toujours dans l’islam. Il y a le même prophète, le même Coran et la même doctrine cardinale de l’unicité divine : le Tawhid. Ce sont les grands fondements de l’islam », souligne Sabrina Mervin. Mais certaines pratiques divergent, nourrissant un antagonisme entre les deux groupes. « Ce qui gêne le plus certains courants du sunnisme – et notamment ceux qu’on appelle les salafistes – c’est le culte des saints ; c’est pour ça qu’ils vont parler d’hérésie. Pour ces sunnites, le culte des saints enfreint la doctrine cardinale de l’unicité divine. Ce qu’ils reprochent aux chiites, c’est de prier sur des tombes et d’avoir des intercesseurs ». Or, dans la pratique religieuse, ces prières dans les tombeaux des imams et des descendants du prophète sont très importantes pour les chiites. « Ils sont les intercesseurs qui vont leur permettre d’accéder au divin. Ils peuvent leur demander d’intercéder en leur faveur au jour du jugement dernier. Et puis avant, ils font des vœux par exemple quand ils se rendent au tombeau. L’amour et l’obéissance aux imams est extrêmement importante dans le chiisme. »

Fracture moderne

Le schisme entre chiites et sunnites datant du VIIe siècle, la discorde entre les deux branches de l’islam est ancestrale. Mais le fossé tel qu’il existe aujourd’hui est, lui, plus récent. Il trouve ses origines au XIXe siècle avec l’émergence d’une « volonté d’union partagée au sein du monde musulman afin de contrer l’impérialisme européen », note Sabrina Mervin. Les deux communautés ont alors engagé un dialogue. Mais dans cet échange, il leur a fallu aborder leurs divergences aussi bien que leurs convergences. « Je crois que le fossé s’est creusé tout simplement à cause de la modernité et des moyens de communication, des moyens d’expression », poursuit la chercheuse. « Avant, ce pouvait être des controverses entre oulémas, entre savants en sciences religieuses. Maintenant tout le monde s’y met. Et encore plus aujourd’hui a fortiori avec les réseaux sociaux. »

Dans la guerre en cours, l’Iran, attaqué par Israël et les États-Unis, a mobilisé en soutien à travers le Moyen-Orient des groupes armés eux aussi chiites : le Hezbollah au Liban, Kataëb Hezbollah en Irak, les Houthis au Yémen. Et ils bombardent quotidiennement les monarchies arabes du Golfe, qui sont, elles, majoritairement sunnites. « Mais je ne crois pas qu’on puisse lire cette fracture-là avec une grille confessionnelle, indique Sabrina Mervin du CNRS. Si l’Iran frappe les pays du Golfe, ce n’est pas parce qu’ils sont sunnites mais parce qu’ils abritent des intérêts et des bases américaines. On est vraiment dans des stratégies qui sont militaires et non confessionnelles ou religieuses ».

Au contraire, ce conflit pourrait permettre un certain rapprochement entre les deux branches de l’islam. Car l’Iran se bat contre une agression ; une forme d’impérialisme pour de nombreux musulmans. Un tel rapprochement a déjà été observé en 2006 lors d’une guerre entre le Hezbollah et Israël. « Il y a eu alors un mouvement dans le monde musulman redécouvrant les chiites », relève Sabrina Mervin. En défendant les Palestiniens et le territoire libanais, le mouvement chiite était alors apparu symboliquement comme prenant la défense du monde musulman dans son ensemble.

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Source:

www.rfi.fr

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