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Grippe aviaire : et si le vrai problème était notre façon même d’élever les animaux ?

La majorité des maladies infectieuses retrouvées chez l’humain vient des animaux ; on parle de zoonoses. C’est par exemple le cas de l’influenza aviaire, ou grippe aviaire, responsable de nombreuses infections chez les oiseaux et de rares cas chez l’humain. Pour la filière avicole comme pour d’autres, repenser les modes de production grâce à l’agroécologie pourrait aider à prévenir les risques sanitaires. Une réflexion qui résonne avec l’approche « Une seule santé » (One health, en anglais) qui lie santé animale, humaine et environnementale.

« Le pathogène X, c’est celui qu’on ne connait pas, mais qui va arriver. » Pour ne pas « passer à côté », Manon Lounnas et les chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) comptent sur le concept One Health. De quoi s’agit-il ? © XD

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D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 60 % des maladies infectieuses humaines ont une origine animale. Ce pourcentage monte à 75 % si on se focalise sur les trente dernières années. Ces maladies, causées par des pathogènes capables d’infecter les animaux et les êtres humains, sont qualifiées de zoonotiques ou de zoonoses.

On peut alors supposer qu’une gestion durable des maladies infectieuses animales contribuerait à réduire le risque de nouvelles maladies chez l’humain.

Les virus de l’influenza aviaire, enjeu majeur de santé animale

Entre 2000 et 2016, plus d’un quart des foyers majeurs de maladies infectieuses animales a été causé par des virus de l’influenza aviaire, plus communément appelée grippe aviaire. Ces virus représentent donc un enjeu majeur en santé animale ainsi qu’en santé publique, puisque 2723 infections humaines ont été recensées depuis 1997.

En Europe, on rapporte des infections chez les volailles et les oiseaux sauvages, tous les ans depuis 2016. En France, pays européen le plus touché, l’année 2021-2022 a été la plus meurtrière avec 19 millions de volailles abattues. Les mesures de gestion mises en place n’ont pas suffi à juguler ces crises et ont été particulièrement coûteuses (près d’un milliard d’euros en 2021-2022). De plus, certaines mesures ont soulevé des débats éthiques et ont été mal acceptées par la population.

Il est aujourd’hui nécessaire de rendre notre gestion des maladies infectieuses animales plus efficace et plus acceptable, d’un point de vue économique et social. En outre, notre gestion doit être plus durable. Nous allons dans cet article détailler comment mener une gestion durable en prenant l’exemple de la grippe aviaire.

La manière la plus durable de gérer une maladie infectieuse est la prévention, qui consiste à éviter l’infection des animaux. Elle s’opère à différents niveaux : à l’échelle de l’élevage, avec la biosécurité et la vaccination, et à l’échelle d’un territoire.

Prévenir la grippe aviaire grâce à la biosécurité

La biosécurité correspond aux mesures que l’on met en place pour limiter l’entrée et la sortie du virus d’un élevage, ainsi que sa circulation au sein de l’élevage. Par exemple, claustrer les volailles dans un bâtiment vise à réduire le risque qu’elles soient infectées par des oiseaux sauvages.

Que savons-nous sur la grippe aviaire ? © Foto-Rabe - Domaine public

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Cependant, les mesures de biosécurité ne sont pas toujours correctement appliquées, bien qu’elles soient obligatoires en France depuis 2016. Ce défaut d’observance peut s’expliquer par un manque de connaissances, qui peut être résolu par la mise en place de formations, ou par la difficulté logistique et/ou économique de mise en application des mesures de biosécurité. Par exemple, la claustration de volailles normalement élevées en plein air est difficile à mettre en place et se solde par une hausse de la mortalité. Cet exemple montre que la réglementation autour de la biosécurité doit le plus possible prendre en compte la diversité des élevages pour permettre une meilleure observance.

Avantages et limites de la vaccination préventive contre la grippe aviaire

Depuis 2023, une nouvelle stratégie de prévention a été autorisée en Europe : la vaccination. La France est aujourd’hui le seul pays européen à vacciner des volailles de manière préventive. L’objectif de la vaccination est de réduire le nombre de volailles infectées et de réduire leur contagiosité. Ainsi, elle limite la propagation du virus. On estime que la vaccination a permis de réduire de plus de 90 % le nombre d’élevages infectés sur l’année 2023-2024.

En revanche, cette stratégie présente aussi des limites. Tout d’abord, elle est associée à un risque de circulation silencieuse du virus. Étant donné que la vaccination diminue la mortalité et les signes cliniques, il est plus difficile de détecter l’infection sur des volailles vaccinées. Ce risque mène certains partenaires commerciaux à interdire l’achat de volailles françaises. Pour limiter la diffusion silencieuse du virus, des protocoles de surveillance ont été rendus obligatoires en France, mais ils restent néanmoins coûteux et chronophages.

vaccination volailles canards
La France est le seul pays européen à vacciner les volailles de manière préventive contre la grippe aviaire. Ici, une vaccination de canards dans le Sud-Ouest, lors du premier jour de la campagne nationale, en octobre 2023. © Handout/Ministère de l’agriculture/AFP

Les campagnes de vaccination sont également très coûteuses, autour de 100 millions d’euros pour l’année 2023-2024. De plus, la part des frais à la charge des éleveuses et éleveurs a augmenté depuis 2023.

Autrement dit, bien que la vaccination soit une stratégie très efficace et prometteuse sur le plan épidémiologique, sa durabilité est questionnée. Il est donc nécessaire de compléter les mesures de biosécurité et de vaccination par une prévention au niveau du territoire.

Prévention de la grippe aviaire à l’échelle d’un territoire

Les élevages de canards sont réputés pour jouer un rôle clé dans la diffusion du virus à l’échelle d’un territoire. Réduire la densité des élevages de canards dans certaines zones clés serait donc un moyen de limiter la propagation du virus. L’objectif n’étant pas de supprimer des élevages de canards, il serait plus intéressant de travailler à la réduction de la densité d’élevages actifs, sachant qu’un élevage est défini comme actif lorsqu’il a des volailles vivantes à un temps donné.

Les humains peuvent aussi transmettre le virus de la grippe A H1N1 aux cochons. ©  kaninstudio, Adobe Stock

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Pour réduire la densité d’élevages actifs, on pourrait envisager de synchroniser les périodes de vide sanitaire de chaque élevage (période d’environ deux semaines destinée à nettoyer et désinfecter avant l’arrivée des prochaines volailles). Cette stratégie pourrait être appliquée en priorité au cours des périodes les plus à risque et dans les zones les plus denses.

Il serait également intéressant de faire des recommandations sur l’installation des nouveaux élevages, en favorisant des zones qui ne font pas partie de celles jugées à risque pour la grippe aviaire. Une distance minimale entre élevages pourrait également être établie, comme c’est le cas en Italie.

L’agroécologie, une solution durable aux défis sanitaires ?

Après avoir mené une thèse universitaire en épidémiologie animale, je suis arrivée au constat que la gestion durable des maladies infectieuses ne peut se faire sans une remise en question profonde de nos modes d’élevages.

L’augmentation des maladies zoonotiques s’explique en partie par la mutation de nos pratiques d’élevage. Les animaux sont de plus en plus élevés en bâtiment, ce qui favorise l’émergence et la diffusion d’agents pathogènes. Si cette intensification était adaptée après la seconde guerre mondiale, pour répondre à un besoin alimentaire de taille, elle n’est aujourd’hui plus justifiée : nous produisons plus que nous ne consommons. Par ailleurs, cette surproduction a aussi un coût environnemental et sanitaire. Par exemple, l’utilisation de pesticides est responsable d’une perte de biodiversité et est soupçonnée d’augmenter le risque de cancers.

Pour trouver une solution face aux limites de notre modèle actuel, deux visions s’affrontent : la vision techniciste et la vision agroécologique. La première défend que les progrès technologiques nous permettront de faire face aux défis tout en restant compétitifs, la seconde invite quant à elle à une remise en question profonde de notre façon de produire.

Les mycorhizes permettent une croissance rapide des plantes. © Mycophyto

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L’agroécologie a pour objectif de réduire l’utilisation d’intrants, comme les pesticides, tout en augmentant les externalités positives (maintien de la biodiversité, entretien des prairies, tourisme…). En pratique, l’agroécologie ne se traduit pas par un cahier des charges, mais par un ensemble de principes vers lesquels il faudrait tendre. Elle ne bannit en aucun cas l’usage d’outils technologiques, mais elle les considère comme des aides et non des solutions.

Elle répond aussi à un enjeu de justice sociale en cherchant à redonner de la place et de la reconnaissance à nos agricultrices et agriculteurs, qui sont aujourd’hui victimes d’une rémunération de moins en moins juste.

Des pistes pour convertir les élevages de volailles à l’agroécologieL’agroécologie recommande une gestion intégrée de la santé, qui s’appuie sur trois piliers :

mettre en place des mesures de prévention dans le milieu de vie et dans la conduite d’élevage,élever des animaux davantage résistants aux agents pathogènes ettraiter les animaux malades avec une molécule adaptée et ciblée, là où certaines pratiques encouragent l’utilisation de molécules à large spectre sur l’intégralité des animaux.

En reprenant l’exemple de l’influenza aviaire, nous avons déjà montré comment développer une conduite d’élevage qui préviendrait les infections et la diffusion du virus (biosécurité, vaccination préventive et diminution de la densité régionale des élevages actifs), soit le premier pilier de la gestion intégrée. Concernant le troisième pilier, il n’existe actuellement aucun traitement pour les volailles infectées. Nous avons donc une marge de manœuvre sur le second pilier.

Il est important d’élever des volailles davantage résistantes, qui auront moins de risque d’être infectées et chez qui le virus de la grippe aviaire se multipliera moins. Depuis les années 1960, les volailles sont principalement sélectionnées pour leur capacité de production (augmentation de la ponte ou de la croissance). Cependant, la sélection de ces capacités de performance se fait souvent au détriment de celles de résistance aux agents pathogènes. Nous pourrions donc repenser la sélection génétique des volailles que nous élevons. Une autre façon de renforcer le système immunitaire de ces volailles serait de favoriser l’accès au plein air, à condition que le risque d’introduction du virus par les oiseaux sauvages ne soit pas trop élevé (éviter les périodes et zones à risque).

Bien que l’agroécologie soit un défi de taille, les crises peuvent être des opportunités de remise en question et d’éclairage sur les changements qui doivent être opérés. Fournir des efforts aujourd’hui sera un gain considérable pour demain.


Source:

www.futura-sciences.com

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