Le texte prévoit une peine de six mois de prison et 5 000 euros d’amende pour sanctionner « le fait de contribuer de manière directe ou indirecte à la préparation, à la mise en place ou au bon déroulement » d’une free party non déclarée ou interdite.
Publié le 09/04/2026 18:24
Mis à jour le 09/04/2026 18:25
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Vers une mise au pas des fêtes techno clandestines ? Les députés débattent jeudi 9 avril d’un texte visant à durcir l’arsenal juridique contre les free parties, accusées de multiples nuisances. La proposition de loi de la députée Horizons Laetitia Saint-Paul est étudiée en première lecture à l’Assemblée dans le cadre de la journée réservée à son groupe.
Nombre d’acteurs dénoncent eux une approche sécuritaire contre des rassemblements présentés comme des modèles de contre-culture. Les free parties (fêtes libres), rassemblements techno qui prônent un accès gratuit ou sur donation libre, se tiennent souvent sur plusieurs jours dans des champs ou des lieux abandonnés, et se caractérisent par leur illégalité. Contrairement aux rave parties, qui désignent désormais des fêtes déclarées, avec billetterie.
En plus de la confiscation obligatoire du matériel saisi, le texte prévoit aussi une amende de 1 500 euros pour les participants (jusqu’à 3 000 euros en cas de récidive).
Si nombre de free parties se déroulent sans incident, des nuisances (sonores, terrains dégradés…) et dérapages (excès de drogues) sont reprochés à ces fêtes, qui mobilisent aussi secours et forces de l’ordre. En 2025, dans l’Aude, l’une d’elle avait provoqué des affrontements entre agriculteurs et « teufeurs » – nom donné aux participants. « 10 000 squatteurs transforment nos campagnes en latrines géantes. Et c’est une expression culturelle ! », a ironiquement fustigé Eric Michoux (parti ciottiste UDR). « C’est du vandalisme », a-t-il corrigé.
« Je ne cherche pas à stigmatiser une culture et la musique qui s’y rapporte », a affirmé la rapporteure Laetitia Saint-Paul. « Mais simplement à faire en sorte qu’aucune organisation d’événement, quel qu’en soit le style musical, ne s’affranchisse de nos règles communes. » a poursuivi la députée Horizon.
« Les autorisations préfectorales » ne sont pas accordées aux organisateurs, « en réalité vous créez (…) l’illégalité des free parties », a rétorqué Andy Kerbrat (LFI), dont le groupe s’oppose fermement au texte au nom d’une liberté de la jeunesse et d’une lutte contre une répression considérée comme abusive.
Pour le moment, une concession a été faite par la rapporteure : les personnes « intervenant exclusivement dans le cadre des actions de réduction des risques », souvent des associations bénévoles, ne pourront être considérées comme contribuant à l’organisation. Actuellement, les organisateurs s’exposent à une contravention de 1 500 euros, et il n’existe pas d’infraction spécifique sanctionnant la participation à ces rassemblements.
« Une politique qui criminalise et réprime aussi violemment la fête libre, ce n’est pas de la sécurité, c’est de l’autoritarisme », ont déploré dans Télérama les signataires d’une tribune, dont l’association Technopol (pour la défense des musiques électroniques). « Pousser la fête encore davantage dans la clandestinité aggrave exactement ce que l’on prétend combattre », font-ils valoir.
Le 27 mars, trente acteurs de la scène techno dont Laurent Garnier, Barbara Butch ou encore Rebeka Warrior, signaient un texte contre la proposition de loi du camp Horizon. « […] depuis plusieurs années, les organisateur·rices de ces fêtes se sont fédéré·es, organisé·es, avec des associations, des bénévoles. Des dispositifs de médiation soutenus par les pouvoirs publics ont même été mis en place », soulignait la tribune.
La question du nombre de participants à partir duquel une free party est considérée comme illégale inquiète aussi beaucoup le milieu. Le texte abaisse à 250 participants le seuil au-dessus duquel une déclaration en préfecture doit être faite (contre 500 actuellement). Or ces événements rassemblent en moyenne 300 personnes, selon Laetitia Saint-Paul.
Le gouvernement a engagé une procédure accélérée sur ce texte, qui « apporte une réponse concrète » face à des sanctions actuellement « insuffisamment dissuasives », a déclaré la ministre déléguée à l’Intérieur Marie-Pierre Vedrenne. Elle a rappelé que le gouvernement avait prévu « d’aller encore plus loin » avec son projet de loi Ripost, qui doit être examiné au Sénat en mai. Celui-ci prévoit une peine de deux ans de prison et 30 000 euros d’amende pour l’organisation de ces événements. Un délit de participation serait aussi créé avec possibilité d’une amende de 300 euros.
Les députés de gauche, opposés à la proposition de loi, ne pèseront vraisemblablement pas assez face à la droite, le centre et aux députés du Rassemblement national, qui tenteront d’alourdir encore les sanctions. « Ces rassemblements incarnent une alternative au tout marché », alors que les prix d’accès aux festivals de musique augmentent, a tenté de faire valoir Soumya Bourouaha du groupe communiste.
Il est aujourd’hui difficile d’évaluer le nombre annuel de free parties, par essence hors radar : entre quelques centaines selon la gendarmerie et quelques milliers selon les associations.
Source:
www.franceinfo.fr




