Dans le monde des manuscrits arabes, le désordre ne tient plus aux seules lenteurs savantes. Dans une enquête fouillée, Independent Arabia décrit une chaîne éditoriale fragilisée par la baisse des budgets, la répétition d’éditions sans justification scientifique et la circulation de textes déformés.
Le journal résume la situation sans ménagement, évoquant « des crises multiples et des problèmes imbriqués, académiques et matériels ». Cette accumulation aurait d’ailleurs provoqué « un recul du travail de vérification et de publication selon des critères scientifiques et méthodologiques rigoureux. » Le mal touche le chercheur, l’éditeur et le lecteur.
Le manuscrit, ce doublon rentable
L’un des nœuds du débat réside dans la republication du même texte chez plusieurs maisons, sans copie nouvelle ni appareil critique enrichi. L’Union des éditeurs arabes a dénoncé cet empilement comme un gaspillage d’efforts et proposé un site commun pour repérer les titres déjà établis.
Les spécialistes interrogés admettent pourtant qu’une nouvelle édition peut se défendre, mais sous conditions. Elle se justifie lorsqu’elle « corrige une erreur antérieure », lorsqu’elle repose sur « la découverte de manuscrits nouveaux » ou lorsqu’elle produit « un résultat différent ». En revanche, elle perd sa légitimité dès qu’elle ressemble à une simple remise en vente.
Ce flou profite aux réemplois abusifs. Certaines maisons reprennent des éditions anciennes, remanient les notes, effacent le nom du véritable éditeur scientifique ou le remplacent, puis remettent l’ensemble sur le marché à bas prix. Pour plusieurs professionnels cités, il s’agit d’une falsification à but commercial.
Le faux comme modèle économique
L’article évoque enfin « la falsification, le pillage et la promotion commerciale » de manuscrits trafiqués, ainsi que des usages idéologiques de textes altérés. D’autres volumes circulent sans date ou sans indication claire d’impression. La confusion bibliographique devient alors un mode de diffusion.
Une édition fiable exige la collation des copies, la correction des erreurs, l’explication des passages obscurs et un investissement long. Plusieurs intervenants défendent donc une base commune et une forme de « police académique ». Leur avertissement résume l’enjeu : reprendre des manuscrits déjà solidement établis relève d’« une perte d’efforts et d’un gaspillage de temps ».
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Par Clément SolymContact : cs@actualitte.com
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