Professeur en urbanisme à l’université de Perpignan, David Giband mène des travaux de recherche sur l’aménagement du territoire en éducation. Face à la baisse programmée de 15 % du nombre d’élèves d’ici à 2035, il plaide pour une meilleure coordination des acteurs autour de la question de l’offre éducative.
La France va compter 1,7 million d’élèves en moins d’ici à 2035. Est-on arrivé à un moment de bascule dans le maillage territorial des écoles, collèges et lycées ?
Depuis quelques années, nous sommes effectivement entrés dans une phase de rupture où il manque clairement une politique de planification territoriale en matière d’éducation. Avant cela, différentes périodes d’aménagement du territoire en matière d’éducation se sont succédé. Entre les « trente glorieuses » et la décentralisation, nous étions dans l’époque de « l’Etat éducateur », où les pouvoirs publics mettaient en place des politiques d’égalité territoriale héritées du gaullisme avec un maillage dense des établissements scolaires et une certaine rationalité. On assistait à la création d’un collège pour 4 000 habitants ou un lycée pour 10 000 habitants. Dans les années 1980, la décentralisation a changé ce paradigme. L’équilibre entre les territoires a commencé à se fragiliser et, au fil du temps, les politiques d’équité sociale et scolaire, comme l’éducation prioritaire, ont été mises à mal.
Qu’apporterait la planification dont vous parlez ?
Beaucoup d’acteurs – l’Etat, les différentes collectivités tout d’abord – partagent des compétences sans qu’il y ait une vraie lisibilité ni une coordination efficace. Il faut aujourd’hui réussir à penser l’articulation entre les territoires en matière d’offre éducative, d’infrastructures ou de transport scolaire. La question centrale est celle de l’accès à l’éducation et même de la distance à l’éducation dans les milieux les plus ruraux.On touche aujourd’hui aux limites non pas de l’éducation nationale, mais de l’uniformisation des pratiques. Autant on doit garder une éducation nationale pour tous avec les mêmes programmes et les mêmes ambitions, la même formation des enseignants, autant il va falloir l’appliquer de manière différente selon les territoires.
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Source:
www.lemonde.fr





