En mars 2025, quelques semaines seulement après son investiture, le 47e président des États-Unis signait l’ordre exécutif 14238, baptisé « Poursuivre la réduction de la bureaucratie fédérale », qui visait à réduire drastiquement plusieurs agences fédérales créées par le Congrès, en les supprimant purement et simplement.
Parmi celles-ci figuraient l’Institute of Museum and Library Services (IMLS), organisme chargé de financer et de soutenir 125.000 bibliothèques et 35.000 musées à travers le pays, la Minority Business Development Agency (MBDA), qui accompagne les entreprises détenues par des minorités, mais aussi le Federal Mediation and Conciliation Service (FMCS), service indépendant spécialisé dans la médiation des conflits du travail.
L’administration justifiait ce décret par la nécessité de réduire la bureaucratie fédérale, d’éliminer ce qu’elle considère comme des fonctions gouvernementales non essentielles, et de recentrer les missions des agences sur les obligations légales définies par le Congrès. Elle mettait aussi en avant la volonté d’« efficacité », de patriotisme, et de limiter les financements jugés idéologiques.
En imposant dès la signature à ces agences de fonctionner avec une « présence minimale », l’administration Trump avait provoqué des licenciements et des mises en congé administratif, le gel de subventions et l’arrêt brutal de nombreux programmes.
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Cette décision avait été attaquée en justice par une coalition de 21 procureurs généraux d’État d’une part, et l’American Library Association (Association des bibliothécaires américains) et l’AFSCME (American Federation of State, County and Municipal Employees, puissant syndicat américain de travailleurs du secteur public) d’autre part.
La première action en justice avait rapidement donné lieu à une injonction préliminaire suspendant les effets de la décision présidentielle. Le jugement sur le fond l’avait ensuite changé en injonction permanente, le juge John J. McConnell, dans sa décision, estimant que Trump, en signant ce décret, avait purement et simplement violé le principe de séparation des pouvoirs, indispensable dans une démocratie digne de ce nom.
Pas d’appel, mais une suite
L’administration Trump avait fait appel de la décision de la cour de district des États-Unis pour le district de Rhode Island en janvier dernier, suggérant que le match n’était pas fini, au tribunal. Ce lundi 6 avril, le gouvernement a finalement jeté les armes, en signant un accord validé par la justice fédérale.
Dans un communiqué, Sam Helmick, président de l’American Library Association, s’est félicité : « L’action d’aujourd’hui enterre définitivement l’ordre exécutif du président Trump, qui menaçait d’innombrables services mis à la disposition de tous ceux et celles qui entrent dans l’une de nos 115.000 bibliothèques publiques, scolaires ou universitaires. »
« Toutefois, nous n’oublions pas que le président Trump demande toujours au Congrès de mettre un terme aux financements de l’IMLS. Cette décision appartient désormais aux membres du Congrès. Les soutiens des bibliothèques doivent appeler celui-ci à protéger l’avenir de l’IMLS », ajoute Helmick.
En effet, comme le relève Publisher’s Weekly, la proposition de budget fédéral pour l’année 2027 réduit à nouveau à zéro les crédits de l’IMLS, ainsi que ceux d’un programme scolaire dédié à la lecture, Innovative Approaches to Literacy (IAL).
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Ce même budget couperait par ailleurs les finances de deux autres agences, la National Endowment for the Humanities et la National Endowment for the Arts, qui accordent des subventions, respectivement, à des projets de recherche et à des projets artistiques. Rappelons que l’administration Trump a tenté d’orienter les modes d’attribution de ses aides, en excluant les artistes qui souhaitent aborder des sujets relatifs à la diversité, à l’équité et à l’inclusion.
« Nous ne sommes pas surpris que le budget de la Maison-Blanche pour 2027 prévoie la suppression totale du financement de l’IMLS et de l’IAL », a indiqué Sam Helmick à PW. « Les intentions du président concernant l’IMLS étaient déjà claires l’année dernière, avec l’ordre exécutif visant à démanteler l’IMLS et à lui retirer tout financement. Son budget pour l’exercice 2027 s’inscrit dans une habitude, lorsqu’il avait proposé de supprimer l’IMLS à l’occasion des quatre années de son premier mandat. »
Photographie : Donald Trump, en janvier 2026 (World Economic Forum, CC BY-NC-SA 4.0)
Par Antoine OuryContact : ao@actualitte.com
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